On peut toujours compter sur l’aventurier Frédéric Dion pour arriver avec des idées d’expéditions qui sortent de l’ordinaire. On peut aussi toujours se fier sur Caroline Côté pour concocter des traversées exigeantes en terrain hostile.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

Frédéric Dion est sur le point d’entreprendre l’ascension du mont Logan, le plus haut du sommet du Canada, avec un cerf-volant de traction. Pour sa part, Caroline Côté vient de terminer la traversée nord-sud de la plus grande île de l’archipel arctique de Svalbard avec son compagnon, Vincent Colliard.

C’est cette semaine que Frédéric Dion s’est envolé pour le parc national Kluane, après une quarantaine de 14 jours à Whitehorse, avec son coéquipier Bruno-Pierre Couture.

« Le mont Logan, c’est un terrain capoté à explorer en cerf-volant », raconte Frédéric Dion dans une entrevue téléphonique accordée à la fin d’avril de sa chambre d’hôtel dans la capitale du Yukon. « Je cherchais avec qui y aller. Maintenant, on ne peut plus y aller en solo, mais même si c’était permis, je n’irais pas en solo. J’ai pensé aux bons grimpeurs que je connaissais, j’ai pensé à Bruno-Pierre. »

Coïncidence, Bruno-Pierre Couture planifiait lui-même une expédition au mont Logan. Comme Frédéric Dion, c’est un habitué des grandes aventures : en 2014, il a traversé le Québec en ski de fond, de Montréal à Kuujjuaq, soit une distance de 2300 km.

« On n’a pas de tente, lance Frédéric Dion. Bon, dans les faits, on en a une, mais on la laisse à la piste d’atterrissage comme back-up, comme plan B. Pour nos abris, on va apporter nos pelles et on va faire des quinzies. »

Un quinzy est un abri de neige d’origine amérindienne qui ressemble un peu à un igloo. Il s’agit de faire un amoncellement de neige, de tasser celle-ci et de la laisser durcir, puis de creuser l’intérieur. « Il faut avoir la bonne technique pour le faire, indique Frédéric Dion. Pour la plupart des gens, ça prend beaucoup de temps, mais nous sommes rendus à le faire en 35 minutes. »

En laissant la tente à la piste d’atterrissage, les coéquipiers peuvent voyager plus léger pendant le trajet de quelques jours vers le sommet. L’excellente isolation du quinzy permet d’apporter des sacs de couchage beaucoup moins chauds, donc moins lourds. Autre avantage, il n’y a pas ce flacottement de la toile de tente qui peut devenir sérieusement irritant par grand vent. Enfin, lors du chemin du retour, les quinzies seront déjà construits et pourront être réutilisés.

Les coéquipiers espèrent utiliser les cerfs-volants de traction pour une partie de l’ascension, essentiellement sur le plateau sommital. « Nous avons trois kites, mais l’idée, c’est d’être deux sur un kite, du moins au départ, le temps qu’on reconnaisse le terrain, explique Frédéric Dion. Le premier contrôle le kite et le deuxième se laisse traîner. Si le premier tombe dans une crevasse, ou le deuxième, les deux sont attachés. Ça a nécessité une bonne pratique parce que c’est un genre de ballet à exécuter, ça demande une certaine habileté. »

Les deux coéquipiers espèrent évidemment atteindre le sommet du mont Logan, situé à 5959 m, mais le seul fait de se rendre sur la montagne sera déjà une belle réussite.

Objectif atteint !

  • Au début de l’expédition de Caroline Côté, la nuit polaire régnait.

    PHOTO FOURNIE PAR CAROLINE CÔTÉ

    Au début de l’expédition de Caroline Côté, la nuit polaire régnait.

  • Des ours polaires rôdaient pendant l’expédition au Svalbard. Caroline Côté et son compagnon, Vincent Colliard, en ont vu deux.

    PHOTO FOURNIE PAR CAROLINE CÔTÉ

    Des ours polaires rôdaient pendant l’expédition au Svalbard. Caroline Côté et son compagnon, Vincent Colliard, en ont vu deux.

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De son côté, Caroline Côté a pleinement atteint son objectif : traverser Spitzberg, la plus grande île de l’archipel du Svalbard, dans le nord de la Norvège, du nord au sud, en hiver. Cela signifiait de partir de la principale ville de l’archipel, Longyearbyen, de monter jusqu’à la pointe nord de l’île, de redescendre à la pointe sud, puis de remonter quelque peu pour rejoindre Longyearbyen. Caroline Côté et son copain ont ainsi parcouru 1000 km en 63 jours, du 2 février au 5 avril.

En entrevue, Caroline Côté affirme que c’est ce qu’elle a fait de plus difficile dans sa vie.

PHOTO FOURNIE PAR CAROLINE CÔTÉ

Le froid était souvent intense pendant l’expédition de Caroline Côté au Svalbard.

C’était difficile mentalement de garder le cap jour après jour, d’arriver à avoir le courage de recommencer chaque matin.

Caroline Côté

Pourtant, l’aventurière s’y connaît en grandes expéditions : en 2018, elle a traversé en solo une partie du Québec de Natashquan à Montréal, soit 2000 km, en suivant les lignes électriques d’Hydro-Québec.

Mais cette fois-ci, la lourdeur des charges et le climat extrême lui ont joué un mauvais tour : elle a sous-estimé ses besoins en nourriture. Elle a terminé l’expédition dans un état de très grande faiblesse. « Je voulais être légère, il fallait que je trouve un compromis. Mais à la prochaine expédition, ce ne sera pas sur la nourriture que je ferai des compromis. »

Le couple est demeuré soudé à travers toutes ces difficultés et, après quelques semaines de repos à Longyearbyen, se prépare à un retour au Québec. « J’étais accompagnée par la bonne personne », confie Caroline Côté.

Vidéo de la semaine : Une grimpeuse, une voie diabolique

Cette vidéo de Petzl Sport permet d’apprécier l’athlétisme de la grimpeuse française Julia Chanourdie dans une voie extrêmement difficile du Ventoux. La vidéo complète est en français, chose rare pour une vidéo d’escalade.

> Voyez la vidéo au complet

Chiffre de la semaine : 2500

C’est le nombre (approximatif) d’espèces de fleurs sauvages au Québec. C’est le temps d’aller à leur rencontre dans les bois.