Les aiguilles et l'opium: risques de dépendance

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Avec cette relecture des Aiguilles et l'opium, créée il y a 22 ans, Robert Lepage nous offre un pur moment d'extase.

Le dramaturge québécois montre à quel point il a la capacité de se réinventer. Grâce à l'interprétation acrobatique inspirée de Marc Labrèche, Robert Lepage donne une nouvelle vie à cette pièce, sans doute sa plus intime. Il fait ici la preuve de son ingéniosité en créant un dispositif scénique qui magnifie un texte déjà brillamment construit.

Devant nous, un immense cube ouvert sur trois faces pivote dans les airs, légèrement incliné vers le public. Tout se passe à l'intérieur de ce cube, où l'on retrouve le personnage de Robert, alter ego du dramaturge, qui vit une peine d'amour. Tout part de là et, grâce à la magie du théâtre, le cube devient une formidable métaphore de son monde qui bascule.

Le comédien québécois est à Paris pour faire la narration d'un documentaire relatant le passage du trompettiste américain Miles Davis dans la Ville lumière. La scène de l'enregistrement de la narration, qui met en relief les différences culturelles avec nos cousins français, est particulièrement savoureuse et n'a rien perdu de son mordant.

On retrouve ainsi Robert dans sa chambre d'hôtel, lieu fétiche dans la dramaturgie de Lepage. Précisément à l'hôtel La Louisiane, qu'aurait occupé Juliette Gréco 50 ans plus tôt. Sa peine d'amour se juxtaposera à celle vécue par Miles Davis après une liaison avec la chanteuse française. Une rupture qui rendra Davis dépendant à l'héroïne.

La trame narrative des Aiguilles et l'opium s'appuie d'ailleurs sur la musique composée par Miles Davis pour le film Ascenseur pour l'échafaud.

Un dispositif impressionnant

En pivotant, le cube de Lepage nous entraîne d'une scène à l'autre, en nous offrant des perspectives extraordinaires des lieux évoqués. Que ce soit la chambre d'hôtel, le studio d'enregistrement, une gare ou une boîte de musique jazz, la vue est renversante! Nul doute: les spectateurs du balcon du TNM avaient cette fois les meilleurs sièges.

On peut être pour ou contre le déploiement de tels dispositifs technologiques, il reste qu'aucun autre metteur en scène ne parvient à créer des espaces de jeu comme Lepage le fait.

Marc Labrèche excelle également dans son interprétation de Jean Cocteau, dont le fantôme plane dans Les aiguilles et l'opium. Lui aussi a vécu une peine d'amour à la suite de laquelle il a consommé de l'opium de façon abusive. Les extraits de sa Lettre aux Américains, que Labrèche nous livre, la plupart du temps suspendu dans les airs, sont bouleversants.

Un mot sur Wellesley Robertson, qui interprète le personnage de Miles Davis (dans un rôle muet). Sa présence est intéressante, mais on regrette quand même qu'il n'ait pu jouer quelques airs avec sa trompette. Ses interprétations d'air trumpet ne sont pas très convaincantes.

Quant aux déplacements des comédiens dans ce cube magique, où sont d'ailleurs projetés les décors, ils sont étonnamment fluides, même si la scène pourrait être moins inclinée par moments. Gageons qu'à la fin de cette série, les mollets de Marc Labrèche risquent de gagner en fermeté.

«Comment sublimer sa douleur quand on n'a pas le génie de Miles Davis ou de Jean Cocteau?», demande justement le personnage de Robert. Avec cette nouvelle scénographie des Aiguilles et l'opium, on a envie d'ajouter le nom de Lepage dans l'énoncé de sa question.

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Au TNM jusqu'au 31 mai. Supplémentaires en juin.




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