Rébecca Déraspe: l'amitié des femmes

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Le féminisme est clairement un humanisme pour Rébecca Déraspe. Une action pour déconstruire les préjugés et les lieux communs.

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Mario Cloutier

La nouvelle pièce de Rébecca Déraspe, Gamètes, parle de l'amitié au féminin. Ce qui tombe à point nommé dans le combat de la place des femmes dans le théâtre québécois.

Un peu plus du quart des textes et un peu plus du tiers des mises en scène à Montréal cette saison sont le fait de femmes. L'un de ces rares événements écrit, mis en scène et joué par des femmes, Gamètes, traite justement de solidarité féminine.

Rébecca Déraspe en est à sa sixième création pour adultes. Gamètes est mise en scène par Sophie Cadieux et interprétée par Annie Darisse et Dominique Leclerc. Il y a fort à parier que le mouvement F.E.T. (Femmes pour l'équité en théâtre, qui compte 150 membres) fera une action festive à l'occasion de la première de la pièce. 

«Il y a un mouvement F.E.T. parce qu'il se devait d'y avoir un mouvement», constate simplement Rébecca Déraspe. 

Du même coup, celle qui est jouée en ce moment en Suisse et au Mexique dit que sa pièce est féministe. 

«Je l'assume à 150 %. Dans ma pièce, ce qui est féministe, c'est l'amitié, la solidarité entre femmes.»

Contourner les clichés et éviter les discours théoriques. C'est ce que la jeune dramaturge fait quand elle écrit. C'est ce que Gamètes raconte à travers la confrontation de deux amies, dont l'une est enceinte d'un enfant handicapé.

De grandes questions sous-tendent le texte: comment réussir sa vie, comment s'accomplit-on en tant que femme?

«C'est un peu triste que réussir passe par l'argent, la carrière. C'est difficile de s'écarter de ça. Encore plus de dire je veux m'accomplir en élevant un enfant handicapé. Tout est trop complexe pour encadrer les grandes vérités et les accrocher au-dessus de notre lit. En jouant dans la grande complexité humaine, il faut voir ce qui se passe quand cette grande vérité est confrontée à notre humanité.» 

Creuser, trouver

Contrairement au climat ambiant où l'on juge plus vite que notre ombre, la pièce creuse tous les aspects d'une maternité difficile.

«On a maintenant accès à l'opinion de tout le monde. On met deux phrases sur un sujet et on a l'impression d'avoir réglé la question. C'est tellement plus complexe. Quand on parle de féminisme aujourd'hui ou des enfants handicapés, on tombe souvent dans la rhétorique. Il faut traiter ces sujets en considérant leur complexité et avec humanité.»

Le féminisme est clairement un humanisme pour Rébecca Déraspe. Une action pour déconstruire les préjugés et les lieux communs. L'esprit libre.

«C'est ce qu'on retient de la pièce, je crois. L'amitié quoi qu'il se passe. On n'en parle pas si souvent de l'amitié entre femmes. C'est mon socle. Ça me permet de savoir qui je suis et où je m'en vais. Le propos c'est de dire: "Prends la décision qui te convient." Point final. Il ne faut pas la confronter aux attentes et au jugement de la société.»

Même message

Sur scène, dans la salle ou à la direction des théâtres, le message est le même. 

«Il y a un préjugé défavorable envers les femmes de la part des directeurs et directrices artistiques, mais parfois aussi de la part du public. Il faut arrêter de dire que l'écriture des femmes est de telle sorte. Comme si les auteurs femmes étaient toutes pareilles et venaient toutes en série. Il faut déjouer ça.»

Et les opinions contraires ne sont pas un obstacle au combat et à la solidarité. La comédienne Annie Darisse et Rébecca Déraspe sont amies depuis longtemps. 

«Depuis l'âge de 6 ans, en fait. Il y a énormément de vérité dans cette pièce. Ce n'est pas cynique. Je connecte les choses. Même s'il y a un humour noir, c'est connecté avec quelque chose de vrai. Je gère ma vie de la même façon. Une amie, c'est quelqu'un à qui on peut dire: "Même si on ne pense pas de la même façon, malgré tout, je reste avec toi."»

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Gamètes est présentée à La Licorne du 27 février au 24 mars.




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