Jacob Tierney: les astres alignés

Jacob Tierney signe la mise en scène de... (Photo: Martin Chamberland, La Presse)

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Jacob Tierney signe la mise en scène de Travesties, de Tom Stoppard, au Centre Segal.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

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On le connaît bien sûr pour ses films The Trotsky ou Good Neighbours, mais voilà que l'acteur et réalisateur montréalais Jacob Tierney signe sa première mise en scène pour le théâtre. À 36 ans, il a décidé de faire le saut pour monter la comédie de Tom Stoppard, Travesties. La Presse s'est entretenue avec lui.

Happé par le monde du cinéma et de la télé depuis ses débuts, Jacob Tierney a très peu frayé avec le milieu théâtral. Son travail d'acteur, de scénariste et de réalisateur lui a bouffé tout son temps. C'est tout juste s'il va au théâtre pour voir jouer son amie Anne-Marie Cadieux, «c'est-à-dire six ou sept fois par année!», lance-t-il à la blague.

Lorsque la nouvelle directrice artistique du Segal, Lisa Rubin, lui a proposé de monter la pièce de Tom Stoppard (Shakespeare in Love, Rosencrantz And Guildenstern Are Dead), il s'est vite rendu compte que la jeune femme avait frappé dans le mille. Voilà un auteur que Jacob Tierney connaissait et admirait. Il a accepté la proposition sans hésiter.

«Pour moi, c'est l'un des plus grands scénaristes et dramaturges vivants, nous dit Jacob Tierney. Il a de grandes aspirations. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'auteurs qui atteignent ces sommets-là, de façon aussi régulière. Et puis il est tellement drôle! Il faut dire enfin que ses aspirations correspondent bien à mes intérêts pour l'histoire et la littérature.»

Les grands esprits se rencontrent

Créée à Londres en 1974 par la Royal Shakespeare Company, Travesties est centrée sur le personnage de Henry Carr, adjoint du consul anglais de Zurich durant la Première Guerre mondiale. Le vieil homme évoque ses rencontres avec l'écrivain irlandais James Joyce, le révolutionnaire russe Vladimir Lénine et le fondateur du dadaïsme Tristan Tzara.

Les trois hommes ont véritablement vécu à Zurich durant ces années-là, même si on ignore s'ils se sont fréquentés. Tout comme Henry Carr, d'ailleurs, qui a joué dans la pièce The Importance Of Being Earnest avec la troupe The English Players que dirigeait James Joyce. Carr y avait défendu avec brio le rôle d'Algernon, mais s'était ensuite brouillé avec Joyce.

À partir des notes biographiques de ces personnages historiques, Tom Stoppard s'est amusé à recréer des dialogues avec eux en y superposant l'histoire de The Importance Of Being Earnest. Les souvenirs confus de Henry Carr, qui revient sur son conflit avec James Joyce après la production de la pièce d'Oscar Wilde, lui permettent en fait de parler d'art, de guerre et de révolution.

Sur le ton de la farce

«L'histoire de ce conflit entre Henry Carr et James Joyce sert de prétexte au narrateur pour raconter sa vie à Zurich avec plus ou moins de précision, nous dit Jacob Tierney, mais il en parle toujours à travers le prisme de la pièce d'Oscar Wilde, qui est une farce conjugale. Les personnages ont d'ailleurs tous un rôle fictif dans la pièce. Cette construction-là est brillante.»

«Tom Stoppard est aussi drôle qu'Oscar Wilde, poursuit-il. Certains passages sont écrits à la manière d'un vaudeville, d'autres font référence à la pièce Much Ado About Nothing de Shakespeare. C'est un amoureux de la langue anglaise, qui joue sans cesse avec les mots. En plus, il est d'origine tchèque, donc l'anglais n'est même pas sa langue maternelle!»

Jacob Tierney a monté la pièce de Stoppard comme une farce. «L'auteur veut qu'on soit dans une pièce d'Oscar Wilde, alors c'est ce que je vais faire.»

«Je veux que ce soit amusant, ajoute-t-il, que l'énergie soit au plafond, comme du champagne, pas du whisky. Et puis, Stoppard a fait tout le travail, au fond. Les acteurs n'ont qu'à jouer son texte.»

Du temps!

L'acteur et réalisateur avoue avoir eu beaucoup de plaisir à travailler à ce projet. «Le texte de Stoppard se découvre en l'écoutant; j'ai tellement appris depuis un mois, c'est extraordinaire! Je viens de tourner une série jeunesse pour YTV et ça va tellement vite. Ce que j'aime du théâtre, c'est qu'on a le temps d'approfondir le texte et de répéter avec les acteurs. Ce temps-là est un luxe.»

Paradoxalement, ce temps-là, à la télé ou au cinéma n'est pas nécessaire, poursuit Tierney. «On n'a jamais assez de temps, dit-il. Si on a deux jours, bien souvent, ça crée plus de confusion qu'autre chose. L'acteur de cinéma joue dans l'immédiat, alors, si on lui demande de se questionner, ça peut lui donner juste assez de temps pour douter de lui-même, de son instinct.»

Dans la foulée de la sortie de son film The Trotsky, en 2010, Jacob Tierney avait jeté un pavé dans la mare en regrettant tout haut le peu de diversité sur nos écrans. «Blanc, blanc, blanc», avait-il dit en dénonçant l'homogénéité des distributions de films québécois. Cinq ans plus tard, les choses ont-elles changé, selon lui?

«On en parle plus ouvertement aujourd'hui, ce qui est bien, mais, fondamentalement, je ne sais pas s'il y a grand-chose qui a changé, répond Tierney, prudent. Il y a quand même eu l'épisode du «black face» au Rideau Vert. Est-ce qu'il faut vraiment encore discuter de ça en 2015?»

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Au Centre Segal du 12 avril au 3 mai.

Cinq projets de Jacob Tierney 

Preggoland

Son film Preggoland, présenté au TIFF au mois de septembre dernier, sortira sur nos écrans le 1er mai. Le film met en vedette Sonja Bennett, qui a également écrit le scénario. Son personnage Ruth est une femme célibataire de 35 ans qui voit s'éloigner d'elle ses amies qui déménagent en banlieue et font des enfants. Pour garder son cercle d'amis elle prétendra être enceinte... mais son mensonge se retournera contre elle. 

Game on

Cette nouvelle série jeunesse inspirée d'une émission norvégienne sera diffusée au mois de mai sur la chaîne YTV. On y suivra le quotidien d'un jeune garçon de 14 ans, dont la vie sera commentée par deux animateurs sportifs (Samantha Bee et Jonathan Torrens) qui narrent sa vie comme s'il s'agissait d'un match de football. Jacob Tierney a réalisé 40 épisodes de 15 minutes chacun, qui seront diffusés deux à la fois.

Letterkenny

Jacob Tierney a coécrit cette nouvelle série télé avec Jared Keeso, qui interprète le personnage de Ben Chartier dans la version anglophone de 19-2. La série comique qu'il réalisera sera diffusée sur CraveTV (Bell) et sur la chaîne Comedy Network. Ils mettent en scène de jeunes fermiers, des joueurs de hockey et des nouveaux Chrétiens dans une petite ville ontarienne. Des sketches ont déjà diffusés sur YouTube. Le tournage des six épisodes d'une demie-heure commence ce mois-ci à Sudbury. 

The Death and Life of John F. Donovan

Jacob Tierney a coécrit le scénario de ce film avec Xavier Dolan, qui réalisera son premier long métrage en anglais. Dans The Death and Life of John F. Donovan la rédactrice en chef d'un tabloïd anglais (Jessica Chastain) rend publique la correspondance d'un acteur (Kit Harington) avec un jeune admirateur de 11 ans. Les deux actrices oscarisées Susan Sarandon et Kathy Bates font aussi partie de la distribution. La portion anglaise du tournage se fera cette année, nous dit Tierney, mais le film ne sera pas prêt avant 2016. 

Mr D

C'est la première série qu'il a réalisée pour la télé sur les ondes de la CBC en 2012. «Il a fallu que je fasse trois films avant qu'on me confie une série télé, remarque Jacob Tierney, ce qui est complètement absurde.» Mr D, qui met en vedette Gerry Dee dans le rôle d'un professeur de secondaire sous-qualifié, entamera à l'automne sa cinquième saison. Le tournage se fera cet été à Halifax. Gerry Dee, qui est l'auteur de la série, s'est inspiré de sa propre expérience de travail comme enseignant. Un métier qu'il a exercé pendant 10 ans.

Le Trotski

Cote La Presse

Obligé par son père à fréquenter une école secondaire publique, un adolescent bien né qui croit être la réincarnation de Leon Trotsky tente d'y...
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