Comme coup bas, on peut difficilement imaginer mieux.

Publié le 12 janvier
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

En une phrase, lapidaire, l’ancienne gloire des Flyers, Bobby Clarke, s’est chargé mardi de ternir la réputation de l’ancien DG de l’organisation, Ron Hextall.

« Aucun de nos recruteurs ne voulait de Nolan Patrick (au deuxième rang en 2017), a déclaré l’ancien capitaine et lui-même ancien directeur général avant Hextall dans une balado. Ils tenaient à repêcher (Cale) Makar, qui a été repêché tout de suite après, évidemment. C’est devenu une superstar et Patrick n’a pas joué. Hextall a fait le choix lui-même. »

Les discussions à l’interne demeurent généralement à l’interne, mais Clarke a transgressé cette loi non-écrite. « D’autres décisions prises au repêchage ont encore des répercussions aujourd’hui, a poursuivi Clarke, toujours dans l’entourage de l’équipe à titre de conseiller senior. Deux ou trois autres choix de première ronde ne joueront jamais. Voilà pourquoi nous en arrachons. "Hexy" a commis de graves erreurs. Il s’est aliéné tout le monde dès son arrivée. Il a fermé sa porte et l’a barrée. Il était le patron et personne n’avait son mot à dire. »

Clarke a aussi reproché à Hextall d’avoir échangé Brayden Schenn aux Blues de St. Louis pour deux choix de première ronde le jour où il a repêché Nolan Patrick au deuxième rang.

Cette transaction s’inscrivait pourtant bien dans le mouvement de rajeunissement de l’équipe et a rapporté aux Flyers deux choix de première ronde, Joel Farabee, 21 ans, 20 buts en seulement 55 matchs l’an dernier, et Morgan Frost, 22 ans, qui semble finalement s’établir dans la LNH cette saison.

Ignorer le défenseur Makar, 34 points en 29 matchs avec l’Avalanche du Colorado, ou même Miro Heiskanen, repêché au troisième rang devant Makar, fait épouvantablement mal aux Flyers en rétrospective.

PHOTO DAVID KIROUAC, USA TODAY SPORTS

Cale Makar

Mais jeter sur Hextall tout le blâme sur les insuccès actuels des Flyers demeure exagéré. Hextall est une cible facile puisqu’il travaille désormais pour l’ennemi numéro un, l’autre club de la Pennsylvanie, les Penguins de Pittsburgh, situé à moins de cinq heures de route de Philadelphie.

Les révélations de Clarke permettent aussi de détourner l’attention du travail lamentable du président et directeur général actuel, Chuck Fletcher, depuis son entrée en poste.

Ron Hextall a été nommé à titre de directeur des opérations hockey en mai 2014. Il a hérité d’un club sur la pente descendante, défait en première ronde des séries éliminatoires.

Le gardien Steve Mason en arrachait, la défense étaient menée par deux joueurs de plus de 35 ans, Mark Streit et Kimmo Timonen, Vincent Lecavalier avait vu ses responsabilités diminuer malgré son riche contrat après le congédiement de l’entraîneur Peter Laviolette tôt dans la saison, on payait, et on paye toujours, pour le rachat de l’épouvantable contrat du gardien Ilya Bryzgalov, en bref, le congédiement de son précédesseur Paul Holmgren était justifié.

L’idée de réinitialiser n’était pas vilaine. Mais il y avait un prix à payer. Les Flyers ont raté les séries lors de trois des cinq saisons suivantes et ont perdu en première ronde les deux autres fois. Hextall a été congédié en 2019.

La gaffe du repêchage de 2017 a fait mal, évidemment, mais Ivan Provorov, Travis Sanheim, Travis Konecny, Carter Hart, Joel Farabee et Morgan Frost ont aussi été repêchés sous son règne. Hextall a aussi contribué à réduire une masse salariale qui étouffait l’organisation.

Chuck Fletcher l’a remplacé en 2019 et on lui a donné les moyens de réussir. Fletcher s’est donné le luxe d’offrir un contrat indécent de presque 50 millions pour sept ans au centre Kevin Hayes, qui avait pourtant dépassé la marque des 50 points une seule fois en carrière.

Dans la foulée, il a cédé des choix de deuxième et troisième ronde pour le défenseur de soutien Justin Braun.

Les Flyers ont atteint la deuxième ronde lors de la première année du règne de Fletcher, en 2019-2020. Mais ils ont été écartés des séries l’an dernier.

Afin de redresser la barre, Fletcher a opté pour des diachylons. Il a sacrifié des choix de première ronde en 2021 (13e au total) et deuxième ronde en 2023 pour le défenseur Rasmus Ristolainen. Il a donné deux jeunes joueurs, le fameux Nolan Patrick (73 points en 206 matchs jusqu’ici dans la LNH) et Philippe Myers pour le défenseur offensif Ryan Ellis, 30 ans, et son contrat annuel de 6,2 millions pour les six prochaines années.

Patrick et Myers ne font rien qui vaille, mais Ellis, encore blessé, hypothéquera longtemps la masse salariale des Flyers. Ristolainen vient au quatrième rang en terme d’utilisation moyenne à 21:19. Il a huit points en 33 matchs.

Malgré tout, les Flyers rateront vraisemblablement les séries pour une deuxième année de suite. Ils se retrouvent à sept points des Bruins de Boston et de la dernière place donnant accès aux éliminatoires, avec trois matchs de moins à disputer.

Ils détiennent cette fois un choix de première ronde, mais ils n’ont plus de choix de deuxième ronde, cédé aux Coyotes de l’Arizona pour se débarrasser du contrat de Shayne Gostisbehere. Celui-ci semble avoir relancé sa carrière en Arizona. Il a 23 points en 33 matchs cette saison.

Les Flyers n’ont pas de choix de deuxième ronde en 2023 non plus. Fletcher l’a donné aux Sabres, en plus de leur choix de première ronde en 2021, pour Ristolainen.

Hextall n’est pas le seul à blâmer pour les travers de cette organisation…

Les meilleurs joueurs de moins de 23 ans

PHOTO JAMES GUILLORY, USA TODAY SPORTS

Andrei Svechnikov

Corey Pronman, du site theathletic.com, vient de publier sa liste des meilleurs joueurs de 23 ans ou moins repêchés par une équipe de la LNH.

Andrei Svechnikov, des Hurricanes de la Caroline, vient au premier rang, suivi de Jack Hughes, des Devils du New Jersey, et Lucas Raymond, des Red Wings de Detroit.

Le meilleur à ce chapitre chez le Canadien, Nick Suzuki, apparait au 25e rang, derrière Josh Norris, des Sénateurs d’Ottawa, devant Robert Thomas, des Blues de St. Louis. Jesperi Kotkaniemi vient au 63e rang, Cole Caufield au 79e rang et Ryan Poehling au 94e rang. Un peu sévère envers Caufield, après un début de saison difficile.

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