En septembre dernier, le Canadien annonçait, dans le cadre du dévoilement de son plan d’action « Respect et consentement », une volonté d’embauche de femmes « dans des postes-clés au sein du secteur des opérations hockey ».

Publié le 30 nov. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Le problème : ce plan, présenté par Geneviève Paquette et Rob Ramage, était un tantinet noyé dans la controverse entourant le repêchage de Logan Mailloux. En fait, le plan en était même une conséquence directe !

Le Tricolore a réitéré ce souhait, lundi, qualifiant de « priorité » l’ajout de « perspectives différentes au sein de [l’]équipe ». Encore une fois, il y a un risque que le message se perde, puisque bon… il y a aussi un certain congédiement qui fait la manchette ces jours-ci.

La différence : le message a été envoyé par Geoff Molson lui-même. Ce qui donne espoir à Danièle Sauvageau que les résultats seront concrets.

« Le fait que ça vienne du grand patron, c’est fort comme message, souligne Sauvageau, au bout du fil. Mais la diversité, ça se définit comment ? Il y a plusieurs définitions. Ça permet à l’organisation de regarder à l’extérieur de sa zone de confort, d’aller là où on n’a jamais regardé. Quand on parle de mixité professionnelle, c’est ça.

« Molson a parlé de personnes, il dit qu’il veut la meilleure personne possible, pas le meilleur homme. Le langage utilisé est important. »

Mentalités à changer

Petit à petit, les mentalités évoluent dans la LNH. Les Maple Leafs de Toronto ont envoyé un message fort le printemps dernier en nommant Hayley Wickenheiser directrice principale du développement des joueurs, et en embauchant Danielle Goyette comme directrice de ce même service.

À Seattle, le Kraken est entré dans la LNH avec trois femmes aux opérations hockey, dont Cammie Granato comme recruteuse professionnelle. Les Devils du New Jersey ont nommé Meghan Duggan directrice du développement des joueurs en mai dernier. Et les Kings de Los Angeles ont non seulement offert un emploi de recruteuse à Blake Bolden, ils ont aussi fait d’elle leur « spécialiste de l’inclusion ».

Chez le Canadien, le compteur est toujours à zéro du côté hockey, même si la numéro 2 de l’entreprise est France Margaret Bélanger. Cela dit, l’équipe est loin d’être la seule dans la LNH, et c’est d’ailleurs pourquoi les initiatives énumérées ci-dessus ont tant fait de bruit…

Le changement de mentalité qui s’opère très, très tranquillement rappelle à Sauvageau ce qu’elle a vécu à la GRC.

Il n’y avait pas beaucoup de policières et aujourd’hui, ça fait partie de nos mœurs. On ne se retourne plus quand on voit une femme dans une auto de police !

Danièle Sauvageau

« Le hockey et la police sont des milieux qui étaient traditionnellement masculins. Mais j’utilise souvent la même analogie : toi et moi, on regarde une problématique et on la voit différemment. On a un ressenti différent. Au bout du compte, la décision qu’on prendra sera meilleure parce qu’on aura pris le temps de s’exposer à des façons de faire différentes. »

Des Carabins au Canadien

Sauvageau est notamment directrice générale du programme féminin de hockey des Carabins de l’Université de Montréal. Elle a occupé à peu près tous les rôles au sein de l’équipe nationale du Canada aux Jeux olympiques.

Elle apporte donc beaucoup au hockey féminin, mais elle a rappelé l’importance de la mixité, pour éviter de ghettoïser les volets masculin et féminin du sport.

« Les différences, c’est ce qui fait qu’une organisation peut gagner. J’en dirige, des programmes féminins. C’est sûr que je veux donner une chance à des coachs, des gestionnaires féminines, car si je ne le fais pas, qui le fera ? Mais je ne veux pas que ça devienne un ghetto.

« L’ouverture à la mixité doit se faire des deux côtés. On a vu des hommes coacher l’équipe féminine nationale, mais pas l’inverse. De gérer un banc, une crise, un humain, on gagne à avoir un ressenti qui est différent. »

En 1999, Sauvageau était d’ailleurs devenue la première femme entraîneuse au hockey junior canadien, lorsqu’elle a été adjointe chez le Rocket de Montréal, sous l’entraîneur-chef Gaston Therrien. C’est sans oublier sa panoplie d’expériences dans d’autres sports, du water-polo au patinage de vitesse.

Pourrait-elle donc apporter une expertise à un Tricolore à la recherche de nouvelles voix ? Sauvageau refuse de s’avancer sur ce terrain. Mais pour une organisation qui dit vouloir « amener des perspectives différentes au sein de [l’]équipe », il y a là une belle occasion de passer de la parole aux actes.