Olivier Sylvestre: le poids des mots

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Le dramaturge Olivier Sylvestre travaille aussi comme intervenant auprès de jeune toxicomanes au Centre Dollard-Cormier de Montréal.

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Luc Boulanger
La Presse

«Ne tuons pas la beauté du monde», dit la chanson. C'est justement l'absence de beauté dans sa vie qui a poussé Olivier Sylvestre à écrire sa première pièce, qui sera créée mardi prochain Aux Écuries, dans une production du Théâtre I.N.K.

La prémisse de La beauté du monde est un événement bien réel. Après des études (un baccalauréat en criminologie en 2007), Olivier Sylvestre a plongé en pleine crise existentielle. «J'ai laissé ma blonde. J'ai emménagé seul, sur un coup de tête, dans un demi-sous-sol d'un bloc de la rue Rachel, dit l'auteur en entrevue à La Presse. Durant des mois, j'ai vécu un passage à vide. Et tout remis en question: mon orientation sexuelle, ma carrière, mon identité, mon sexe... Or, l'auteur que je suis aujourd'hui est né à ce moment-là.»

Olivier Sylvestre est diplômé du programme d'écriture dramatique de l'École nationale de théâtre, en 2011. Il est aussi intervenant en toxicomanie au centre de réadaptation Dollard-Cormier à Montréal.

À l'adolescence, il a lu Kafka, Poe, Oscar Wilde (Le portrait de Dorian Gray). «Des auteurs fantastiques et déroutants. Leurs oeuvres exposent une perception déformée de la réalité», dit-il. Comme l'univers foisonnant du personnage principal de La beauté du monde qui se nomme... Olivier. Son texte lui a d'ailleurs valu le prix Gratien-Gélinas en 2012. Ce prix récompense le meilleur texte de la relève chez les auteurs francophones au Canada.

Un vide à remplir

Si son travail d'intervenant et la fréquentation de jeunes toxicomanes nourrissent ses fictions, ce n'est pas nécessairement une inspiration. «J'écris aussi des personnages qui n'ont rien à voir avec le milieu toxicomane. La notion du manque, ce trou à l'intérieur qui ne peut jamais être comblé, selon moi, c'est universel.»

«On est tous dépendants à quelque chose. On s'accroche à des choses ou à des êtres pour nous aider à vivre. Pour moi, consommateurs de drogues ou non, on est tous pareils!», ajoute-t-il.

Dans sa pièce, Sylvestre a imaginé une galerie de personnages étranges qui habitent dans le même appartement qu'Olivier (défendu par Benoît Landry). Un lieu organique, mystérieux, kafkaïen, qui va transformer complètement le personnage avant la fin de la pièce. La beauté du monde est mise en scène par Marilyn Perreault (Ligne de bus). On trouve aussi dans la distribution Sandrine Bisson, Marilyn Castonguay, Laurence Dauphinais, Xavier Malo et Marcel Pomerlo.

«Ce qui me vient d'abord, c'est le lieu et les mots, explique l'auteur. Ensuite, les personnages se construisent au fur et à mesure. C'est pour ça que j'écris du théâtre. J'adore écrire pour des acteurs qui s'emparent de mon texte pour l'incarner sur une scène. Je trouve dommage qu'on se serve de plus en plus des technologies, au théâtre. On veut trop faire du cinéma au théâtre avec les moyens du bord: projections vidéo, micros, etc. Pourquoi ne pas simplement faire confiance aux mots, à la parole, à l'imagination?»

Du théâtre, Olivier Sylvestre en mange carrément. Il voit en moyenne trois ou quatre pièces par semaine. Son constat est assez critique: «Les artistes touchent à trop de choses à la fois. Ils écrivent, ils jouent, ils signent les mises en scène, tout en s'occupant d'administration et de gestion! On se précipite pour créer des productions à tout prix. Je crois qu'avant de penser à produire, on doit laisser mûrir un texte, le tester, le remanier. Je carbure à la réécriture. J'ai fait 20 versions de La beauté du monde» en quatre ans! Ma metteure en scène m'a supplié de ne pas en faire une 21e version», conclut-il en riant.

Aux Écuries du 10 au 28 février.

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