Presque deux ans jour pour jour après avoir annoncé qu’ils accrochaient leurs patins, les ex-athlètes olympiques Kasandra Bradette et Samuel Girard filent le parfait bonheur dans leur nouveau rôle de parents.

Katherine Harvey-Pinard La Presse

Il est 13 h 30. Bébé Romain, venu au monde le 8 avril, vient de sombrer dans le sommeil au moment où le couple répond à l’appel de La Presse.

« C’est un autre accomplissement dans notre vie, dit Samuel Girard. On a dédié notre vie à performer, à s’entraîner. Là, on dédie notre vie à un enfant. C’est un peu le même cheminement qu’on vit quand on est athlète et qu’on s’entraîne pour un objectif ultime. Là, au lieu de s’entraîner, on va éduquer. »

« Avoir un bébé, ça te projette ailleurs, note pour sa part Kasandra Bradette. Quand tu es athlète, il faut que tu sois égoïste. Tu n’as pas le choix de penser à toi pour avoir le physique, l’esprit dans un état optimal. Là, tu te rends compte que ta vie tourne autour de ce dont bébé a besoin, et ça change vraiment de cap. »

Le calme à Ferland-et-Boilleau

Ce n’était un secret pour personne : Kasandra Bradette et Samuel Girard souhaitaient retourner s’établir dans leur patelin, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Au moment d’accrocher leurs patins, ils n’avaient pas de plan précis. Ils envisageaient de se construire une maison, un jour. D’avoir un enfant, éventuellement…

Les voilà deux ans plus tard avec bébé Romain et leur chien Théo dans leur demeure de Ferland-et-Boilleau, une petite municipalité du Saguenay qui compte environ 600 habitants. Leurs voisins ? Les parents de Samuel.

PHOTO STÉPHANIE BOUCHARD, FOURNIE PAR LA FAMILLE

« Là, tu te rends compte que ta vie tourne autour de ce dont bébé a besoin, et ça change vraiment de cap », note Kasandra Bradette.

« Notre vie personnelle, quand on patinait, était un peu sur pause, relate Kasandra Bradette. Aussitôt qu’on a pris notre retraite, tout s’est enclenché. J’ai fini mon baccalauréat. Sam a commencé à travailler. Tout est arrivé en même temps. C’est une grosse étape qui en contient plusieurs. »

Grand amoureux de la nature, le médaillé d’or olympique a commencé à bosser sur la maison en septembre 2019. Il venait de passer un été à travailler en construction avec son beau-père, Dany Bradette, entrepreneur dans le milieu.

« Les fins de semaine, on travaillait ensemble et avec mon père, raconte-t-il. Tout le monde mettait la main à la pâte. On l’a fait beaucoup par nous-mêmes. »

La pandémie a compliqué les choses, mais le couple a finalement pu emménager dans son nouveau chez-lui en mai 2020.

De son côté, Kasandra continuait ses études en biologie, commencées en 2011. Oui, en 2011. C’est le lot de la vie d’athlète. Inutile de préciser que la collation des grades virtuelle, qui avait lieu le 1er mai, s’est avérée plus que satisfaisante.

« J’ai eu une petite émotion. J’avais mon garçon dans les bras et je me suis dit : "Mon Dieu, je suis venue à bout de ça après 10 ans." » 

Pas de regrets

Un an avant d’accrocher ses patins, en mai 2019, le couple prenait part aux Jeux olympiques de PyeongChang. Girard avait remporté l’or au 1000 mètres. Bradette avait quant à elle participé au relais féminin 3000 mètres. Ils ont continué quelques mois ensuite, mais c’en était trop pour les athlètes. Ils n’en pouvaient plus de la routine stricte.

« Je suis quelqu’un qui veut toujours faire plaisir aux gens dans la vie, explique la femme de 31 ans. J’éprouvais toujours de la culpabilité à vouloir du temps pour moi, voir ma famille. »

C’est tellement un soulagement de juste pouvoir être vraie, être moi-même. De pouvoir faire les choses juste pour moi et pas parce que j’ai peur de ne pas être choisie pour une compétition.

Kasandra Bradette

Bien qu’ils s’ennuient de leurs coéquipiers de l’équipe nationale, avec qui ils passaient des journées entières, les acolytes n’ont aucun regret à ce jour. Pas même un soupçon.

« Du moment où j’ai pris ma décision d’arrêter de patiner, il n’y a pas un moment où je me suis remis en question à savoir si j’y retournerais », soutient Samuel Girard.

Le couple reste néanmoins fier de tout ce qu’il a accompli, avec raison.

« C’est une des choses que j’ai apprises au fil des années, d’être fière de ce que j’ai accompli, révèle la nouvelle maman. Même si ce n’est pas quelque chose de grandiose, même si je n’ai pas monté sur une marche aux Jeux, je suis fière de tous mes accomplissements. »

« On a notre chez-nous, notre terre, notre maison. On s’établit littéralement, on s’enracine ici, on bâtit notre futur », ajoute son compagnon.

Le sport dans le sang

Même si le patinage de vitesse est maintenant chose du passé, les deux athlètes gardent la forme autrement. Le sport coule assurément dans les veines de Romain.

PHOTO STÉPHANIE BOUCHARD, FOURNIE PAR LA FAMILLE

Le sport coule dans le sang de Romain, mais les parents ne veulent pas pour autant qu’il ait la pression d’exceller dans un sport.

« Il va bouger, affirme la Félicinoise. On veut surtout lui permettre de toucher un peu à tout, d’aller vers un sport qui va venir le chercher. On ne veut surtout pas qu’il ait la pression de patiner ou d’exceller dans un sport parce que son père a gagné une médaille d’or aux Olympiques ou que ses deux parents sont allés aux Jeux. »

Il est maintenant 13 h 50, le grand-père de Samuel vient cogner à la maison. Théo jappe. Bébé se réveille. On a le temps pour une dernière question. Quels sont vos prochains projets ?

« On veut profiter de la vie, répond Bradette. C’est quelque chose qui nous a manqué, d’avoir des moments de qualité avec les amis et la famille. De pouvoir aller au chalet sans culpabiliser parce qu’on ne s’entraîne pas. »

« On va être pas mal settés, comme on dit », lance Girard.