Pour plusieurs, le congédiement de Trevor Timmins a été accueilli avec plus de joie encore que celui de son patron, Marc Bergevin.

Publié le 30 nov. 2021
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Timmins s’est aliéné une frange importante de fans du Canadien entre autres parce qu’on lui reprochait son manque d’intérêt envers les joueurs du Québec.

Sa décision de jeter son dévolu sur David Fischer lors de la première ronde en 2006, quelques rangs devant Claude Giroux, un choix qui le hante encore, a marqué les esprits, avec raison.

Nous reviendrons sous peu à son règne, ponctué de hauts et de bas, pour régler la question qui taraude le plus ses détracteurs.

Malgré les perceptions, en 19 repêchages, de 2003 à 2021, Timmins a repêché 24 Québécois ou francophones. Il a choisi 31 Américains, un bassin beaucoup plus riche, et vaste, que celui du Québec, et favorisé par les règlements qui encouragent la sélection de joueurs de la NCAA.

Des débuts éclatants

Maintenant, son règne, qu’on pourrait analyser en trois temps : des débuts éclatants, avec des coups d’éclats comme Price, Streit, McDonagh, Pacioretty, Subban, une longue traversée du désert entre 2008 et 2015, et une période, plus récente, qui, sans être grandiose, pourrait laisser un héritage intéressant aux successeurs de Marc Bergevin.

On peut ajouter à ce groupe Guillaume Latendresse qui, si la carrière n’avait pas été compromise par les commotions cérébrales, serait devenu un attaquant de puissance de 25 buts et plus dans la LNH. Il a d’ailleurs atteint cette marque en seulement 55 matchs à 23 ans à son arrivée chez le Wild du Minnesota.

En cinq repêchages, entre 2003 et 2007, Timmins a repêché 17 joueurs ayant disputé au moins 300 matchs dans la LNH. C’est énorme.

Les choix de Carey Price, devenu l’un des meilleurs gardiens de son époque, et l’un des grands dans l’histoire du Canadien, de Max Pacioretty, éventuel capitaine de l’équipe, 306 buts en carrière, et de P.K. Subban, récipiendaire du trophée Norris et appât dans l’échange de Shea Weber, le successeur de Pacioretty à titre de capitaine, lui ont permis de survivre à trois règnes en 18 ans. Après avoir été embauché par André Savard en 2002, il y a eu ceux de Bob Gainey, Pierre Gauthier et Marc Bergevin.

La traversée du désert

Ça s’est gâté par la suite. Vrai que Timmins a souvent repêché à compter du 25e rang et qu’on l’a privé d’un choix de première ronde en 2008 et de choix de second tour en 2009, 2011, 2014, 2015 et 2016 (le choix de deuxième ronde en 2010 a servi à s’avancer de quelques rangs pour choisir Jarred Tinordi), mais ça n’excuse pas une si faible récolte.

Entre huit repêchages, entre 2008 et 2015, seuls Brendan Gallagher, Artturi Lehkonen, Jake Evans, Alex Galchenyuk et Nathan Beaulieu sont devenus des réguliers dans la LNH. Trevor Timmins aurait pu perdre son emploi au terme de cette période que personne n’aurait crié au meurtre.

La plus récente mouture

La plus récente période, celle qui pourrait contribuer à embellir son bilan, et au cours de laquelle Timmins a bénéficié d’un nombre beaucoup plus important de choix, est encore trop difficile à évaluer. Il faudra encore quelques années pour bien analyser ces cuvées.

L’année 2016 est la dernière année facile à évaluer. Le premier choix, Mikhail Sergachev, échangé pour Jonathan Drouin à l’aube de sa carrière dans la LNH, est devenu un pilier chez le Lightning. Ironiquement, deux des trois meilleurs défenseurs de cette équipe gagnante des deux plus récentes Coupes Stanley ont été repêchés par le CH.

Les joueurs de 2017 commencent à peine à définir leur carrière. Ainsi Ryan Poehling, un flop aux yeux de certains l’an dernier, a marqué quatre buts à ses dix premiers matchs malgré un temps d’utilisation limité au sein du quatrième trio. Il en a autant que les trois autres centres de l’équipe, Nick Suzuki, Christian Dvorak et Jake Evans. Cayden Primeau demeure un projet intéressant devant le filet.

Il est encore plus prématuré d’analyser la cuvée 2018.

Kotkaniemi s’éclate

Jesperi Kotkaniemi est perdu à jamais. Il ne semble pas avoir dit son dernier mot en Caroline, avec trois buts et quatre points à ses cinq derniers matchs.

Le choix de deuxième ronde Alexander Romanov semble de plus en plus confortable en défense. Le jeune homme de 21 ans a joué 20 minutes ou plus dans trois de ses quatre derniers matchs. Mais il y aura encore des hauts et des bas avant d’atteindre la pleine maturité. Si la tendance se maintient, il pourra être un défenseur numéro quatre robuste, mobile et fiable défensivement.

On ne peut encore prédire si Jordan Harris jouera éventuellement à Montréal ou même s’il aura une grande carrière dans la LNH. Pour l’instant, ce choix de troisième ronde demeure l’un des meilleurs défenseurs de la NCAA et un joueur que le Canadien souhaite mettre sous contrat à tout prix.

Jesse Ylonen possède un bon flair offensif, et 11 points en 14 matchs à Laval, mais il est encore trop tôt pour savoir s’il parviendra à s’établir dans la LNH.

Deux choix de 2019, Cole Caufield, 20 ans, et le défenseur Mattias Norlinder, 21 ans, sont à Montréal, avec leurs hauts et leurs bas. Caufield a une production modeste cette saison après de grosses séries éliminatoires, mais il demeure rempli de promesses. Norlinder montre quelques flashs, mais il semble destiné à retourner en Suède sous peu. On peut difficilement trancher pour l’instant.

On s’attend à ce que le premier choix de 2020, Kaiden Guhle, devienne le capitaine de l’équipe canadienne junior. Il a connu d’ailleurs un excellent camp d’entraînement avec le CH. Laissons le temps faire son œuvre, comme pour le reste des jeunes repêchés en 2020 et 2021.

Un meilleur encadrement, et un meilleur système de développement, aidera certainement les espoirs actuels à ne pas se perdre dans les nuits de Montréal, et à suivre les programmes d’entraînement spécifiques à leur épanouissement de hockeyeurs, de façon à maximiser leur rendement.

Une refonte du groupe de gestionnaires de l’équipe, incluant évidemment Trevor Timmins, était nécessaire pour repartir sur de nouvelles bases.

Timmins est moins bon que ses plus grands défenseurs le croient, mais il est moins pire que l'évaluation de ses détracteurs les plus féroces.

Les recrues des Wings ont la cote !

On attendait Cole Caufield dans une éventuelle course au trophée Calder qui aurait été remis à la recrue par excellence, Trevor Zegras, des Ducks d’Anaheim, mais ils sont éclipsés pour l’instant par deux recrues des Red Wings de Detroit, Lucas Raymond et le défenseur Moritz Seider. Un sondage mené auprès des analystes de NHL.com place en effet Raymond et Seider parmi les favoris. Raymond, 19 ans seulement, a 21 points en 22 matchs. Seider en a 14 en 22 matchs, en plus de jouer 20 minutes par rencontre. Mais attendons, Zegras, Bowen Byram et compagnie n’ont peut-être pas dit leur dernier mot !

À ne pas manquer !

  1. Le plus étonnant dans la chronique d’Alexandre Pratt ce matin : son avis sur la direction bicéphale du Canadien ou ses références à Lady Pagaille ? Confidence : je connais aussi Lady Pagaille…
  2. Le Canadien a joué avec engagement, lundi contre Vancouver, mais pas assez pour gagner. L’analyse de Richard Labbé.
  3. Danièle Sauvageau se réjouit de l’ouverture d’esprit du Canadien. Un texte de Guillaume Lefrançois.