Dans le jargon, Édouard Thérriault a atterri dans le « parking ». En d’autres termes, il est allé très, très loin. De 35 à 40 mètres, selon son évaluation. En s’envolant dos au tremplin, en pivotant cinq fois sur lui-même et en se posant toujours à reculons.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Il n’était même pas étourdi. Casque décapsulé, tête qui dodeline, langue sortie, il s’est permis quelques pas de danse après avoir décroché ses skis.

Le jeune homme de 18 ans ne le savait pas encore (probablement qu’il ne s’en souciait même pas), mais il venait de se mettre au monde dans l’univers des sports extrêmes.

Ce troisième essai en finale du grand saut aux Championnats du monde de ski acrobatique d’Aspen, mardi après-midi, a épaté la galerie. Les juges ont récompensé le Québécois en lui accordant le premier rang provisoire. Thérriault n’en est pas revenu.

Finalement, seul le Suédois Oliwer Magnusson a réussi à le déloger grâce à un premier saut supérieur.

Champion du monde junior de slopestyle en 2019, Thérriault n’a atteint qu’une seule finale en Coupe du monde, une neuvième place à Kreichberg, en janvier. Cette médaille d’argent en « big air » dans le Colorado est donc une surprise, surtout dans une discipline où les jeunes doivent d’abord se faire un nom.

Je ne vais pas mentir, je ne m’attendais pas à faire un podium, ça, c’est sûr.

 Édouard Thérriault, de Lorraine, une heure après son exploit

« J’étais en première place jusqu’à ce que le dernier rider descende et me place deuxième. Mais j’étais assuré de faire un podium. À partir de là, j’ai juste savouré chaque seconde. Je ne pouvais pas être plus content. »

Malgré son inexpérience, Thérriault, qui a fait ses classes à Saint-Sauveur, à Avila et au centre Maximise de Sainte-Agathe, a abordé ses premiers Mondiaux séniors « comme une journée normale ».

PHOTO FIS

Édouard Thérriault (à gauche), sur le podium des Championnats du monde

Son secret ? Le plaisir et la bonne humeur. « Tu ne peux pas être calme et heureux seulement le jour de la compétition, parce que ça ne va pas toujours marcher. Il faut que tu le sois constamment. C’est ce que je fais. Pour moi, chaque jour de la vie est un bonus. Un de plus. Je suis super heureux de toujours garder le sourire et de pousser les gens à ne pas être gênés de parler. Comment dire ? Je veux juste que ma joie soit contagieuse. »

En haut de la piste, son « switch double bio 1800 safety grab » a été accueilli par des cris spontanés de la part des entraîneurs et des skieurs.

Même son entraîneur, Jean-François Cusson, a été impressionné. « Des athlètes comme Édouard, tu en as un par 10 ans, a-t-il affirmé. Tu as le Suédois Henrick Harlaut [octuple champion des X Games]. Il y a aussi eu Alex Beaulieu-Marchand. Édouard en est un autre. On n’est pas près de l’oublier, ce n’est pas un feu de paille. »

À l’image de Beaulieu-Marchand, médaillé de bronze en slopestyle aux Jeux olympiques de PyeongChang, Thérriault a son propre style, « vraiment beau et unique », dixit Cusson.

Sa personnalité est également un atout. « Édouard est beaucoup plus qu’un athlète, a ajouté l’entraîneur. C’est un artiste. Il aime créer, innover, inventer. Il fait beaucoup de films et il a des projets à l’extérieur de la compétition. Ça enlève un peu de pression parce qu’il a d’autres buts à atteindre. Il vient skier, il vient s’amuser, il vient donner un show. »

Honnêtement, c’est rare de voir un tel état d’esprit de la part d’un athlète en compétition.

Jean-François Cusson, entraîneur d’Édouard Thérriault

À moins d’un an des Jeux olympiques de Pékin, Thérriault marque beaucoup de points dans cette compétition qualificative. « Dans mon C.V., ça va bien paraître. Mais je n’y pense pas tant que ça. Je vais retourner à l’hôtel, parler à mes parents, qui seront contents pour moi. Je ne laisserai pas ça me monter à la tête. Je reste le même Édouard et je serai aussi joyeux que si j’avais fini dernier. »

Avant de songer à fêter sa médaille d’argent – pas trop, il a une Coupe du monde à Aspen en fin de semaine –, il devait se soumettre à un test antidopage, le tout premier d’une carrière qui s’annonce déjà prometteuse.