Le trou: trop de mots et de maux

Édith Arvisais est assez bonne dans le rôle... (Photo: fournie par le Théâtre Prospero)

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Édith Arvisais est assez bonne dans le rôle principal, bien que son jeu soit mal dosé.

Photo: fournie par le Théâtre Prospero

Il y a un trop-plein de mots dans l'écriture d'Eugénie Beaudry qui, de son propre aveu, construit des univers bigarrés. Pas vraiment réalistes. Même si l'auteure de Gunshot de Lulla West - qui est aussi interprète - puise sa sensibilité dans des situations bien réelles.

Le trou, sa deuxième pièce sur le thème du déracinement, qu'elle met en scène et produit au Prospero, en est un bon exemple. La prémisse est intéressante, mais le texte aurait bénéficié d'un polissage, d'un regard extérieur, pour en affiner la structure, clarifier les enjeux.

Le trou expose le drame d'une ville ouvrière, en région, qui se meurt à la suite de la fermeture de son usine de pâtes et papiers. L'histoire relate les répercussions de cette fermeture sur la vie des citoyens. Au premier plan, Sara-Lee (Édith Arvisais, assez bonne, bien que son jeu soit mal dosé), personnage vulnérable, très renfermé, voire autiste. La jeune femme est terrorisée par le monde extérieur, au point qu'elle n'a pas mis le nez dehors depuis 15 ans!

Autour d'elle, il y a Jo (excellent Yannick Chapdelaine), le représentant syndical qui la visite régulièrement et la (sur) protège. La «tante» Johanne, aussi ex-employée de l'usine, devenue serveuse, qui rêve d'aller chanter à l'émission «du beau Éric» (Salvail). Puis Pauline, ancienne amie de la famille, exilée dans la grande ville, qui débarque sans s'annoncer. Son exil l'a transformée en femme d'affaires, ambitieuse et sans compassion (un personnage beaucoup trop caricatural!).

Creuser son trou

Sara-Lee creuse donc son trou allégoriquement... et concrètement. Elle veut transformer sa maison décatie en musée pour le centenaire de la municipalité.

Or, ce que Sara-Lee ignore, c'est que, dehors, les marteaux-piqueurs ont commencé à démolir TOUS les bâtiments. Demain, Gagné City sera une ville fantôme ravagée par les démons du profit et du progrès...

La pièce ne manque pas d'originalité, mais les relations entre les personnages sont floues, la trame est confuse et éparpillée. Comment Sara-Lee, malgré son handicap, peut-elle s'occuper seule de son père, paralysé à la suite d'un AVC? Ou aller voir sa tante, alors qu'elle ne sort plus depuis 15 ans (pas clair que c'est un flash-back)? Que vient faire Johanne dans le récit? Quels sont les liens de Pauline avec la famille? Pourquoi le représentant syndical s'amourache-t-il de Sara-Lee?

Autant dire que cette pièce a bien des trous...

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À la Salle intime du Théâtre Prospero, jusqu'au 17 mai.




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