Kim Clavel pouvait difficilement laisser une meilleure impression au monde de la boxe internationale, mardi soir à Las Vegas.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

La boxeuse québécoise a remporté son combat de façon éclatante aux dépens de l’Américaine Natalie Gonzalez (6-1, 1 K.-O.) par décision unanime des juges.

Clavel (12-0, 2 K.-O.) a dominé l’ancienne championne des Gants dorés de New York par sa vitesse et sa fougue. Elle a remporté les huit rounds, selon les trois juges du combat. Ils ont remis une carte identique de 80-72 en faveur de la jeune femme de 29 ans.

« Ce qui a fait la différence, c’est que j’avais une vitesse supérieure à la sienne », a confié Kim Clavel au bout du fil à La Presse, une trentaine de minutes après sa victoire.

« La vitesse aide beaucoup. Plus les rounds avançaient, plus j’étais précise. J’ai senti une petite hésitation chez elle, j’ai seulement augmenté le tempo, et on a dominé chaque round. C’était notre objectif. Mais je savais qu’elle était très bonne. On avait un background très semblable chez les amateurs, elle a du caractère, elle est travaillante, mais on a su s’ajuster. »

La Québécoise était attendue avec curiosité et fébrilité dans le milieu à son premier combat aux États-Unis après avoir reçu le prestigieux trophée Pat-Tillman au gala des ESPY pour son engagement communautaire à titre d’infirmière pendant la pandémie.

« Je pensais à tous les résidants [en CHSLD] entre les rounds, a-t-elle poursuivi. J’en ai perdu certains. Ils ont été malades, ils se sont battus, je les ai accompagnés pour leur dernier souffle, je ne les oublierai jamais. J’étais émotive pour ça pendant le combat. Ces personnes-là m’ont donné du courage. Je pensais aussi à un “cutman” très célèbre dans le milieu, Bob Miller, qui se bat pour sa vie aux soins intensifs. Je voulais me battre pour tout ce monde-là. »

« Un petit stress »

Dans une autre entrevue après son combat, sur les ondes de RDS, présentateur de son match, Kim Clavel a admis avoir ressenti de la pression en prévision du combat.

« Je ne mentirai pas, il y avait un petit stress. C’était la première fois avec Yvon Michel [Groupe GYM], la première fois avec Top Rank [le promoteur américain], la première fois aux États-Unis, mais malgré tout, on a livré la marchandise. Je vais être encore plus prête la prochaine fois. C’est une belle expérience que je mets dans mon sac à dos ! »

Clavel, championne des mi-mouches de la North American Boxing Federation, a été contrainte de renoncer à la première défense de sa ceinture, le 21 mars dernier, en raison de la crise de la COVID-19.

Il n’y avait pas de titre en jeu mardi, et les clans des deux boxeuses ont conclu une entente pour un combat à un poids médian de 110 livres, mais Clavel, classée 3e du World Boxing Council, 3e de l’International Boxing Federation et 7e de la World Boxing Association, ne voulait pas rater son coup sur une scène aussi prestigieuse, malgré l’absence de public, par mesure de sécurité.

« Il n’y avait pas de distractions avant le combat », a-t-elle ajouté sur les ondes de RDS. « Dans les entrevues, c’est sûr que tout le monde me parlait du prix, mais j’avais vraiment hâte de monter dans le ring, pour montrer mes talents de boxeuse, après avoir montré mon côté humanitaire. »

La seule chose que je voyais par la fenêtre de ma chambre d’hôtel, c’était les lettres MGM, que j’ai traduites par “Mon Grand Moment”. C’est tout ce à quoi je pensais !

Kim Clavel

La Québécoise dit n’avoir jamais été inquiétée par sa rivale, malgré sa feuille de route intéressante.

« Elle a été très combative. J’avais beaucoup d’énergie. Elle cassait le rythme en fin de round, j’essayais de monter le tempo quand elle le descendait. Je m’amusais dans le ring, j’esquivais ses coups. Elle avait les mains pesantes, mais elle n’avait pas des coups qui claquent, il n’y a aucun coup qui m’a dérangée. »

L’entraîneuse de Clavel, Danielle Bouchard, était ravie par la performance de sa protégée. « Je suis très contente », a-t-elle lancé au cours de cette même entrevue à RDS. « Beaucoup de facteurs auraient pu influencer [négativement] sa performance, ç’a été son carburant. Il y a de petites choses qu’on va regarder, mais tous les rounds, quand même, ça n’est pas rien. »

Championnat du monde ?

Stéphan Larouche, ancien entraîneur de Lucian Bute et d’Éric Lucas, accompagnait Danielle Bouchard, sa conjointe, et Kim Clavel, dans le coin du ring.

« Je l’ai trouvée belle, Kim », a-t-il dit à RDS. « Elle nageait dans tout ça, elle n’était pas complètement consciente de ce qui l’attendait ici. Elle a fait des entrevues avec CBS Las Vegas, Boxing.com, Ring TV, Forbes, des entrevues parfois difficiles à avoir, elle a fait tout ça sans trop s’en rendre compte. Elle est de bonne humeur, c’est agréable de travailler avec elle.

« On a dit : “Kim, c’est possible qu’au premier round, le tapis soit plus mou que d’habitude”, et elle a réalisé qu’elle était engourdie pour 20 secondes, mais après ça, elle est sortie après un beau jab. Surtout le double jab, un jab unique. Elle a vécu de beaux moments. C’est important de vivre ça avant les gros combats. Elle va savoir à quoi s’attendre dans les gros combats, ça va être un peu son nouveau bureau. »

Kim Clavel, seul boxeur ou boxeuse du Québec à se battre depuis l’apparition de la pandémie, souhaite obtenir un autre combat d’envergure en 2020. « J’aimerais ça, revenir ici en août ou en septembre sur une carte de Top Rank », a-t-elle confié à La Presse.

« L’adversaire, on va regarder ça avec l’équipe, ça va dépendre aussi de la pandémie, si des boxeuses d’autres pays peuvent venir. Ce sont des questions qu’on va se poser avec notre équipe. Pour l’instant, j’ai envie de vivre mon moment, de profiter de ma victoire. Le reste, c’est Yvon Michel qui va gérer tout ça. C’est sûr qu’on est moins loin d’un combat de championnat du monde. On s’en approche à chaque combat. Il manque encore un petit bout. On doit trouver une plus grande constance dans les combats.

« En 2021, on devrait être prêts pour s’aligner sur un combat de championnat du monde. Quand je vais arriver, je ne veux pas être participante, je veux être gagnante, alors je vais arriver préparée. »