Affronter nos démons

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C'était le 6 décembre 2006. Dans une petite salle de spectacle de l'Université Concordia, quelques dizaines de (courageux) spectateurs entouraient Adam Kelly. Pendant deux heures, ce jeune acteur anglophone est entré dans la tête et le corps de Marc Lépine, 17 ans, jour pour jour, après la tuerie de Polytechnique.

Son solo The Anorak, sobre, intense, intègre, était d'une foudroyante efficacité. Un acte de courage de la part d'Adam Kelly, qui a ainsi «humanisé» le monstre, en lui faisant raconter son enfance, la violence de son père, le rejet à l'adolescence. Certainement pas pour excuser ou justifier. Mais simplement pour mieux comprendre sa folie assassine. Et ainsi compléter le deuil.

 

Parce que c'est aussi le rôle de l'art, de la création, que de revenir sur des événements traumatisants et permettre aux individus et collectivités de grandir. Même qu'Adam Kelly, en faisant face au «démon» Lépine dans cette petite salle de l'Université Concordia, le soir de ce triste anniversaire, nous a rappelé que telle démarche était essentielle et salutaire.

En entrevue avec ma collègue Anabelle Nicoud, en avril dernier, Denis Villeneuve expliquait que le scénario de son film Polytechnique avait été écrit dans un «grand souci d'authenticité».

J'imagine que c'est la seule façon possible d'aborder de tels sujets. Parce que faire du sensationnalisme, ça ne peut que donner des trucs à oublier, comme ce fameux film sur l'affaire Bernardo-Homolka, que personne n'a vu... En transposant au théâtre l'histoire du caporal Lortie, les gars du Nouveau Théâtre expérimental ont pris la voie psychanalytique pour donner un sens aux gestes d'un être en rupture avec sa société.

Le résultat est moins probant que The Anorak d'Adam Kelly, mais la démarche est tout aussi louable. Alexis Martin est de ces rares comédiens qui réunissent dans leur jeu une profonde sensibilité et un amour de la réflexion. Sa transformation en «schizophrène paranoïde» (c'est ainsi que le psychiatre Pierre Mailloux a diagnostiqué Lortie) révèle toute l'anomie que portait cet être en rupture avec sa société.

En attendant que le film Polytechnique arrive en salle, la pièce Lortie rappelle que le caporal a voulu tuer le premier ministre, parce qu'il reprochait au gouvernement provincial de ressembler à son père. Il souligne aussi, au passage, que la folie de Lépine - qui dans sa lettre de suicide, mentionnait son admiration pour Lortie - était parente à celle du caporal.

Deux hommes issus de la même société, des fils manqués. Ils font partie de notre histoire, de notre mythologie. L'art a le devoir de nous aider à comprendre le sens de leurs actes, aussi immondes soient-ils.

 




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