Faire alliance pour innover

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Francis Baillet, vice-président aux affaires corporatives chez Ubisoft, Mazen Elbawab (au centre), PDG et cofondateur d'Heddoko, et Alex Fainberg, l'autre cofondateur d'Heddoko.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Marie Lambert-Chan

Collaboration spéciale

La Presse

Pour stimuler l'innovation numérique, les grandes sociétés et les entreprises en démarrage doivent apprendre à travailler main dans la main. C'est la conclusion d'un récent rapport signé par l'Alliance G20 des jeunes entrepreneurs et la firme Accenture. Si les bénéfices d'une telle collaboration sont incontestables, les embûches pour y parvenir restent nombreuses.

Innover pour réussir

Le rapport se base sur un sondage mené dans les pays du G20 auprès de 1000 grandes entreprises et de 1000 entrepreneurs, pour la plupart à la tête d'entreprises en démarrage. À peu près tous s'entendent: 97% des grandes entreprises et 82% des entrepreneurs affirment que l'innovation numérique est critique ou du moins importante pour leur performance future. Déjà, les grandes entreprises prévoient tirer 28% de leurs revenus des technologies, produits et services numériques d'ici trois ans. La collaboration avec les start-ups y joue un rôle crucial. En ce moment, de telles alliances génèrent 9% des revenus des entreprises. Dans trois ans, ce sera 12% et dans cinq ans, 20%.

Des bénéfices

Les grandes et petites entreprises sont séduites par l'idée de collaborer. Les entreprises bien établies estiment que c'est une occasion d'injecter du sang neuf dans leurs processus d'innovation. Elles découvrent ainsi des idées plus pointues, de nouveaux talents et des marchés insoupçonnés. C'est bon pour leur retour sur investissement en R&D, leur image et leur culture entrepreneuriale.

Les jeunes entrepreneurs y voient l'occasion d'avoir accès au réseau de distribution et à la clientèle des grandes entreprises, ainsi qu'à leur connaissance du marché et à leurs experts. C'est aussi une façon de passer au statut de fournisseur, d'obtenir des conseils - et peut-être même du capital - et de concevoir conjointement de nouveaux produits et services.

Problèmes de perception

La réalité est moins rose. Les trois quarts des grandes entreprises rapportent des collaborations réussies avec des entrepreneurs. Mais seulement la moitié des start-ups affirme la même chose. Les entrepreneurs sentent souvent un manque d'engagement de la part des grandes entreprises. Ils leur reprochent leur lenteur bureaucratique et de ne pas savoir comment travailler avec eux. «Faire fonctionner un tel modèle n'est pas évident», admet Winston Chan, sherpa junior de la délégation canadienne au Sommet de l'Alliance du G20 des jeunes entrepreneurs qui a eu lieu en septembre dernier en Turquie, en amont du G20 politique. «Ce sont deux cultures d'entreprise à marier», résume-t-il.

Un écosystème d'innovation

Comme dans un couple, chacun doit mettre de l'eau dans son vin. «Ça prend de la patience, mais c'est possible, assure M. Chan. Ce genre de collaboration commence à se répandre et tout nous indique que c'est le modèle du futur.» En fait, l'Alliance du G20 des jeunes entrepreneurs croit que l'innovation conjointe entre grandes et petites entreprises est le morceau de casse-tête manquant. «Après le capital de risque et les incubateurs-accélérateurs, c'est la prochaine étape, affirme M. Chan. C'est ainsi qu'on pourra créer un véritable écosystème d'innovation. C'est bon pour l'innovation, bien sûr, mais aussi pour la croissance économique, l'entrepreneuriat et la création d'emplois.»

Les ingrédients du succès

Le rapport donne quelques devoirs aux grandes entreprises et aux start-ups. Les premières doivent notamment s'assurer que leur exécutif adhère à ce genre de collaboration; définir clairement les objectifs de leur partenariat avec l'entreprise en démarrage; prévoir un budget en conséquence; donner accès à leurs contacts et parfois à leurs infrastructures.

De leur côté, les jeunes entrepreneurs doivent faire un effort pour comprendre les intérêts de la grande entreprise et ajuster leur proposition de valeur en conséquence. Adapter leur culture d'entreprise et trouver des mentors font aussi partie des solutions.

Un exemple montréalais

Ubisoft a pris sous son aile la jeune entreprise Heddoko, conceptrice d'un habit de sport intelligent. «On fait du mentorat, explique Francis Baillet, vice-président aux affaires corporatives d'Ubisoft. On offre à Heddoko une banque d'heures à utiliser comme ses dirigeants le souhaitent, par exemple pour revoir leur plan d'affaires ou réfléchir à leur marketing. On leur ouvre aussi des portes.» Alex Fainberg, cofondateur d'Heddoko, se dit choyé. «Francis nous invite à tous les événements intéressants pour nous, raconte-t-il. Grâce à lui, on a rencontré Bruny Surin et Alexandre Bilodeau.» Sera-t-il un jour question d'un partenariat d'affaires? «On ne sait jamais, dit Francis Baillet. Pour le moment, c'est l'occasion pour nous de rester connecté à la culture entrepreneuriale et de développer des talents.»




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