Plus jeune membre masculin de l’équipe canadienne, Éliot Grondin était à peu près inconnu quand il a participé aux Jeux olympiques de PyeongChang en snowboard cross. Invité à la dernière minute, l’adolescent de 16 ans avait subi l’élimination dès les huitièmes de finale, après une chute.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Le fait d’être le plus jeune compétiteur en lice en Corée du Sud ne l’avait pas affecté. « Ça ne me dérange pas, avait-il déclaré en bas de parcours. L’expérience va venir, ça va arriver vite. Dans les prochaines années, c’est moi qui serai en haut du podium. »

Ce qui pouvait passer pour une boutade à l’époque est aujourd’hui loin d’être exagéré. « À ce moment-là, j’ai dit ça un peu comme ça, mais avec le travail qui a été fait, c’est sûr que je peux y croire », a affirmé Grondin, joint en Autriche, où il mettait la dernière touche à sa préparation en vue de la prochaine saison.

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Éliot Grondin (deuxième au classement général du snowboard cross), l’Autrichien Allessandro Haemmerle (premier) et le Français Merlin Surget (troisième) à la Coupe du monde de Veysonnaz, en Suisse, le 20 mars 2021

Depuis son baptême olympique, l’athlète de Sainte-Marie, en Beauce, a connu une progression fulgurante. Auteur d’une première victoire en Coupe du monde, il a terminé la saison au deuxième rang du classement général l’hiver dernier. Aux Championnats du monde d’Idre Fjäll, en Suède, il a remporté le bronze. Il a conclu le tout en beauté avec un premier titre mondial chez les juniors après deux médailles d’argent.

« Si tu m’avais dit ça en 2018, j’aurais ri un peu. En même temps, j’ai eu la chance d’être très bien entouré, autant sur la neige qu’avec mon coach en préparation physique, la préparation mentale, tout ce qui est physio, masso, etc. J’ai vraiment une belle équipe autour de moi, à la maison comme sur la route. Ça a aidé ma progression. »

L’attitude joue aussi pour celui qui a commencé tout petit sur les pentes de Vallée-Jonction avant de transporter sa planche jusqu’au mont Orignal, à Lac-Etchemin.

J’aime repousser mes limites et m’améliorer. J’ai eu une super grosse saison, mais je veux faire encore mieux. J’ai toujours eu ce petit désir d’être meilleur.

Éliot Grondin

À l’entraînement sur le glacier de Pitztal, à plus de 3000 m d’altitude, Grondin a pu mesurer le chemin parcouru durant l’entre-saison. À 20 ans, sa croissance n’est pas finie.

« J’ai eu un gros été à m’entraîner au gym. Je suis plus fort, ça va de soi. Je suis plus vieux aussi, je gagne en maturité. Ça aide et ça fait une différence quand j’embarque sur la neige. J’ai hâte de voir ce que ça va donner à la première course. »

Découvrir la Chine

Ce premier rendez-vous en Coupe du monde se déroulera du 26 au 28 novembre sur le site olympique de Secret Garden, en périphérie de Pékin. Le 21 novembre, il voyageait vers la capitale chinoise avec les autres membres du circuit à bord d’un vol nolisé depuis l’Allemagne, ce qui évitera une quarantaine de 21 jours à tout le groupe. Le Québécois est curieux de découvrir ce qui l’attend là-bas.

« On ne sait pas trop comment ça va se passer. À quel point va-t-on être libres, ce qu’on peut faire, ne pas faire ? Quelle sera la nourriture ? Je ne suis jamais allé en Chine. Ce sera bien d’avoir une première expérience avant d’y retourner pour les Jeux. »

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Éliot Grondin aux Jeux de PyeongChang, en 2018

Le parcours olympique « risque d’être assez gros », ce qui n’est pas pour lui déplaire. « Apparemment, c’est assez impressionnant. Les petits parcours, c’est pas mal moins le fun. Avoir peur quand tu es dans le portillon, le petit stress, et rentrer super vite dans les sauts, c’est toujours le fun. »

Six tranches de la Coupe du monde sont au programme avant les Jeux olympiques de Pékin, pour lesquels Grondin doit encore se qualifier.

« Comme l’an dernier, je vise surtout la constance, atteindre la grande finale à chaque course [les quatre premiers]. Je ne me mets pas vraiment d’objectif de résultat. Je pense à des trucs que je veux accomplir. En les réussissant comme je le veux, le reste va suivre. Je fais confiance à mon équipe et à notre plan. Le travail est fait, il me reste juste à courser et aller vite. »

En bref

L’influence de championnes

Quand il était plus jeune, Grondin ne ratait pas une Coupe du monde à Stoneham, quitte à manquer l’école. Il y a vu briller Dominique Maltais et Maelle Ricker, les deux meilleures spécialistes de snowboard cross de l’histoire canadienne. Les deux femmes ont également joué un rôle de premier plan dans son parcours. Pendant quelques années, quand il s’entraînait au mont Orignal, Maltais venait l’entraîner. « C’est une idole d’enfance et j’ai eu la chance de la côtoyer pendant quelques années », dit-il au sujet de la double médaillée olympique. Médaillée d’or à Vancouver en 2010, Ricker est maintenant entraîneuse adjointe avec Canada Snowboard et Grondin fait partie de ses protégés.

Attiré par la vitesse

Les spécialistes de descente acrobatique, de grand saut et de demi-lune abondent au Canada. Pourquoi avoir choisi le snowboard cross ? « J’ai toujours aimé aller vite, répond Grondin, qui dépasse fréquemment les 90 km/h en compétition. Le fait d’être plusieurs dans un parcours en même temps, ça rajoutait un peu de rush, d’adrénaline. J’ai toujours apprécié ça. Et de repousser les limites du parcours, c’est plaisant. »

Rendez-vous au mont Sainte-Anne

Malgré l’avis de dernière minute, son père et son frère aîné ont pu assister à la compétition d’Éliot Grondin aux Jeux olympiques de PyeongChang. Sa mère, qui exploitait une garderie en milieu familial, n’avait pu se libérer. À Pékin, aucun d’entre eux ne pourra être là, la Chine interdisant la présence de spectateurs étrangers. « Ils viendront me voir aux prochains », a philosophé Éliot. Au moins, ses proches auront la chance de l’applaudir à la première Coupe du monde après les JO puisqu’elle se déroulera au mont Sainte-Anne, du 25 au 27 février.