Keegan Messing sera bien seul sur la patinoire cette semaine à Skate America à Las Vegas, sans même des amateurs dans l’amphithéâtre pour l’encourager.

Lori Ewing
La Presse Canadienne

Mais en s’exécutant, il aura une pensée pour tous les membres de l’équipe canadienne.

Le patineur de 28 ans est le seul Canadien à participer à un Grand Prix dans le cadre d’une saison internationale de patinage artistique largement perturbée par la COVID-19.

« Je suis profondément attristé, a confié Messing en pensant à ses coéquipiers restés à la maison. (Mais) je suis vraiment fier d’avoir l’occasion de représenter l’équipe. Je veux patiner pour eux. »

Le circuit Grand Prix, qui donne habituellement le coup d’envoi de la saison de patinage artistique, a été modifié pour tenir compte des restrictions de voyage, devenant plutôt des évènements nationaux réservés aux patineurs qui vivent et s’entraînent dans le pays.

La plupart des membres de l’équipe canadienne devaient prendre part aux Internationaux de Patinage Canada, mais cet évènement prévu les 30 au 31 octobre à Ottawa a récemment été annulé en raison de l’augmentation des cas de coronavirus en Ontario et de l’augmentation des restrictions.

L’étape du Grand Prix de Grenoble a été annulée, lundi. La finale du Grand Prix à Pékin avait déjà été reportée, sans qu’on fixe une date ultérieure pour tenir cet évènement.

Messing, qui a la double nationalité, vit et s’entraîne en Alaska, et le vol pour Vegas était son premier depuis qu’il a pris part aux championnats des Quatre Continents l’hiver dernier en Corée du Sud. Les championnats du monde à Montréal en mars dernier ont également été annulés, l’un des premiers dominos à tomber alors que les évènements sportifs ont été été rayés du calendrier un peu partout dans le monde.

Résilience

Ce fut une année difficile pour Messing, dont le jeune frère Paxon est décédé dans un accident de moto en septembre 2019.

S’entraîner en vue d’une saison avec autant d’incertitudes n’a pas été facile. Il est difficile de faire fi de la douleur dans ce contexte.

« Dans ces moments d’introspection, on se demande ’Pourquoi ? À quoi ça sert ? Pourquoi est-ce que je fais tout ça ? Je ne veux pas souffrir. Je ne vais nulle part. Alors, à quoi ça sert de me donner tout ce mal ? » a confié Messing.

Messing et son ami et coéquipier canadien Nam Nguyen, qui vit à Toronto, se sont soutenus mutuellement.

« Nam et moi, nous nous appelons trois fois ou plus par semaine, a mentionné Messing. Il m’appelait pendant qu’il était sur la glace et disait :’Hé, regarde ça’, et il partait faire un quadruple Salchow ou quelque chose du genre, ce qui m’aidait à être plus motivé quand j’allais à la patinoire.

« Je l’appelle quand je suis sur la patinoire et que je passe une journée difficile. Parfois, c’est juste question d’avoir quelqu’un pour te donner suffisamment de motivation pour te surpasser. »

Messing ne sait pas à quoi s’attendre cette semaine. Son calendrier normalement chargé de spectacles pendant le printemps et l’été a été chambardé. Il aurait normalement passé plusieurs semaines au Canada à rencontrer son chorégraphe, à s’entraîner avec des coéquipiers canadiens et à faire au moins une compétition nationale.

Skate America se tient dans une bulle à Vegas. Messing a été testé pour la COVID-19 à son arrivé et il a été isolé dans sa chambre d’hôtel jusqu’à ce qu’il reçoive son résultat de test négatif. Les patineurs ont leur propre zone à l’hôtel, réparti sur trois étages.

L’évènement se déroulera sans aucun spectateur. Messing adore jouer avec la foule pendant ses programmes.

« Au début, je pensais que ça allait être nul pour dire les choses brutalement, a avoué Messing. À la moitié de votre programme, et selon la façon dont tu patines, on peut sentir l’excitation de la foule grandir et on veut simplement en faire encore plus.

« Et quand ses jambes commencent à trembler et que ses poumons commencent à brûler, on a l’excitation de la foule pour se soutenir. Sans ça, ça va être intéressant. Mais honnêtement, nous faisons ça depuis des années, notre corps sait quoi faire. »

La saison de patinage demeure incertaine au-delà des quatre épreuves du circuit Grand Prix. Les championnats du monde -évènement phare en vue des qualifications olympiques- sont toujours programmés en mars à Stockholm. Le Championnat des Quatre Continents à Sydney, en Australie, a récemment été annulé.