REER: la vraie vie: une épargne (très) systématique

Daniel, ingénieur, a lui-même planifié ses finances en... (PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE)

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Daniel, ingénieur, a lui-même planifié ses finances en vue de la retraite. "J'ai toujours rêvé de faire le tour du monde en voilier", confie-t-il.

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

Marc Tison
La Presse

Une maison, un enfant à l'école privée, un chalet, de la voile dans les Caraïbes, des voyages, une retraite à 57 ans. Tout cela avec un seul salaire. Ce n'est pas une publicité pour une firme d'investissement. C'est la vie réelle - parce que bien organisée - d'un ingénieur et de sa conjointe.

Daniel (pseudonyme) est un homme minutieux et systématique. Il est ingénieur - ceci expliquant peut-être cela.

Un exemple?

Alors qu'il travaillait pour une petite firme d'expertise technico-légale, il devait découvrir comment une chaudière avait pu exploser en dépit des relais de sécurité. Un travail de détective.

Sur le tableau électrique, il observe que l'inscription sur un des relais est légèrement effacée. L'usure correspondait à l'utilisation répétée du pouce gauche pour retirer ce relais. «C'était donc un gaucher.» L'homme d'entretien est gaucher. Confronté, il fond en larmes. «Il avait enlevé le relais et il l'avait remis en place après l'explosion de la chaudière.»

Daniel a appliqué la même acuité à ses finances personnelles.

Un seul revenu

Il a travaillé une vingtaine d'années dans une firme de génie-conseil, pour un salaire raisonnable, sans plus.

Sa conjointe, sans formation, cumulait trois emplois. «Elle était serveuse, conductrice d'autobus scolaire et elle transcrivait le dictaphone pour un bureau de psychologues. Un horaire de fou. En 1984, je lui ai dit: «Tu vas lâcher ta job et on va s'acheter un duplex.»»

Ils ont déniché un immeuble plutôt délabré et, par conséquent, bon marché, qu'il pourrait rénover.

«Il ne fallait pas brûler d'étapes. Financièrement, on ne pouvait pas se permettre de s'acheter une maison en partant. Avec le duplex, on payait une bonne partie de l'hypothèque avec les revenus de location.»

Trois ans plus tard, en 1987, ils ont vendu le duplex et ont acheté une maison. «À rénover, toujours!», précise-t-il en souriant.

Le propriétaire demandait 150 000$, mais Daniel a estimé les travaux à 50 000$. «Le propriétaire a baissé le prix à 105 000$.»

Leur fils est né l'année suivante, en 1988.

«Malgré ça, chaque année, on mettait de l'argent de côté. Je n'avais pas un gros salaire, pourtant.»

Il brandit un graphique montrant l'épargne annuelle en proportion de son salaire au fil des ans. «Ça fluctue pas mal, mais en moyenne, 20% de mon revenu net s'en allait en épargne.»

Un creux en 2000: l'orthodontie de fiston.

Un pic en 2006: un petit héritage.

Ainsi va la vie.

Des projets

En 1990, le couple a acheté un petit chalet. À rénover, comme de raison.

Ils l'ont payé 56 000$, puis revendu 60 000$ quelques années plus tard.

Fiston avait grandi et le couple caressait d'autres projets.

«J'ai toujours rêvé de faire le tour du monde en voilier», confie Daniel.

Presque tous les étés depuis 1996, ils faisaient de la voile sur le lac Champlain. En 2012, ils ont navigué cinq semaines dans les Antilles avec leur fils.

«Mais on n'a pas acheté de bateau. Financièrement, ç'aurait été désastreux. On louait les voiliers.»

À un intervalle de trois ou quatre ans, ils se permettent également un petit voyage en France.

Dans ces conditions, épargner 20% des revenus nets sur le seul salaire du ménage relevait du tour de force. «Pas tant que ça, corrige Daniel. On a décidé de ne pas avoir tout, tout de suite. On ne pouvait pas aller en France et avoir un chalet. Même chose pour la voile.»

Mais la vie n'est pas pour autant une longue croisière tranquille. «En 2005, j'ai fait une crise cardiaque.» Il avait 48 ans.

En 2008, surmené, il a pris une année de congé sans solde, qui s'est traduite par un ravin sur le graphique de son épargne.

Un budget serré

«On s'est toujours fait un budget.» Il produit un exemple imprimé.

«Ce n'est pas qu'on était simplicité volontaire, précise-t-il, ça n'a rien à voir avec ça.»

Il s'agit de faire des choix. «On n'a qu'une seule voiture. Je l'achète neuve et je la garde 10 ans. Pour trouver notre maison, ma femme en a visité 200. On n'achète rien de dernier cri. Pourquoi un iPhone? J'ai un cellulaire bien ordinaire qui me coûte 20$ par mois.»

Leur unique téléviseur est un modèle à écran cathodique, branché à l'antenne HD que l'ingénieur a bricolée et installée au grenier. «Je n'ai que l'internet et le téléphone. C'est 30$ de moins par mois.»

Retraite

Daniel a pris sa retraite en juin 2013, à l'âge de 57 ans. «Je voulais attendre un peu, mais ma femme avait des petits problèmes de santé. Elle est un peu plus âgée que moi. Si on veut faire quelque chose ensemble, c'est maintenant, pas dans cinq ans.»

Il a fini sa carrière chez Hydro-Québec, le seul employeur où il a bénéficié d'un régime complémentaire de retraite. «Je n'ai pas un gros fonds de pension. Ça donne environ 6000$ par année. Il faut avoir quelque chose ailleurs.»

Ce quelque chose totalise 800 000$ en épargnes, dont la moitié en REER.

Il a préparé sa propre planification de retraite sur chiffrier.

Il planifie des dépenses de 60 000$ par année pendant les premières années de la retraite. Elles baissent à 55 000$ entre 65 et 70 ans, puis à 50 000$ jusqu'à 75 ans.

Il prévoit alors vendre la maison. Il calcule prudemment un rendement de 3% et une inflation de 2%, pour un rendement net de 1%.

«Si on enlève l'épargne qu'on faisait, le train de vie est très peu différent. Ce qui est fatigant, c'est qu'on a plus de dépenses médicales. Mais sinon, on ne se prive de rien.»

Selon sa planification, il meurt à 90 ans. Il fait mourir sa femme au même âge. Façon de parler, bien sûr. Il y a tout de même des choses qu'on ne contrôle pas.




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