Dario Cologna a fait un petit détour par le vestiaire de l'équipe canadienne, hier matin, au stade de Lago di Tesero. La grande vedette suisse du ski de fond tenait à féliciter Alex Harvey pour sa médaille de bronze de la veille au sprint classique des Championnats du monde de Val di Fiemme.

Simon Drouin LA PRESSE

Dominant sur le circuit de la Coupe du monde depuis 2009, champion olympique à Vancouver, Cologna, 26 ans, n'a encore jamais eu le bonheur de monter sur le podium à des Mondiaux. Son absence surprise au sprint individuel laisse entendre qu'il a la ferme intention de remédier à la situation dès aujourd'hui dans le cadre du skiathlon de 30 km. Il y fera figure de favori avec son grand rival norvégien Petter Northug Jr., déjà décoré 10 fois en championnats du monde.

Autant Cologna est calme et posé, autant Northug est arrogant et même fendant. Il faut le voir haranguer ses adversaires suédois sur les pistes. Ou afficher ses mines faussement boudeuses en conférence de presse, à l'issue desquelles les nombreux journalistes norvégiens lui courent littéralement après pour recueillir la moindre bribe de commentaire supplémentaire.

Ce petit cirque a d'ailleurs bien amusé Harvey alors qu'il attendait son tour pour passer en conférence de presse, jeudi après-midi.

«Ce qui est impressionnant, c'est qu'il parle et agit comme ça, et en même temps, il livre la marchandise», a souligné le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges, rencontré à son hôtel hier après-midi. «Si j'étais aussi bon que lui, ce n'est probablement pas la façon dont j'agirais. D'un autre côté, la controverse, ça peut parfois populariser le sport et le rendre plus intéressant.»

Sans doute parce qu'il n'est pas suédois - et qu'il ne l'a pas battu assez souvent - Harvey a toujours eu des rapports cordiaux avec Northug. À la veille des Mondiaux d'Oslo, en 2011, celui-ci avait d'ailleurs tenu à le complimenter pour sa victoire aux Mondiaux U23.

«Ils ont beaucoup de respect pour lui», croit l'entraîneur Louis Bouchard, qui a pour sa part reçu les bons mots de Christophe Deloche, chef de l'équipe de France, heureux que ce ne soit pas «la Russie ou la Norvège» qui ait mis la main sur une autre médaille. «Alex est un jeune facile d'approche, ajoute Bouchard. Il crée facilement des liens avec les autres coureurs. Il aime connaître les autres et il n'est pas le genre à rester dans son coin.»

Révélateur

Jeudi soir, après la cérémonie de remises de médailles sous les flocons, Harvey s'est fait prendre en photo par une nuée d'adolescentes maquillées outrageusement, qui avaient réalisé le numéro de danse en ouverture. Arrivant par l'arrière, Northug n'a pas manqué de saisir le Québécois par les épaules pour s'immiscer dans le cliché en poussant quelques blagues.

Les gestes de Northug et de Cologna relèvent de l'anecdote, mais ils témoignent peut-être aussi de la place retrouvée par Harvey dans la hiérarchie du ski de fond mondial. Une façon de dire: rebienvenue parmi les nôtres.

«Oui, peut-être», a acquiescé le leader de l'équipe canadienne lorsqu'on lui a soumis cette hypothèse. «Parce que j'étais sous mon niveau de l'an dernier, peut-être que j'avais baissé dans leur échelle de compétition. Je n'étais plus une priorité pour eux. À leurs yeux, je suis revenu au niveau d'Oslo et de la fin de la dernière saison.»

S'il estime d'ores et déjà improbable qu'il puisse égaler le palmarès de ces deux géants en Coupe du monde (29 podiums pour Northug, 28 pour Cologna), Harvey croit être en mesure de faire jeu égal en grand championnat, à commencer par Val di Fiemme: «Je ne serais pas surpris si j'étais capable d'être nez à nez avec Northug sur pas mal toutes les courses ici. Je me sens bien.»

Avec ce bronze au sprint individuel, l'épreuve qu'il considérait a priori la moins prometteuse, Harvey a réglé sa participation au skiathlon (départ 8 h 15, HNE) et au relais sprint de demain. Il ne reste qu'à déterminer l'identité de son partenaire, Devon Kershaw ou Len Valjas, physiquement diminués par la maladie depuis leur arrivée en Italie.

Harvey, lui, bouillonne de confiance. « (La médaille) enlève aussi de la pression à toute l'équipe, les entraîneurs, les farteurs, a-t-il souligné. Là, on peut vraiment s'amuser. Tout est rose en ce moment.» Comme le sommet des Dolomites à la tombée du jour.

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Carte postale : tasse-toi mononcle!

Au Québec, je me considère comme un conducteur moyen. Ni vite ni lent, une contravention tous les deux ans.

Depuis mon arrivée en Italie, je me sens comme un vieillard dont le médecin songerait à faire révoquer le permis.

Ça a commencé sur l'autostrada, à peine remis de ma nuit blanche en avion. Le temps de baisser les yeux pour changer de chaîne - un geste devenu machinal, tellement la radio est mauvaise ici - qu'une Alfa Romeo te colle au parechoc, pressée de réaccélérer à 180 km/h.

Pas beaucoup mieux sur la route en corniche entre Cavalese et Tesero. Pas moyen d'admirer la vallée, ne serait-ce qu'une seconde, ou de dire coucou aux vaches dans le pacage. Il y en a un beau troupeau dans le stationnement, juste à côté du stade.

Même le soir, en remontant vers l'hôtel dans les lacets du passo di Lavazè, je ne me surprends plus de me faire dépasser. Comment dit-on «tasse-toi mononcle» en italien?