Annulation de Kanata: «Les mains sont toujours tendues»

Caroline Monnet... (Photo David Boily, La Presse)

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Caroline Monnet

Photo David Boily, La Presse

La décision d'Ex Machina d'annuler la production du spectacle Kanata déçoit les artistes autochtones que La Presse a contactés. Ils y voient une occasion de rapprochement ratée, mais le dialogue va se poursuivre, disent ces artistes, y compris avec Robert Lepage. 

Kim O'Bomsawin... (Photo Donat Chabot, fournie par Présence autochtone) - image 1.0

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Kim O'Bomsawin

Photo Donat Chabot, fournie par Présence autochtone

Dave Jenniss... (Photo fournie par son agence) - image 1.1

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Dave Jenniss

Photo fournie par son agence

Auteur, comédien, scénariste et directeur artistique du Théâtre Ondinnok, un théâtre autochtone qui existe depuis 33 ans au Québec, Dave Jenniss est « triste » de voir l'ampleur qu'a prise la controverse autour du spectacle Kanata

« J'ai été triste de la réaction des gens et je suis ébranlé, dit-il. On ne voulait pas censurer le spectacle. Notre rencontre, la semaine dernière [avec Robert Lepage et Ariane Mnouchkine], était beaucoup plus profonde que ce que les médias en ont rapporté. Notre demande n'était pas seulement d'avoir des acteurs autochtones sur scène. La rencontre était plus forte que ça. Car ça ne fonctionne plus d'être seulement consultés par rapport à nos histoires, en 2018. »

La cinéaste abénakise Kim O'Bomsawin est également déçue. « La lettre ouverte qu'on avait publiée avait pour but d'éviter une autre débâcle comme celle de SLĀV, dit-elle. On voulait tous le succès de Kanata, mais on disait que s'ils le faisaient de cette manière-là, ils allaient se planter. Il y avait une porte ouverte. » 

Pour Caroline Monnet, artiste visuelle et cinéaste aux origines algonquines et françaises, l'annulation de Kanata est un beau gâchis. 

« Je trouve cela extrêmement dommage que ce qui est parti d'une simple volonté de dialogue et de sensibilisation sur pourquoi ce n'est plus acceptable, en 2018, de raconter l'histoire des autochtones sans les inclure eux-mêmes se transforme en décision si radicale. Une belle occasion de reconstruction est ainsi balayée. » 

Raisons économiques

« Je ne comprends pas pourquoi les producteurs qui ont abandonné Kanata à cause de la polémique n'ont pas été sensibles à la question dès le départ, se désole Dave Jenniss. Le Festival de jazz de Montréal a fait la même chose avec SLĀV. Et personne n'a été gagnant. » 

C'est aussi l'avis de Kevin Loring, le tout premier directeur du Théâtre autochtone affilié au Centre national des arts, à Ottawa. Joint à Vancouver, le dramaturge originaire de la Lytton First Nation regrette que des considérations économiques aient finalement plombé Kanata

« Le concept était avarié dès le début. Les autochtones n'avaient pas été impliqués largement dans ce projet qui aurait dû être une coproduction. Et puis évoquer les pensionnats amérindiens, c'est encore douloureux pour nos peuples. Alors, ne pas nous impliquer était intrusif. » 

Kanata annulé, mais pas mort

Si Kanata est annulé, le projet peut-il renaître sur des bases plus consensuelles ? Dave Jenniss dit que « les mains sont toujours tendues ». Kim O'Bomsawin y croit aussi. 

« On prend une pause et on va se reparler. Je pense que si c'est fini avec Mme Mnouchkine, la collaboration entre Robert Lepage et les Premières Nations n'est pas terminée. On va poursuivre le dialogue. Tout le monde évolue dans son cheminement. »

Elle poursuit : « Il y a de plus en plus d'ouverture et c'est rendu clair dans la tête des gens que c'est mieux de travailler avec nous que sans nous. C'est étonnant, d'ailleurs, que cela ait échappé à M. Lepage et à Mme Mnouchkine, qui sont des personnes brillantes, et Robert Lepage a plein d'amis chez les autochtones. » 

Pour Kevin Loring, même si Kanata est annulé, les discussions entamées à Montréal vendredi dernier vont faire bouger des choses. 

« Les gens réalisent de plus en plus que nos histoires sont notre souveraineté, mentionne-t-il. Dans certains cas, ces histoires sont tout ce que nous avons. Elles sont gravées dans nos coeurs et on veut pouvoir les raconter. » 

Théâtre autochtone

Dave Jenniss rappelle d'ailleurs que le théâtre autochtone est une réalité au Canada, mais que la plupart des spectateurs québécois ne le savent pas, car il n'est pratiquement pas montré à la télévision ou sur scène. 

« Notre Théâtre Ondinnok se bat pour jouer dans la province. Si on veut que l'ignorance et le racisme envers les Premières Nations disparaissent, il faut que l'art autochtone soit vu sur les grandes scènes montréalaises et partout au Québec. »

Il poursuit : « Il faut que le milieu théâtral prenne des risques. Comme mon amie Émilie Monnet qui est en résidence actuellement au Théâtre d'Aujourd'hui. » 

Des communautés autochtones peut-il déjà surgir les metteurs en scène et les acteurs qui raconteront eux-mêmes les histoires de leurs communautés ? « On n'est pas encore rendus là, dit Kim O'Bomsawin. On doit se guérir d'abord. Mais il y a des initiatives. Le Wapikoni mobile [organisme de médiation, d'intervention, de formation et de créations audiovisuelles s'adressant aux jeunes autochtones] est né de l'initiative de Manon Barbeau, qui n'est pas autochtone. Mais Manon s'est entourée d'autochtones. Son objectif est de faire de l'intervention sociale avec un programme qui montre que les jeunes autochtones sont capables et ont leur place dans la société d'aujourd'hui. »




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