La grande sortie: portrait de famille

Avec La grande sortie, les auteurs Jonathan Racine et Mélanie Maynard ont écrit un portrait de famille à la fois tendre et acide. Créée en 2011 par le Petit Théâtre du Nord, à Blainville, dans une mise en scène de Jonathan Racine, la pièce fait curieusement partie de la programmation de la 65e saison du Rideau Vert.

Si la production de 2011 aspirait à réinventer la formule du théâtre d'été, avec une bonne dose de drame, de vérité et de naturalisme, elle s'inscrit maladroitement, trois ans plus tard, dans une saison théâtrale régulière.

Marthe (Suzanne Garceau), mère de trois enfants, est atteinte d'un cancer et apprend qu'elle n'a que quelques mois à vivre. À 70 ans, sa vie se résume aux quatre murs de sa maison où elle habite avec son fils (Sébastien Gauthier), un vieux garçon qu'elle materne comme un adolescent, son mari alité qu'on ne voit jamais et sa télévision toujours allumée pour ne pas manquer «ses programmes».

Sa fille cadette (Sonia Vachon) vit juste en face de chez elle. Elle vient chaque jour chez sa mère, afin de lui donner un coup de main pour le ménage. Elle a prévenu sa grande soeur (Mélanie St-Laurent), qui a fui la région et la maison familiale il y a 12 ans, de l'état de santé de leur mère. Le retour au bercail de l'enfant prodigue va ouvrir de vieilles et profondes blessures... Mais aussi souder les liens familiaux.

Entre humour et mélodrame

Si le Rideau Vert a marqué de bons coups en matière de création québécoise au fil des ans - Les Belles-soeurs, La Sagouine, sans oublier les pièces de Françoise Loranger et de Marie-Claire Blais -, cette fois, c'est moins probant.

Il y a quelque chose de bâtard dans La grande sortie. Le registre oscille entre l'humour grivois et le mélodrame, la farce et la tragédie. Un drôle de croisement entre À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, La petite vie et la famille Slomeau. Pour reprendre les mots du metteur en scène, La grande sortie, «c'est un pot de ketchup sur fond de Debussy» (sic)!

Jonathan Racine nous dit aussi, avec raison, qu'au théâtre, il ne faut jamais juger les personnages. Pas besoin! Tous les personnages ne font que ça, se juger, dans sa pièce. Les blagues de grosse pour la soeur ronde et nounoune. Les jokes de cul pour la coiffeuse qui «s'ouvre trop facilement les jambes»...

Difficile de s'attacher aux membres de cette famille éclatée, isolée, qu'on décrit comme «intellectuellement pauvres», mais qui manient les réparties acerbes, cyniques, pour un oui ou pour un non. Comme si les auteurs n'avaient pas trouvé le ton juste entre le premier et le deuxième degré, le comique et le mélodrame, le tragique et les bons sentiments.

Dommage parce que la distribution est excellente dans cette mise en scène réaliste et saupoudrée d'effets cinématographiques. Au premier rang, la mère jouée par Suzanne Garceau est tout simplement criante de vérité. Une très bonne composition de cette actrice qu'on ne voit pas assez souvent sur nos scènes.

Au Rideau Vert, jusqu'au 22 février.




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