Un spectacle «miroir atroce» des attentats de Paris

Un corps est étendu dans son sang tandis que retentit le hurlement des sirènes... (PHOTO AFP)

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Marie-Pierre Ferey
Agence France-Presse
Paris

Un corps est étendu dans son sang tandis que retentit le hurlement des sirènes des secouristes: dans l'immense Halle de la Villette à Paris, le spectacle du metteur en scène italien Romeo Castellucci agit comme «un miroir atroce» des attentats de Paris.

Le metteur en scène, dont chaque spectacle est un événement sur la scène européenne depuis 20 ans, s'est posé la question de l'annulation avant d'opter pour le maintien de la pièce, qu'il fait précéder d'une courte adresse au public.

«Je suis conscient que trop peu de temps a passé pour traiter cette masse énorme de douleur et que nos yeux sont toujours grands ouverts sur la lueur de la violence. Je suis conscient de cela et je vous demande pardon», dit-il, debout au milieu des spectateurs dans le vaste espace nu.

«En dépit des attentats, je pense que la chose la plus importante et la plus humaine c'est de continuer de faire ce qu'on avait prévu», a-t-il expliqué à l'AFP tout en reconnaissant qu'il «y a du sang, il y a des gens couchés sur le sol, des couvertures de survie, des infirmiers, des images qui rappellent d'une manière obscène ce qui s'est passé».

La pièce donnée depuis lundi et jusqu'au 29 novembre dans la Grande Halle de La Villette n'a été montrée qu'une seule fois, à la Foire d'Art de Bâle en juin.

Elle n'a rien à voir avec les attentats, mais les évoque irrésistiblement. Six scènes d'accident mortel sont reconstituées par des comédiens: une femme accidentée de la route git dans une mare de sang, un homme s'effondre après une crise cardiaque, un autre est brûlé au dernier degré... à chaque fois, les secouristes s'affairent, très professionnels, et échouent à sauver la victime.

Pour Romeo Castellucci, ces scènes traduisent «la lutte, le combat mythologique qui représente la vie». Il a imaginé la pièce comme une illustration des fresques du Parthénon (Metope del Partenone en italien) qui décrivent des batailles contre les géants, les titans ou des combats humains.

Sur scène, «la cause des accidents est cachée, c'est comme une tragédie inversée, on ne voit que la partie qui est habituellement cachée dans la tragédie», ajoute-t-il.

Silence plombé

Le spectacle «a le malheur particulier d'être un miroir atroce de ce qui est arrivé dans les rues de cette ville», dit-il dans son adresse au public, invitant les spectateurs à se sentir libre de «rester ou partir».

Très peu partent, mais un silence plombé entoure les accidents. Le public, qui est debout pendant la durée de la pièce (1h15), se retient parfois d'intervenir.

Les scènes sont d'autant plus difficiles à supporter qu'on est privé de toute réaction utile: sur un véritable accident, on appelle les secours, là on subit en voyeur impuissant l'agonie des accidentés.

Entre chaque scène, des énigmes - autre allusion à la Grèce antique - sont projetées sur un écran. La dernière devinette ouvre sur l'espérance: «Je suis l'espoir de tous pour vivre et respirer sur cette Terre, qui suis-je?». «Demain», s'affiche la réponse, tandis que deux machines balaient le sol, enlevant toute trace de sang.

Le spectacle restera sans doute longtemps dans les mémoires des spectateurs parisiens, comme la plupart des pièces de l'artiste italien.

Reconnu par la France avant même de l'être dans son pays et dans toute l'Europe, il est l'auteur de spectacles exigeants, habités par des «visions» parfois très crues et souvent d'une grande beauté.

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