Les fraises du Québec sont déjà sur le marché. La nouvelle vous a émoustillé cette semaine? La saison de gril est commencée: depuis quelques années, vous faites griller plus de poulet que de T-Bone? Vous avez changé votre lait 2% pour du 1% pour vos céréales du matin? C'était la canicule et vous n'aviez pas de crème glacée au congélateur? Même pas un popsicle? Et vous vous croyiez unique?

Stéphanie Bérubé LA PRESSE

Pauvre mangeur! Vous êtes le portrait tout craché du Canadien moyen, ce gourmand inquiet de sa santé, qui veut manger plus de vitamines et moins de gras et qui rêve d'avoir plus de temps pour cuisiner. Mais, que voulez-vous, votre vie est si remplie qu'il vous arrive de boire votre café en marchant ou derrière le volant. Vous en buvez d'ailleurs pas mal plus qu'avant, du café. Du vin aussi, remarquez bien, surtout du rouge.

Statistique Canada a publié cette semaine ses données annuelles sur l'assiette canadienne, ce fascinant portrait de société qui nous en dit long sur notre personnalité et nos contradictions. Par exemple, on mange trois fois plus de bleuets qu'il y a cinq ans, mais aussi plus de croustilles qu'avant. Personne ne peut être parfait. Les statisticiens notent également un petit regain de sucre dans le garde-manger, depuis deux ans. Mais en général, les médecins seront vraiment fiers de nous. Record de consommation de fruits, de toutes les couleurs. Des petits fruits bourrés d'antioxydants jusqu'à la bonne vieille banane. Record de consommation de légumes, tout aussi variés. Augmentation du côté des courges, poivrons, patates douces, aubergines, choux-fleurs.

«Des programmes de promotion tels que 5 fruits et légumes, Combinaison 0-5-20 et le Défi santé 5/30 commencent à porter leurs fruits», note Paul Boisvert, coordonnateur à la chaire sur l'obésité de l'Université Laval.

Ce spécialiste se félicite aussi de voir le poulet remplacer la viande rouge dans les frigos. Dans un contexte de prévention du cancer, dit-il, c'est bien de voir que les recommandations se rendent jusqu'à l'assiette.

«Il est encourageant de constater que plus de personnes se tournent vers d'autres aliments - noix et légumineuses, telles que les haricots, comme source complémentaire de protéines, de vitamines et de minéraux, précise-t-il. La lutte contre la malbouffe gagne du terrain lentement mais dans la bonne direction.»

Les Canadiens boudent moins les poissonniers et, à l'inverse, ils passent parfois tout droit devant la machine distributrice de boissons gazeuses. Toutes ces bonnes nouvelles se traduisent par une importante diminution du nombre de calories consommées quotidiennement. De plus de 2500 calories quotidiennes par Canadien, on est passé à 2358. C'est une spectaculaire économie de plus de 56 000 calories par année, par personne.

Toutefois, on est encore loin de voir tout le monde manger toutes ses portions de fruits et légumes et obtenir le nombre de vitamines et minéraux recommandé. Paul Boisvert souligne que des nouvelles études de Santé Canada, qui viennent d'être rendues publiques, ont calculé que les enfants, en général, n'obtenaient pas leur apport en potassium et en fibres et consommaient trop de sodium.

Même constat chez les adultes canadiens qui, de plus, manquent de vitamines À et D, de calcium et de magnésium.

On doit quand même voir la tendance: depuis 10 ans, la santé est une réelle préoccupation et cela se traduit de plus en plus dans les choix alimentaires. Parfois inconsciemment.

Dans le rayon des produits laitiers, les changements de comportement sont particulièrement marqués. Depuis 10 ans, les Canadiens ont laissé tomber le lait «homogénéisé 3,25%» et même, de plus en plus, le 2%. Ils préfèrent les laits écrémés, à 1% ou 0% de matières grasses.

Les produits glacés sont aussi en fort déclin, mais le yogourt est un des aliments qui ont connu la plus importante hausse de consommation durant les 10 dernières années. On en mangeait 2,85 litres par personne en 1999. L'année dernière, la moyenne est passée à 5,47 litres par personne. On mange du yogourt depuis la nuit des temps, pourquoi cette soudaine poussée?

«Le yogourt existe depuis toujours, mais on n'en a pas toujours mangé ici», rappelle Diane Jubinville, directrice des relations publiques chez Yoplait. Lorsque l'entreprise est arrivée au Québec, en 1971, la moyenne provinciale était de 200 g. Deux petits pots par personne, par année. Mais le yogourt est entré dans le quotidien des Québécois, note Diane Jubinville. Dans les années 70, les adultes n'en mangeaient pas.

Les enfants qui en mangeaient alors sont devenus grands, puis parents. Il y en a dans le frigo familial.

En matière de nourriture, cette première décennie des années 2000 a été particulièrement importante. Les scientifiques sont entrés dans la cuisine des gens. Les études liant les aliments gras à la maladie et les aliments sains à la santé ont fait les manchettes. On s'est mis à parler des aliments anticancer et des probiotiques.

On a mis les gras saturés à l'index. Puis les gras trans. Et maintenant le sel.

Nos chefs sont devenus des stars de télévision et la cuisine, un passe-temps.

Les Canadiens ne se sont toutefois pas encore vraiment remis aux fourneaux. On le constate en voyant le déclin de consommation de certains ingrédients. Il faudra attendre les statistiques de 2020...

 

Dix aliments qu'on mange plus

Bananes

Avocats

Poulet

Oranges

Crème fouettée

Fromage

Riz

OEufs

Miel

Ail

Dix aliments qu'on mange moins

Boeuf

Porc

Pamplemousses

Lait frappé

Arachides

Beurre

Margarine

Champignons en conserve

Céleri

Poires

Source: Aliments disponibles pour la consommation, 1999-2009, Statistique Canada