Le jardin de Babel et Chübichaï: voyage dans l'imaginaire des tout-petits

On retrouve dans Le jardin de Babel l'imagination... (Photo: Michel Pinault, fournie par la Maison théâtre)

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On retrouve dans Le jardin de Babel l'imagination toute légère de l'auteure Marie-Louise Gay qui fait que les moutons broutent des nuages, que des lapins poussent à la place des carottes et que la mer s'agite sous la terre.

Photo: Michel Pinault, fournie par la Maison théâtre

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Josée Lapointe

Début de saison solide à la Maison Théâtre, où sont présentées jusqu'à dimanche deux pièces pour enfants d'âge préscolaire. Le jardin de Babel et Chübichaï sont de véritables voyages dans l'imaginaire sans limites des tout-petits, très différents, mais tout aussi réussis.

Spectacle d'ouverture de l'année 2014-2015, Le jardin de Babel a beau avoir été écrit il y a 15 ans, il ne semble pas avoir vieilli. La pièce de Marie-Louise Gay mise en scène par André Laliberté, du Théâtre de l'Oeil, distille toujours autant d'étincelles de joie.

La fantaisie est au coeur du travail de Marie-Louise Gay, maman des albums et de la série télé Stella et Sacha, qu'elle écrit et illustre. On retrouve dans Le jardin de Babel cette même imagination toute légère qui fait que les moutons broutent des nuages, que des lapins poussent à la place des carottes et que la mer s'agite sous la terre.

On y raconte donc l'histoire de Babel, qui trouve un jour son jardin sens dessus dessous. Un roi borgne apparu soudainement lui demande de l'aider à rompre le sort jeté à sa fille Charlotte, et voilà le jeune garçon parti à l'aventure avec ses amis Gaston le poisson et Marcelle le mouton.

Le jardin, sur lequel sont dessinées fleurs et racines, est composé de trois collines de taille différente qui créent un effet de perspective, permettant aussi aux quatre marionnettistes de se cacher. Recouvertes d'un tissu mauve, elles se transforment ensuite en cour intérieure de château et la scénographie du spectacle est tout aussi simple et ingénieuse que cela. Les personnages, en ombres chinoises, nagent sous l'eau derrière un écran translucide, le mouton semble voler pour vrai au bout d'un bâton, les gerbes d'eau sont faites de bandelettes de papier.

Et, comme le petit héros d'abord incrédule, les enfants adhèrent à ce conte où les animaux parlent et où la princesse invisible est prise d'un interminable hoquet. Cet univers fantaisiste se retrouve aussi dans le langage, fait d'expressions détournées ou prises au pied de la lettre, et de jeux avec les sons: le roi, quand il est stressé, parle en chuintant, et les dialogues riment de manière amusante. Le tout enrobé d'airs classiques du monde de l'enfance - La mère Michel, Le bon roi Dagobert, Il était un petit navire... -, doucement jazzés.

L'humour bon enfant et la poésie joyeuse, quand ils sont utilisés avec cette simplicité et cette délicatesse, ne peuvent pas vieillir.

Chubichaï

Depuis deux ans maintenant, la Maison Théâtre présente quelques productions au Prospero. Dans la salle intime située au troisième étage de l'autre théâtre de la rue Ontario, les tout-petits peuvent voir ces jours-ci Chübichaï, de la compagnie française Le Vent des Forges.

Deux comédiennes et manipulatrices racontent aux enfants fascinés l'histoire de Chübichaï, «un petit garçon qui a perdu sa maman». Et feront le récit des aventures de ce petit bonhomme en façonnant de boules d'argile...

Théâtre d'objets, on pourrait même dire de matériaux, Chübichaï est un genre de récit initiatique à hauteur d'enfant: le héros fera face à des méchants et rencontrera des gentils, et chaque personnage prendra littéralement vie sous nos yeux. Magique de voir la matière se transformer, prendre les traits d'une bande de brigands ou d'une grand-maman bienveillante, pendant que les deux comédiennes psalmodient quelques phrases comme des mantras, lancent les boules d'argile, les rattrapent, les tapotent, les peinturent, y font des trous, sur une scène toute petite où elles ressemblent à des géantes.

À la fin, pas de drame, Chübichaï retrouve sa mère: c'est lui-même qui a inventé les péripéties de l'histoire sans quitter le confort de sa chambre... Chaque petit spectateur repart ensuite avec «un bout de Chübichaï», une boule d'argile qu'il pourra à son tour manipuler.

Un beau spectacle, donc, sur les histoires et les peurs que s'inventent les enfants quand ils sont seuls: ces derniers l'écoutent d'ailleurs avec une attention exceptionnelle. On peut entendre une mouche voler pendant que les deux actrices façonnent, font et défont les personnages qu'elles manipulent avec leurs mains ou leurs pieds salis par l'argile... L'identification est totale.

Chübichaï fait ainsi vivre des moments de grande intensité à ceux qui y assistent, et aussi de tendresse lors des «retrouvailles» entre la maman et son petit garçon à l'imagination débridée. Il faut les apprécier à leur juste valeur.

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Le jardin de Babel, à la Maison Théâtre jusqu'au 12 octobre. Pour les 3 à 6 ans. Chübichaï, au Prospero jusqu'au 12 octobre. Pour les 2 à 6 ans.

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