Tribus: très belle surprise

Davantage qu'une oeuvre sur la surdité, Tribus, de... (Photo: PL2 Studio, fournie par La Licorne)

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Davantage qu'une oeuvre sur la surdité, Tribus, de Nina Raine, aborde la question de l'incommunicabilité dans les familles modernes.

Photo: PL2 Studio, fournie par La Licorne

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Mario Cloutier

La pièce Tribus de l'Anglaise Nina Raine, produite par Lab87 à La Licorne, représente l'une des plus belles surprises de la saison théâtrale jusqu'ici. Un très beau texte sur les sourds, au sens propre comme au figuré.

Davantage qu'une oeuvre sur la surdité, le texte de Nina Raine nous parle d'incommunicabilité dans les familles modernes, que l'auteure nomme «tribus», celles qui entendent et celles qui ne le veulent pas.

Sourd ou pas, l'humain tend à se rassembler et à vivre en groupe - pour ne pas dire en meute - selon les caractéristiques intrinsèques de chacun, estime la dramaturge. Et qui dit meute dit malentendus, conflits et haine.

Malgré le sujet - la vie d'une famille de cinq où les parents n'ont jamais cru bon enseigner le langage des signes à Billy, leur fils cadet sourd de naissance -, il ne s'agit pas non plus d'une pièce de CLSC, comme on disait à l'époque où le théâtre social dominait la scène québécoise.

Cette famille intello-artistique se déchire constamment quand elle ne déchiquette pas les chums et les blondes de passage. L'être le plus sensible et articulé s'avère Billy, celui qui s'est toujours adapté à tout et à tous, alors que ses parents, son frère et sa soeur préfèrent hypocritement ignorer son handicap.

Le jeune homme rencontre Sylvia, une malentendante en voie de devenir sourde, qui changera complètement sa vie. Cet amour permettra à Billy de déployer ses ailes et de quitter le nid familial, non sans peine et sans heurts. Son départ lève le voile sur les travers insidieux de cette famille «handicapée émotive».

On rit franchement au début de la pièce, on s'émeut par la suite. La mise en scène précise et bien rythmée de Frédéric Blanchette ne doit pas occulter le travail considérable de tous les acteurs, dont les excellents David Laurin et Klervi Thienpont, qui ont appris le langage des signes, pour donner vie à ce texte très bien écrit, traduit et adapté en québécois. La scénographie d'Elen Ewing est également à souligner.

Cette famille composée de gens brillants n'en est pas moins dysfonctionnelle pour autant. Ses membres crient et se jettent les uns sur les autres parce qu'ils n'entendent rien à l'amour, finalement.

Ce n'est pas la surdité qui rend sourd et ce n'est, certes, pas l'intelligence qui rend moins con.

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À La Licorne jusqu'au 29 novembre.

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