Testament: les fennecs de Vickie

Les jeunes comédiens de l'adaptation théâtrale de Testament,... (Photo: fournie par le Quat'Sous)

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Les jeunes comédiens de l'adaptation théâtrale de Testament, dont Jade-Mariuka Robitaille, ici au centre, semblent tous appartenir à une bande aussi sauvage qu'attendrissante.

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Le premier roman de Vickie Gendreau, Testament, a été écrit dans l'urgence, alors qu'elle se savait menacée par une tumeur au cerveau. Nous pourrions dire que l'adaptation théâtrale de Testament, par le metteur en scène Éric Jean, donne tout autant l'impression d'avoir été créée dans l'urgence, quelques mois après sa mort.

Gros défi que de transposer ce roman polyphonique qui semblait tout destiné à la scène, mais c'est peut-être une fausse impression: Testament est bien plus littéraire que théâtral, plus près du délire poétique propre à une lecture qu'à une pièce. Il y a quelque chose du délit d'initié dans le roman très personnel de Gendreau, où elle imagine comment ses amis vont réagir à sa disparition, tout en se démultipliant elle-même.

Sur scène, Testament est à la croisée de l'hommage et de l'adaptation. Tout en étant très respectueux du texte - ce qui est tout à son honneur -, Éric Jean semble avoir eu de la difficulté à se l'approprier, préférant y greffer des éléments audiovisuels et des chansons jouées et chantées par les comédiens.

Nous avons eu le bizarre sentiment que la mise en scène était plus naïve que l'écriture faussement naïve de Gendreau, dans une célébration de la jeunesse parfois un peu clichée, mais fauchée dans son élan, ce qui donne à la pièce, par contraste, tout son poids dramatique.

On note quelques ruptures de ton dans la livraison des comédiens, qui appartiennent plus au texte qu'à l'interprétation; de jeunes comédiens qui ont l'âge de l'emploi, avec au premier plan la très charismatique Jade-Mariuka Robitaille dans le rôle de Gendreau. Clin d'oeil à la passion de Vickie pour les fennecs - sorte de petit renard du désert - ils semblent tous appartenir à une bande aussi sauvage qu'attendrissante, comme son animal fétiche, et rendent très bien la maladresse propre à cette vingtaine où l'on se cherche et pour qui la mort n'est rien de moins qu'un scandale incompréhensible. Certains offrent de véritables moments de grâce, notamment Étienne Laforge dans le rôle du frère.

La réception sera très différente si l'on a lu ou non le roman - le lecteur a ses préférences et aurait peut-être misé sur d'autres aspects - mais il reste que, sur scène, ça se tient et la mise en scène ne dénature pas l'oeuvre.

Enfin, quelle étrange expérience que d'entendre cette voix d'outre-tombe que Gendreau avait imaginée de son vivant, maintenant qu'elle n'est plus, ce qui prouve les multiples lectures que l'on peut faire de ce livre, et le pouvoir de la littérature auquel elle croyait férocement.

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Au Théâtre de Quat'Sous jusqu'au 30 mars.




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