À la même période l’an dernier, Valérie Grenier broyait du noir à Calgary, où elle poursuivait sa réadaptation après une terrible blessure à une jambe survenue huit mois plus tôt aux Championnats du monde. Elle ne voyait pas le jour où elle pourrait remettre les skis, encore moins faire des courses.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

En entrevue avec La Presse, elle n’avait pas caché son découragement, incapable de retenir ses larmes. Informée de la situation, la championne olympique de ski de fond Chandra Crawford lui avait envoyé un courriel de réconfort.

Un an plus tard, Grenier a retrouvé le sourire. La Franco-Ontarienne est à Val Senales, station italienne rendue populaire par le légendaire skieur suédois Ingemar Stenmark, qui y avait ses habitudes. Avec ses coéquipières Marie-Michèle Gagnon et Candace Crawford, elle prépare la première Coupe du monde de la saison, programmée samedi à Sölden, en Autriche, à deux heures et demie d’auto au nord.

« C’est un grand moment pour moi, acquiesce-t-elle au téléphone. Ça fait tellement longtemps que j’ai pris un départ. J’ai plus hâte que jamais de recommencer. »

Après deux opérations pour soigner une quadruple fracture à la jambe droite, le chemin du retour a été tortueux. Encore en début de semaine, Grenier craignait d’avoir à patienter jusqu’à la Coupe du monde de Val d’Isère, au début du mois de décembre.

Sur des surfaces glacées et bosselées, à l’image de ce qu’elle retrouvera à Sölden, elle éprouvait toujours d’intenses douleurs au bas de la jambe. Elle a dû rater plusieurs jours d’entraînement sur neige. Cette « claque au visage » lui a causé du stress. Au point de se demander si cette satanée réadaptation finirait un jour.

Un problème de bottes

Grenier pense avoir réglé le problème pour de bon en changeant simplement de bottes. Apparemment, le technicien qui avait préparé ses nouvelles coques n’avait pas sablé la surface intérieure exactement de la même façon. À ce niveau, chaque millimètre fait une différence.

« Quand j’ai remis mes bottes, c’était 1000 fois mieux. Ç’a été un peu frustrant de savoir que j’ai perdu tout ce temps-là à cause des bottes. Au moins, on a trouvé la solution. Ces deux derniers jours, c’était beaucoup mieux. Je n’avais pas de douleur. Je pouvais juste me concentrer sur mon ski. »

À son dernier passage en 2018, Grenier avait terminé 11e au slalom géant de Sölden, le plus difficile du circuit avec « son long pitch à pic qui ne finit pas, on dirait ! ». Ce bon départ l’avait lancée vers la meilleure saison de sa carrière. Elle avait frôlé le podium en super-G à Lake Louise (5e) et à Cortina d’Ampezzo (4e).

Après 18 mois d’absence, une préparation tronquée par la pandémie et la résurgence des douleurs, elle tempère les attentes pour samedi. Une participation à la deuxième manche (top 30) serait déjà une belle réalisation pour l’athlète de bientôt 24 ans.

Au départ, je pense que ça va être un mélange de stress et d’excitation. J’adore faire des courses. C’est ce que je fais dans la vie. Même à l’entraînement, j’y vais pas mal toujours à fond. J’ai hâte de faire ça en course. Ça voudra dire que je serai de retour pour vrai.

Valérie Grenier

Cette propension à s’engager totalement, Erik Guay en a été témoin. L’ex-champion du monde a assisté à plusieurs séances de retour sur neige de Grenier, l’hiver dernier, à Tremblant. Son frère Stefan la supervisait à titre de coach, mais Erik les accompagnait souvent après avoir déposé ses filles à la montagne.

« Valérie est une femme qui travaille très fort, souligne celui qui siège maintenant au conseil d’administration de Canada Alpin. Elle ne parle pas beaucoup, mais tu vois qu’elle est toujours en train de réfléchir. C’est beau à voir. Au début, on commençait lentement avec de grands virages et de petits aspects techniques. Ça a quand même évolué assez rapidement. »

Grenier a eu accès à volonté au gymnase que Guay a aménagé dans une ancienne écurie sur la terre familiale. Elle y était supervisée par le préparateur physique Scott Livingston, le même qui a accompagné le skieur canadien le plus décoré de l’histoire dans la deuxième partie de sa carrière.

Elle a également passé du temps à Montréal, où l’organisation B2dix lui a fourni un toit et a mis tous ses spécialistes à sa disposition (kinésiologue, entraîneur de vélo, ostéopathe, professeure de yoga). « Ils ont couvert tous mes entraînements, j’ai été vraiment chanceuse de les avoir. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Grenier

Guay, qui a lui-même raté une saison entière après une opération à un genou, estime que l’aspect psychologique sera le plus délicat à gérer.

« Tu peux croire à ton genou et à la réparation, il y avait toujours quelque chose qui me bloquait. Je ne sais pas si ce sera pareil pour Valérie, mais je l’ai souvent vu avec d’autres athlètes également. Le ski, c’est mental. Tu as beau avoir une belle technique et une belle touche, le jour de la course, il faut oser et prendre des risques, surtout en slalom géant, où c’est hyper compétitif. »

Grenier l’a expérimenté à ses premiers entraînements de vitesse à Zermatt, il y a quelques semaines.

« Je pensais que je n’avais aucune peur et que tout était correct, mais quand je suis arrivée dans la piste vraiment à pic, ce n’était que ma troisième journée [de vitesse]. C’était très difficile mentalement. Au début, je ne faisais que déraper dans le pitch avant de reprendre sur le plat. »

« On veut la voir progresser »

L’ancienne médaillée d’or en descente aux Mondiaux juniors n’a eu que cinq jours d’entraînement en vitesse. Elle veut se donner un peu de temps avant de retrouver ses marques. Elle se concentrera sur les super-G et ne participera qu’aux épreuves de descente où la première discipline est au programme, afin de se familiariser avec les pistes.

De toute façon, avec le retour de la COVID-19 un peu partout en Europe, rien ne sert de se projeter trop loin.

Samedi, Grenier devra surmonter un numéro de dossard correspondant au moment de sa blessure (entre 40 et 50), un désavantage compensé en partie par le parcours béton de Sölden. Qui sait, la météo capricieuse annoncée pourrait aussi la favoriser.

Son entraîneur Manuel Gamper voit ses progrès de jour en jour. Il estime que sa protégée est prête, sans quoi il ne lui aurait pas donné le feu vert.

« Ç’a été une blessure très difficile, a noté l’Italien. Elle doit composer avec cela sur le plan mental. Ça paraît. Mais à plusieurs moments, elle est comme la Valérie d’avant. Pas à 100 %, mais c’est normal en ce moment. On ne devrait pas avoir de trop grandes attentes. On veut la voir progresser au fil de l’année, redonner une stabilité à son ski et bâtir à partir de là. »

La Québécoise Gagnon et l’Ontarienne Crawford sont les deux autres Canadiennes qui s’élanceront samedi. Touchée au dos, Mikaela Shiffrin, triple gagnante du gros globe de cristal, a déclaré forfait plus tôt cette semaine. La quintuple championne mondiale américaine n’a plus couru depuis la mort accidentelle de son père, au début de février.