Annulation des Mondiaux, confinement, déconfinement (masqué), suppression des Coupes du monde jusqu’à l’an prochain, reconfinement, nouvelle fermeture de l’aréna Maurice-Richard… Kim Boutin l’admet : le yoyo des derniers mois a pesé sur son moral.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

L’incertitude causée par les nouvelles restrictions annoncées lundi par le gouvernement du Québec en remet une couche.

Le sort des sports d’hiver a fait moins de bruit, mais le décompte pour les Jeux olympiques de Pékin en 2022 est lui aussi bien amorcé. Dans moins d’un an, en théorie, les patineurs de vitesse courte piste canadiens tenteront de s’y qualifier.

Pour l’heure, ils ne connaissent pas la date de leur prochaine compétition. À la fin d’août, l’Union internationale de patinage a annoncé l’annulation des Coupes du monde prévues en novembre à Montréal et à Laval. La semaine dernière, les étapes de Pékin et Séoul, programmées le mois suivant, sont passées à la trappe.

« Côté motivation, je trouve ça quand même difficile, a dit Boutin mardi matin. On a vraiment besoin de toute notre créativité pour essayer de la maintenir. Honnêtement, il y a une baisse de motivation. »

Études et entraînement

La triple médaillée de PyeongChang n’a pas pleuré sur son sort pendant le confinement. Elle a profité de la pause forcée pour renouer avec les études, mises sur la glace trois ans plus tôt. Elle poursuit à distance sa technique en éducation spécialisée et réfléchit à la façon dont elle pourrait intégrer ses apprentissages dans sa vie d’athlète.

« J’essaie de rendre agréable tout ce qui est autour du patin. C’est pour ça que j’ai d’autres objectifs de vie. En même temps, mes objectifs sportifs restent les mêmes. J’ai envie de performer aux Jeux. C’est là où tu te questionnes, où tu te demandes si les raisons pour lesquelles tu le fais sont réellement bonnes ! »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Kim Boutin à l’entraînement en novembre 2019

Depuis près de deux mois, Boutin a repris l’entraînement à temps plein avec ses collègues de l’équipe nationale à l’aréna Maurice-Richard, à Montréal. Les affaires se déroulent presque normalement, à l’exception du port du masque en tout temps, incluant sur la glace.

« C’est sûr que c’est désagréable, mais en termes d’apport d’oxygène, on reçoit ce qu’on est censés recevoir. […] La mission de Patinage de vitesse Canada, c’était de montrer l’exemple. Toute la population le fait, pourquoi pas nous ? »

Les seules contraintes seraient liées à des exercices de puissance aérobie maximale (PAM). « Personnellement, le masque ne me dérange pas vraiment, a noté Boutin. C’est plus l’inconfort provoqué par le masque qui va rentrer dans la bouche quand tu respires vraiment fort. »

Les groupes féminin et masculin sont réunis pour certaines séances sur la patinoire. Cette formule sourit à Boutin, qui aime le défi de se mesurer aux hommes.

« On essaie d’avoir des éléments de motivation au quotidien. Notre entraîneur nous met des courses chaque week-end pour qu’on essaie d’intégrer [les apprentissages] et qu’on continue d’avoir cette stimulation. »

Si on ne fait pas de courses, ça se peut bien qu’on soit nerveux en arrivant aux essais olympiques en août prochain !

Kim Boutin

La patineuse de 25 ans a relevé que des pays rivaux n’ont pas cessé leur préparation pendant le confinement. Certains ont tenu des sélections nationales. De quoi ajouter de la pression.

Dans les circonstances, le resserrement des mesures sanitaires dans les zones rouges au Québec est un autre coup à absorber. Au lendemain de l’annonce-choc, Boutin attendait des précisions de sa fédération.

« On parle d’un mois, mais ça se peut très bien que ça se prolonge. C’est sûr que ça m’inquiète. […] J’aimerais qu’on puisse continuer, qu’on fasse une certaine exception. Je comprends que la situation actuelle fait en sorte qu’on ne peut pas toujours faire la différence entre le sport de haut niveau et la population en général. En même temps, on est tous dans le même bateau. Les gens continuent à travailler dans leur milieu. [Le sport], c’est notre travail, notre gagne-pain. »

Une dérogation ?

Son plaidoyer n’a pas trouvé écho. La Ville de Montréal a refusé une demande de Patinage de vitesse Canada (PVC) de maintenir ses activités du centre national à l’aréna Maurice-Richard. L’Institut national du sport du Québec, où les patineurs effectuent leur préparation physique en salle, a obtenu cette autorisation mardi dernier.

« L’INS Québec a fait du lobbying afin que l’aréna ait droit à un statut d’exception et puisse rester ouvert durant le mini-confinement, comme l’Institut, mais cette requête a été refusée », a indiqué PVC dans un courriel jeudi matin.

Boutin et ses coéquipiers devront encore s’adapter. « Nos patineurs reprendront le type d’entraînement hors glace qu’ils suivaient au début de la pandémie, a poursuivi PVC. Nos entraîneurs et notre personnel de haute performance travaillent sur un plan pour leur offrir de l’entraînement sur glace ailleurs au Canada. En plus de suivre les directives de santé publique et les restrictions de voyage provinciales, toute autre solution d’entraînement doit être étudiée très attentivement afin d’assurer la santé et la sécurité de nos athlètes, entraîneurs et employés. »

En entrevue mardi, Boutin était ouverte à s’exiler pour poursuivre l’entraînement sur glace. Quintuple médaillée d’or au 500 m durant la dernière saison de Coupe du monde, elle visait le titre mondial général avant l’annulation de la compétition prévue à Séoul, en mars dernier. Son ambition n’a pas changé, mais ça lui demandera encore plus de patience.