Fatima: portrait de brave femme ***1/2

La PresseMarc-André Lussier 3/5

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Le thème de l'intégration figure au coeur de l'oeuvre de Philippe Faucon. Il y a quelques années, le cinéaste français a même intitulé un film La désintégration. Il y relatait l'endoctrinement de trois adolescents nés en France, qui se radicalisent à un point où ces jeunes se transforment en kamikazes. À l'époque, on parlait de fiction. On sait maintenant que l'inimaginable est devenu réalité.

Très différent de ton, Fatima pourrait être l'envers de La désintégration. Inspiré du livre Prière à la lune, qu'a écrit Fatima Elayoubi, le film dresse le portrait d'une quadragénaire d'origine marocaine, mère de deux adolescentes nées en France, qui gagne sa vie en faisant des ménages afin d'offrir à ses filles l'occasion de poursuivre des études. C'est au moment d'un arrêt de travail forcé que Fatima décide de tenir un journal, qu'elle écrit en arabe, dans lequel elle peut enfin exprimer ce qu'elle est incapable de dire en français dans sa vie quotidienne.

Pour faire écho au parcours d'une brave femme qui tente de s'intégrer du mieux qu'elle peut, même si de nombreux obstacles se posent sur sa route (le petit racisme ordinaire est toujours présent), Philippe Faucon a choisi une approche à l'image du personnage. Plutôt que de camper son histoire dans une cité explosive, il a préféré aller voir ailleurs et a choisi de faire de Fatima une Lyonnaise.

Si le climat est en général plus solaire, la réalité dans laquelle elle vit n'en reste pas moins difficile. Le récit circonscrit en outre parfaitement le fossé des générations qui, parfois, s'élargit très rapidement entre les premiers arrivants et leurs enfants, nés dans le pays d'accueil de leurs parents.

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L'intime et le social

Au-delà de cette fracture intime, Faucon évoque aussi les petites lâchetés auxquelles Fatima fait régulièrement face. Qu'elle accepte avec une espèce de résilience, histoire de ne pas faire de vagues dans une société où de sa part l'on attend, c'est du moins ce qu'elle pense, modestie et discrétion.

C'est une propriétaire qui, soudainement, évoque un problème de clés pour ne pas faire visiter un logement. C'est une patronne qui, sciemment, tend un piège à Fatima afin de mettre son honnêteté à l'épreuve. Sans oublier la barrière linguistique. Fatima comprend la langue de Molière, mais elle a de la difficulté à la parler. Dans sa vie quotidienne, ce handicap la marginalise d'office. Et l'empêche de communiquer avec ses filles.

Le cinéaste s'intéresse à cette femme de façon délicate et sensible, mais il ratisse aussi plus large en traduisant, à travers elle, l'état d'esprit d'une société en repli, lequel prête flanc à la montée de partis extrémistes.

Si la douceur qu'emprunte Faucon peut surprendre dans un tel contexte, il reste qu'il a su trouver en Soria Zeroual, une inconnue recrutée dans une association de femmes, une interprète authentique. Et superbe.

Lancé l'an dernier au Festival de Cannes, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, Fatima est en lice aux Césars du cinéma français dans quatre catégories, notamment dans celles du meilleur film de l'année et de la meilleure actrice. Ce film bénéficie aussi d'une participation québécoise sur le plan technique et financier.

* * * 1/2

Drame. Fatima. De Philippe Faucon. Avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche. 1h19.

> Consultez l'horaire du film

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