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Les Québécois ne mangent pas mieux qu'il y a 15 ans

Même s'ils sont bombardés de messages faisant la promotion de la saine alimentation, les Québécois ne mangent pas mieux qu'il y a 15 ans. C'est la triste conclusion d'une étude menée entre août 2015 et avril 2017 auprès de 1147 personnes vivant dans cinq régions du Québec. Ces résultats sont publiés aujourd'hui sur le site du Canadian Journal of Cardiology. Explications.

ÉCHEC AVEC UNE NOTE GLOBALE DE 55 %

« On entend souvent que la population est plus consciente de la saine alimentation, que les gens s'alimentent mieux, que le végétarisme est en hausse, que le bio est plus populaire, etc. », observe Benoît Lamarche, professeur à l'École de nutrition de la faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval et responsable de l'étude. « Le portrait n'est pas si reluisant que ça. »

En comparant l'assiette des Québécois aux recommandations du Guide alimentaire canadien, l'enquête établit un Indice de qualité de l'alimentation. Sur une note de 100, les Québécois obtiennent 54,5 %, soit moins que la note de passage. Cela « dénote un régime alimentaire de qualité relativement médiocre par rapport aux recommandations actuelles », lit-on dans l'étude. En 2004, la moyenne canadienne était de 59 %. « Je ne suis pas prêt à dire que ça s'est détérioré, parce que la méthode de mesure n'est pas exactement la même, mais on peut certainement dire que ça ne s'est pas amélioré », constate Benoît Lamarche.

TROP DE GRAS SATURÉS, PAS ASSEZ DE LÉGUMES

Au pays des vaches, à peine 39 % des Québécois consomment suffisamment de produits laitiers ou leurs équivalents. Moins d'un quart de la population (24 %) mange assez de fruits et de légumes. Encore plus rares (12 %) sont ceux qui consomment les portions prescrites de grains entiers. Ce n'est pas tout : 81 % des répondants ingèrent plus de sodium que la limite de 2300 mg par jour et 74 % ont un apport en gras saturés exagéré.

LES JEUNES AUSSI BOUFFENT MAL

Quant aux jeunes, ils bouffent - ce terme familier semble approprié - encore plus mal qu'avant. À peine 26 % d'entre eux consommaient suffisamment de fruits et de légumes en 2016-2017, comparativement à 33 % en 2010-2011, selon l'Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2016-2017, dévoilée hier par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ). Seuls 36 % consomment les portions de lait et substituts recommandées, contre 48 % six ans plus tôt. Même la proportion d'adolescents qui ne déjeunent pas avant d'aller à l'école a augmenté, pour atteindre 14 % en 2016-2017. Peut-être faudrait-il songer à ne plus commencer les cours à 8 h pile pour laisser aux ados le temps d'avoir faim avant de prendre l'autobus vers l'école.

LES CHIPS SONT POUR LA VISITE, VOYONS

Les Québécois ne semblent pas conscients de leur mauvaise alimentation. Un total de 75 % des répondants estiment que leur alimentation est bonne, très bonne ou excellente, selon une enquête menée précédemment par le même groupe de chercheurs. Seuls 25 % la jugent passable ou mauvaise. À force de regarder des émissions de cuisine, on souffre peut-être d'aveuglement volontaire. Surtout quand il est 18 h, qu'on vient de rentrer du boulot et que les enfants ont faim.

OCCASION « INCROYABLE » EN PRÉVENTION

« On est meilleurs pour traiter les maladies, observe Benoît Lamarche. Dans les taux de mortalité par maladie coronarienne, il y a une certaine amélioration dans le temps. Mais on n'est pas très bons pour faire de la prévention. On sait pourtant que la nutrition est au centre de la prévention de toutes les maladies non transmissibles. Ces données montrent qu'on a une opportunité incroyable d'avoir un impact majeur sur la santé de la population en améliorant l'alimentation. » À quand les fruits et légumes appétissants offerts partout - à l'école, au bureau comme au centre de loisirs ?

DES MESURES MUSCLÉES, SVP

« Ça va prendre des mesures musclées pour faire tourner le navire, constate Benoît Lamarche. Je n'ai pas de recette magique, ni la prétention de savoir quoi faire. Mais ce qu'on fait jusqu'à présent ne semble pas avoir d'impact majeur au niveau populationnel. » De plus en plus d'études montrent que la sensibilisation et la responsabilisation des individus ne fonctionnent pas. « Ça passe probablement par une modification des environnements, par un accès favorisé à la saine alimentation », suggère le professeur. Alors que le prix des légumes augmentera de 4 % à 6 % en 2019, selon le Rapport sur les prix alimentaires à la consommation au Canada publié par les universités Dalhousie et de Guelph, il faut s'assurer que les ménages à faible revenu soient en mesure de bien manger.

PROJET NUTRIQUÉBEC

Le nouveau projet NutriQuébec doit permettre d'évaluer les répercussions de mesures gouvernementales - par exemple, une taxe sur le sucre - dans l'assiette des Québécois. Créé dans le cadre de la Politique gouvernementale de prévention en santé du gouvernement du Québec, cet « immense projet », comme le décrit Benoît Lamarche, a l'objectif de recruter plusieurs dizaines de milliers de personnes pour suivre l'évolution de leurs choix alimentaires au fil des ans. Les impacts réels des recommandations du nouveau Guide alimentaire canadien, attendu incessamment, seront mesurés grâce à NutriQuébec. « Nous allons pouvoir voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas », résume l'expert.

MÉTHODOLOGIE

L'étude PREDISE (Prédicteurs individuels, sociaux et environnementaux) a été menée auprès d'un échantillon représentatif de 1147 adultes francophones de cinq régions administratives du Québec. Les apports alimentaires ont été estimés à partir de la moyenne de trois rappels alimentaires de 24 heures sur plateforme web validés. Fruit d'une collaboration entre des équipes de l'Université Laval, de l'Université de Sherbrooke, de l'Université du Québec à Trois-Rivières et de l'Université de Montréal, les résultats sont publiés aujourd'hui dans le Canadian Journal of Cardiology.




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