L'art du lâcher-prise

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Il faut faire la cession lorsque l'entreprise est en bonne santé financière, souligne Sonia Boisvert, associée chez PwC.

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Ulysse Bergeron

Collaboration spéciale

La Presse

Jusqu'à 10 000 entreprises québécoises sont menacées de fermeture au cours des 10 prochaines années en raison du manque de relève, selon une étude de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, commanditée par le Fonds de solidarité FTQ et réalisée en collaboration avec Raymond Chabot Grant Thornton. De ce nombre, 5700 sont presque assurées de fermer, ce qui entraînerait la suppression de 80 000 emplois et des pertes brutes minimales totales de 8,2 milliards en PIB. Quand le succès dépend de la planification et du lâcher-prise.

La cession d'entreprise est un enjeu majeur, lance d'emblée Jessica Grenier. La chef de programme à l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB) précise toutefois qu'un des enjeux réside dans la façon d'aborder cette étape avec les entrepreneurs.

Il faut leur en parler dans un langage qu'ils saisissent. «On doit se coller à la façon dont ils ont toujours appris, c'est-à-dire sur le tas et très souvent avec d'autres entrepreneurs.»

Ces considérations ont poussé l'EEB à lancer Triomphe, un programme qui s'adresse aux chefs d'entreprise qui désirent transmettre leur expérience et leurs connaissances à leur équipe tout en assumant un nouveau rôle dans l'organisation.

Ce programme met l'accent sur la notion de pérennité de l'entreprise plutôt que sur le fait de «céder» ou de «transférer» l'organisation. Ces mots sont «contre-intuitifs» pour des entrepreneurs, selon Jessica Grenier.

«L'ADN d'un entrepreneur est tout sauf cela : il bâtit, il agit, il est dans l'action.» Elle ajoute : «Le transfert d'entreprise ne vient pas que des conseils techniques d'experts ; il est avant tout relationnel.»

Son de cloche similaire de la part de Sonia Boisvert, associé chez PWC. Le «lâcher-prise» du patron est un facteur de la transition qui se prépare, qui se planifie.

Tout d'abord, ce dernier doit élaborer un plan de transition objectif qui répond à sa réalité. Est-ce que la relève se fera au sein de la famille? La famille restera-t-elle actionnaire tout en étant dirigée par un gestionnaire issu de l'entreprise ? Est-il préférable de vendre l'entreprise?

Bonne santé

Une fois qu'on a répondu à ces questions, une règle d'or s'impose : exécuter la cession lorsque l'entreprise est en bonne santé financière. «C'est beaucoup plus facile pour un cédant de lâcher prise quand l'entreprise est en bonne position. Il faut choisir le bon moment», dit-elle.

Plusieurs écoles de pensée s'opposent quant à la durée de la période de transition. Il n'y a pas de recette magique, et les points de vue diffèrent grandement, souligne Jessica Grenier.

«Certains entrepreneurs disent que c'est impossible qu'il y ait plus qu'un chef dans une entreprise et qu'il est préférable pour eux de se tasser. D'autres disent que c'est possible d'y rester longtemps», explique-t-elle.

Encore une fois ici, le succès relève plutôt de la planification.

Parmi toutes ces considérations et les difficultés liées aux cessions, les dirigeants québécois doivent garder en tête le positif : «Jamais le Québec n'aura eu autant d'entrepreneurs d'expérience, ce qui est un avantage notable quand on y pense. À nous d'en tirer profit.»

LE CERCLE DES HÉNOKIENS

Les entreprises québécoises apprennent l'art de la cession. La vaste majorité des entreprises en sont à leur premier ou deuxième transfert seulement. «Chose certaine, on remarque que les dirigeants d'entreprises qui ont eux-mêmes été une relève sont plus sensibles à cette étape», indique Sonia Boisvert, associée chez PwC. Jessica Grenier, chef de programme à l'École d'entrepreneurship de Beauce, concède que le Québec en est à ses premières armes en matière de cession.

Pour en faciliter l'apprentissage, elle conseille de dégager un enseignement d'entreprises qui, au fil des décennies et dessiècles, ont réussi avec succès de multiples cessions. Elle cite l'exemple des 44 membres du Cercle des Hénokiens. Cette association internationale n'accueille en son sein que des entreprises familiales en bonne santé financière dont la longévité dépasse deux siècles.

L'objectif de l'association, créée en 1981, est de partager une philosophie commune: la valeur du concept de l'entreprise familiale comme solution de rechange aux multinationales. «Évidemment, il y a des enseignements que nous pouvons tirer d'entreprises qui ont perduré», conclut Jessica Grenier.




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