Kim Clavel n’avait jamais mis les pieds à Las Vegas avant d’y arriver samedi dernier, en vue de son combat de mardi, une victoire sans appel contre Natalie Gonzalez. Elle est repartie de Las Vegas victorieuse, fière de son résultat éclatant, mais sans avoir vraiment vu la ville du péché.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Là-bas, en effet, tout était minutieusement réglé. De la quarantaine à l’arrivée aux déplacements, en passant par la « bulle » autour du ring. Impossible de faire du tourisme en temps de pandémie.

PHOTO MIKEY WILLIAMS, TOP RANK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Kim Clavel (à droite) lors de son combat contre Natalie Gonzalez au centre des congrès MGM de Las Vegas, au Nevada, le 21 juillet 2020

Dès son arrivée, Clavel a été accueillie par une minifourgonnette qui l’a amenée directement au MGM Grand. Mais on ne passe pas par l’entrée principale quand on entre dans la bulle sans avoir été testée : il y a une porte secondaire, puis un dédale de petits corridors.

« On allait directement porter nos choses dans nos chambres, explique l’infirmière auxiliaire devenue boxeuse. Après, c’était le test, puis on nous donnait un bracelet “testé”. On devait le porter tant qu’on n’avait pas la preuve qu’on était négatif. On restait dans notre chambre en quarantaine. On portait le masque partout.

« Le lendemain matin, on a su qu’on était négatifs, alors on pouvait aller manger à la cafétéria et prendre l’ascenseur réservé aux gens testés. »

On n’avait pas le droit de marcher à 100 mètres d’où on dormait pour se rendre au centre des congrès [où avait lieu le combat]. On devait reprendre la petite van désinfectée.

Kim Clavel, au sujet du protocole sanitaire en vigueur à Las Vegas

« J’étais tout le temps avec Stéphan Larouche et Danielle Bouchard [ses entraîneurs]. Mais il faut dire qu’on est confinés ensemble depuis le début du camp d’entraînement. On a passé cinq semaines dans leur chalet à s’entraîner. »

Un modèle sanitaire strict qui a fait ses preuves et qui permet la tenue d’évènements de boxe dans un pays qui n’est pourtant pas sorti du bois avec la COVID-19. Par opposition, les sports de combat sont toujours interdits au Québec, où la situation est tout de même plus stable. Pour Clavel, il est évident qu’un tel protocole serait applicable ici, mais elle propose néanmoins une nuance : ça coûte cher, et tant qu’à instaurer une « bulle », aussi bien en profiter pour la peine.

« Ça prend beaucoup de personnel. Ça pourrait se faire au Québec, mais aux États-Unis, ils font deux galas par semaine depuis deux mois. On ne pourrait pas juste faire un gala, il faudrait un calendrier plus chargé. Juste un test leur coûte 350 $. Pour une soirée de six combats, c’est une cinquantaine de personnes, on est testés deux fois, c’est cher. Un promoteur ne doit pas penser faire de l’argent, surtout sans la vente de billets. Ce n’est pas évident. »

Intimidant

En dehors du dépaysement provoqué par le protocole sanitaire rigoureux, il reste qu’un tel combat, sur une telle carte, sous l’égide de Top Rank, dans un autre pays, c’est beaucoup de pression. Ça ajoute à l’inconfort du moment. C’est dans la lignée de la célèbre maxime qui rappelle qu’on a une seule chance de faire une bonne première impression.

Kim Clavel est devenue un nom intrigant aux États-Unis en recevant le prix Pat-Tillman qui soulignait son travail humanitaire comme infirmière auxiliaire en temps de COVID-19.

PHOTO JONATHAN BORDELEAU, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Kim Clavel, peu avant qu’elle gagne le prix Pat-Tillman, accordé chaque année à un athlète s’étant distingué pour son engagement social.

Elle avait la chance de prouver sa valeur aux yeux du géant Top Rank, allié américain du promoteur Yvon Michel, qui organisait l’évènement. Elle boxait sur la « grosse chaîne », à ESPN, et localement aussi au Québec, à heure de grande écoute sur RDS. Bref, c’était beaucoup.

Elle avait au moins la chance d’avoir dans son coin Stéphan Larouche, qui en a vu d’autres. Il l’avait prévenue que les premières secondes sur le ring seraient particulières. Le tapis serait plus mou, elle serait engourdie, tout irait au ralenti. Elle reconnaît avoir éprouvé ces sensations, mais sans vraiment en subir les conséquences.

« Sur le moment, j’étais comme un poisson dans l’eau. Mon expérience chez les amateurs, des compétitions en Chine, au Kazakhstan, au Brésil… J’ai l’habitude de voyager pour boxer. C’était intimidant : Top Rank, ce sont les plus grands boxeurs. Dans ma tête, c’est gros, les réseaux américains. Mon anglais n’est pas parfait, tu as des entrevues en anglais avec les plus grands intervieweurs. J’ai vu Freddie Roach [un célèbre entraîneur]. C’est écrit ESPN partout… », explique la boxeuse.

« La journée du combat, tu sens ton cœur battre, tu deviens stressée, avec des images négatives, mais il faut reprendre le dessus sur toi. Je fais beaucoup de visualisation positive. C’est rendre l’inconfortable confortable », dit-elle.

C’est la même chose que d’habitude. Il y a quatre côtés. Je vais boxer contre une fille avec deux bras qui va essayer de me frapper.

Kim Clavel

« C’est gros, mais je suis capable de prendre la pression et ça me l’a confirmé. Ça fait la différence entre quelqu’un qui reste dans la moyenne ou local et quelqu’un qui va aller performer à l’international. »

Clavel admet avoir reçu plusieurs bons commentaires de responsables de Top Rank avant de revenir au Québec. On lui a confirmé que sa performance sans tache, énergique, spectaculaire, pourrait lui ouvrir de nouvelles portes. Elle veut aussi remonter sur le ring avant la fin de 2020.

Puis il y a le combat de championnat du monde dans sa ligne de mire, un jour, plutôt tôt que tard. Quand elle sera prête.

« Il reste des ajustements, une constance à aller chercher. Il n’en manque pas gros, mais dans pas long, on va être prêts pour un titre mondial. »