La patineuse de vitesse Kim Boutin se réjouit que Carey Price puisse prendre du temps pour soigner sa santé mentale.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Carey Price et Jonathan Drouin ne sont pas les seuls athlètes d’élite montréalais qui ont pris une pause à un moment charnière de leur carrière.

Kim Boutin l’a fait deux fois. En 2016, elle voulait se donner les outils pour aborder les Jeux olympiques dans un bon état d’esprit. Heureusement, puisque ces Jeux de PyeongChang se sont avérés aussi glorieux que bouleversants. La patineuse de vitesse sur courte piste avait fait l’objet de menaces à la suite de la disqualification d’une rivale coréenne.

Trois ans après les évènements, elle n’en était pas remise. Loin de là. Au point de craindre pour sa propre sécurité à chaque moment de tension, peu importe lequel.

« Tout ce qui était facteur de stress me ramenait à des états incontrôlables, a relaté Boutin mardi. Dans le fond, ce que je devais faire pour ne plus être sous pression, pour moi, c’était chaque fois un combat pour ma vie. J’ai juste explosé à un moment donné. C’était juste trop. »

L’idée de retourner en compétition en Corée du Sud ou même en Asie la révulsait. L’hiver dernier, elle a donc choisi de s’arrêter et de ne pas participer aux Championnats du monde de Dordrecht, les derniers avant les Jeux olympiques de Pékin, qui se profilent déjà.

La saison de Coupe du monde s’ouvrira d’ailleurs dans la capitale chinoise la semaine prochaine. Cette première compétition internationale en plus de 20 mois n’effraie pas Boutin, qui a pris une pause complète de quatre mois l’hiver dernier.

C’est quand même assez excitant. Ça fait un bon bout de temps que je n’ai pas patiné sur la scène internationale. Ça va être de retrouver mes bases. Je vais vraiment y aller une compétition à la fois.

Kim Boutin

Cette sérénité, elle la doit à un travail de fond avec une psychologue spécialisée en évènements traumatiques.

« Ç’a été un tournant dans ma préparation. J’étais rendue à ne plus vouloir être sur la glace parce que j’avais peur pour ma sécurité. J’avais une insécurité qui persistait depuis les Jeux. Depuis que je me suis ouverte sur ce sujet-là, je vois les Jeux beaucoup plus positivement. J’ai envie d’y aller ! »

La triple médaillée olympique peut donc très bien comprendre Carey Price, dont la pause pour prendre soin de sa santé mentale a fait les manchettes la semaine dernière.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Carey Price

« Je peux facilement imaginer que ça se vit dans plusieurs sports. Pour moi, ce n’est que normal qu’une personne demande du temps à un moment donné. Je trouve ça beau qu’on puisse en parler aussi ouvertement. Et qu’on se rende compte que Carey Price, c’est un humain. Et que, câline, on peut lui laisser la paix aussi. »

C’est juste positif que des gens se lèvent et disent qu’ils en ont assez, qu’ils ont besoin d’espace. Ça ne veut pas dire qu’il n’est pas fort.

Kim Boutin

Boutin salue cette prise de conscience : « C’est juste un autre pas vers l’humain. Dans une société, si on comprend qu’il y a des moments comme ça pour bien des gens, on ne s’y attend pas et à un moment donné, ça frappe, ben c’est ça. Ce sont des gens qui accumulent des performances, des résultats, des évènements à la limite traumatiques. Quand bien même c’est positif, ça a un impact sur toi. Oui, la vie va tellement vite. Prenons le temps de vivre ce qu’on a à vivre, que ce soit positif ou négatif. Après ça, tu vas revenir à 100 %. »

Boutin n’en est pas encore là, mais elle s’approche : « Je fais de super bons temps. Je n’ai jamais été aussi rapide de toute ma vie. Ça va bien. »

Le 500 m, distance dont elle détient le record mondial, est une chose, mais les 1000 m et 1500 m lui demanderont du temps, prévient l’athlète de 26 ans.

« Je n’ai pas encore retrouvé toute ma forme. Ma vitesse est là. J’ai l’impression que mon 500 mètres va bien aller, mais mes autres distances, ça se peut que j’en arrache ! »

Ses performances aux Championnats canadiens, en août, l’ont mise en confiance. Première au classement général, elle a signé cinq victoires en neuf épreuves, montant huit fois sur le podium.

« Florence [Brunelle] et Courtney [Sarault] sont de très grandes rivales. Je pense qu’on sera très fortes à l’international. […] Je sais que j’ai les capacités physiques pour atteindre de bons résultats. Ça va être de jumeler ça avec toutes les connaissances que j’ai acquises sur l’aspect tactique de mon sport. Je suis à l’étape de mélanger le tout : le plaisir et la tactique. »

Idéalement dans cet ordre.

Un mentor ?

Des six membres de l’équipe féminine qui participeront aux Coupes du monde de Pékin (du 21 au 24 octobre) et de Nagoya (du 28 au 31 octobre), Boutin est la seule qui détient une expérience olympique. Si le rôle de mentor ne l’attire pas d’emblée, elle croit que les liens se créeront tout naturellement dans le feu de l’action.

« C’est sûr que je vais avoir une petite pensée pour chacune chaque fois qu’on aura des moments plus difficiles. Je regarde Florence : elle est très émotive, elle me ressemble beaucoup. Dans des situations comme ça, je trouve qu’on arrive à connecter un peu plus et j’essaie de jouer le rôle que certaines ont joué avec moi. Une espèce de soutien. Je pense que ça va nous souder de retrouver la compétition. »

Les patineuses chercheront à décrocher des places olympiques pour le pays. Au maximum, cinq d’entre elles pourront y participer. Le scénario est le même chez les hommes.

Équipe Canada

Équipe féminine

  • •Kim Boutin (500 m, 1000 m, 1500 m, relais)
  • •Courtney Sarault (1000 m, 1500 m, relais)
  • •Florence Brunelle (500 m, 1000 m, relais)
  • •Alyson Charles (500 m, relais)
  • •Camille De Serres-Rainville (1500 m, relais)
  • •Danaé Blais (Relais)

Équipe masculine

  • •Steven Dubois (500 m, 1000 m, 1500 m, relais)
  • •Pascal Dion (1000 m, 1500 m, relais)
  • •Charles Hamelin (1000 m, 1500 m, relais)
  • •Jordan Pierre Gilles (500 m, relais)
  • •Maxime Laoun (500 m, relais)
  • •William Dandjinou (Relais)