L’après Marc Bergevin s’est amorcé de la même façon que le pendant Marc Bergevin : avec une défaite.

Mis à jour le 29 nov. 2021
Richard Labbé
Richard Labbé La Presse
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Après un coup de balai monstre au Centre Bell, qui a contribué à quatre départs en moins de 24 heures, le Canadien s’est retrouvé face aux Canucks de Vancouver avec le même visage : celui d’un club fragile, peu talentueux, qui se défait à la moindre occasion. Les Canucks, loin d’être une puissance, ont pu sortir d’ici lundi soir avec une victoire de 2-1.

Les changements, ça prend du temps, et ce n’est pas en quelques jours ou en quelques semaines que ce Canadien-là va soudainement avoir meilleure mine. Ce n’est pas pour faire peur à personne, mais des fois, un changement de cap peut prendre des années. Des décennies quand on est vraiment malchanceux.

« On dirait qu’ici, on fait toujours suivre une bonne saison par une saison difficile », a noté Brendan Gallagher en fin de soirée.

Ce n’est pas faux. Sous Bergevin, le Canadien a connu deux saisons magiques : celle de l’an dernier et celle de 2013-2014, avec une place en finale de l’Est. Après 2014, le Canadien avait perdu au deuxième tour la saison suivante. Ça s’annonce pas mal pire que ça cette fois-ci.

Il faut donc se rendre à l’évidence : en amenant Jeff Gorton par ici, en préparant l’arrivée d’un nouveau DG, la direction du Canadien est déjà en train de se tourner vers la saison suivante. Dominique Ducharme a d’ailleurs expliqué en sortant, lundi soir, que le moment était parfait pour les jeunes qui ont des choses à montrer.

Les affaires sont les affaires, et rien ne dure pour toujours, mais cette transition ne sera pas si facile. Sur la glace, tout d’abord, parce que les défaites vont continuer de s’accumuler, mais aussi dans les corridors du centre d’entraînement de Brossard, où Bergevin avait ses habitudes, toujours prêt à discuter avec ses joueurs.

« De mon point de vue, je ne pourrai jamais le remercier assez, a expliqué un Brendan Gallagher visiblement émotif lundi soir au Centre Bell. À ma première année ici, il n’y a sans doute pas beaucoup de DG qui auraient voulu garder un choix de 5e tour trop petit… il était toujours quelqu’un à qui on voulait parler et qui avait le sort du club à cœur. Il voulait seulement nous aider à avoir du succès.

« On a eu des clubs compétitifs pendant que Marc était ici… On a pris part à une finale d’association, on a obtenu une présence en grande finale l’an dernier. On ne pourra jamais le remercier assez pour tout ce qu’il a fait pour nous. Il avait cette passion et il avait cette loyauté. Il faisait tout pour gagner. »

Et maintenant, dans un avenir sans doute pas si lointain, Brendan Gallagher fera partie des joueurs qui seront analysés de très près par la prochaine direction du club. À Montréal, le mot « reconstruction » est tabou, personne n’en parle et personne ne voudra en parler, mais il y a des choix qui devront être faits.

Et aussi, il y a des joueurs qui auront peut-être à décider s’ils veulent partir ou faire partie de la prochaine aventure.

« Je me suis toujours présenté en voulant gagner, a ajouté Gallagher. Parfois, il y a des organisations qui doivent vivre ce que nous sommes en train de vivre. Mais je joue pour gagner, c’est la seule façon pour moi de m’amuser. Et j’ai besoin de sentir qu’on essaie de gagner. On aura cette conversation plus tard, mais c’est une organisation que j’aime. Je n’ai pas encore pensé à tout ça pour le moment… »

Mais Gallagher devra y penser, comme plusieurs autres vétérans. Pour la plupart des membres du Canadien, penser à 2022-2023, c’est tout ce qui reste à faire.

Dans le détail

Ça sent la Suède pour Norlinder

Le moment est peut-être mal choisi pour Mattias Norlinder de se magasiner une propriété à Montréal, et ce n’est pas qu’en raison de l’explosion de violence dans les quartiers centraux de la métropole. À son cinquième match, le défenseur de 21 ans n’a passé que 12 min 27 s sur la patinoire. Pour la troisième fois, il n’a pas été employé en supériorité numérique, lui qui est pourtant reconnu pour ses qualités offensives. Et il n’a obtenu que quatre présences en troisième période. Par ailleurs, bien qu’il soit officiellement sur le troisième duo en compagnie de Sami Niku, Norlinder n’a pas disputé une seule seconde avec l’imprévisible Finlandais. À l’évidence, on réduit ses missions au minimum. Rappelons, pour une énième fois, qu’il retournerait jouer en première division suédoise si le CH le retranchait de sa formation. Quels sont donc les plans du club à son égard ? La réponse de Dominique Ducharme n’a pas été très emballante pour le jeune homme : « On va regarder ça dans les prochains jours et les prochaines semaines. On va voir quand les joueurs [blessés] vont être prêts à revenir. Ça va influencer le reste. »

Le meilleur remède à la morosité

La pancarte jaune fluo, brandie dans les premières rangées du Centre Bell, ne laissait aucune place à l’interprétation : « Congédiez Jim Benning ! » Les partisans des Canucks de Vancouver sont furieux, et ils le montrent d’un océan à l’autre. Leur équipe connaît un début de saison pitoyable, gisant au dernier rang de la faiblarde division Pacifique. Les Vancouvérois ont montré de l’énergie contre le CH, et ce, en dépit du fait qu’ils disputaient un deuxième match en deux soirs, et un quatrième en six, sur la route de surcroît. Ils ont toutefois trouvé à Montréal le remède parfait contre la morosité : un duel contre le Canadien. Les Glorieux se font en effet une spécialité de remonter le moral des équipes en déroute. En début de saison, le Kraken de Seattle n’avait remporté qu’un de ses cinq premiers matchs, avant de s’essuyer les pieds sur le Canadien par 5-1. Il y a quelques jours, les Penguins n’avaient gagné que deux fois en 10 joutes : victoire de 6-0 à Montréal. La semaine dernière, les Sabres voulaient chasser une séquence de 2 gains en 12 matchs : victoire de 4-1 face au Tricolore. Les Canucks ? Ils n’avaient gagné qu’une fois en 10 rencontres avant lundi. On connaît la suite.

Les jambières d’abord

Ce n’était que la troisième fois, cette saison, que le Canadien s’inclinait par une marge d’un seul but en temps réglementaire. Les matchs à sens unique, d’un côté comme de l’autre, sont bien davantage à la mode. Or, contre les Canucks, on a assisté à un duel de gardiens des plus relevés. Déjoué par un tir parfait et par un jeu rapide faisant suite à un revirement, Jake Allen n’a strictement rien eu à se reprocher. De l’autre côté, Thatcher Demko a été moins occupé que son opposant, mais il a quand même réalisé l’arrêt du match, avec un peu plus de trois minutes à écouler. Pris à contrepied alors que Ben Chiarot avait la rondelle à sa droite, Demko a puisé dans ses dernières ressources pour se jeter vers le tireur, les jambières en l’air, comme dans les années 80. Chiarot n’en croyait pas ses yeux, et les joueurs des Canucks non plus. « Le banc s’est enflammé ! », a raconté Pettersson après la rencontre. « [Chiarot] était en avance sur moi, a quant à lui analysé le gardien. Je savais qu’il pouvait placer la rondelle où il le voulait. Je devais trouver quelque chose. » Et c’est arrivé.

En hausse

Jonathan Drouin

Sa feinte de la tête sur le seul but de son club, celui de Ryan Poehling, fut de toute beauté.

En baisse

Jeff Petry

La saison difficile se poursuit… c’est comme s’il avait complètement perdu sa confiance.

Le chiffre

42

Le nombre de tirs réussis par les Canucks. Allen avait fait face à 50 tirs lors de son départ précédent, samedi à Pittsburgh.

Ils ont dit

Ce fut des hauts et des bas dans ce match, mais on a eu des chances en troisième pour égaler la marque. En deuxième période, on n’a pas été aussi bons avec la rondelle, ils nous l’ont fait payer. De notre côté, surtout en deuxième période, on s’est trop éloignés de la rondelle. On est tombés dans le genre de matchs qu’eux voulaient jouer.

Dominique Ducharme

[Ryan Poehling] joue du bon hockey. Je trouvais qu’il créait de bonnes choses avec Jonathan Drouin et Joel Armia, c’est pourquoi je les ai gardés ensemble en troisième période. C’est comme ça que tu fais ta place.

Dominique Ducharme

[Cole Caufield] a des hauts et des bas. On devra l’évaluer sur une plus longue période. On a des blessures en attaque, on a besoin de joueurs qui peuvent se lever immédiatement. C’est le moment pour des gars de montrer qu’ils sont prêts à rester [avec le Canadien].

Dominique Ducharme

Avec les décisions du club en fin de semaine, c’est un nouveau départ et on va dans la bonne direction.

Brendan Gallagher

À chaque fois qu’on voit un gars comme Marc Bergevin partir, c’est triste. J’apprécie ce qu’il a fait pour moi. C’est difficile de le voir partir… j’ai été surpris, mais évidemment, avec notre début de saison, les choses doivent changer. Je crois encore que c’est de notre faute, on n’a pas fait le travail. On a connu un difficile début de saison et c’est lui qui a dû en payer le prix.

Josh Anderson

Nous sommes deux équipes semblables, et nous voulions être sur nos orteils dès le départ et jouer avec beaucoup de rapidité. C’est difficile à faire dans un deuxième match en deux soirs, mais je crois que nos quatre trios ont contribué en pratiquant le style qu’on veut jouer.

Travis Green, entraîneur-chef des Canucks