C’est la meilleure twist de la saison. Une idée pour rendre jaloux Lady Pagaille et Capitaine Rebondissement.

Publié le 30 nov. 2021

Quoi ?

Une occupation double chez le Canadien. Désormais, le département de hockey ne sera plus géré par un seul patron, comme c’était le cas sous Marc Bergevin, mais bien par deux personnes. Et ces deux dirigeants se rapporteront directement au président de l’entreprise, Geoff Molson.

Aïe, aïe, aïe. La sentez-vous, la bisbille ?

Je vous le concède, cette nouvelle structure est étrange. Inusitée. Déconcertante. Digne de l’organigramme de Québec solidaire. Si les directions bicéphales sont si rares, c’est pour une excellente raison : elles sont compliquées.

Je peux en témoigner. De 2010 à 2018, j’ai fait partie d’une direction bicéphale. J’ai cogéré le contenu de La Presse en tandem. D’abord avec Mario Girard, puis avec Mélanie Thivierge et Florence Turpault-Desroches. Bonne nouvelle : contrairement aux ex-couples d’Occupation double, nous nous entendons encore très bien. Autre bonne nouvelle, cette formule peut fonctionner, et produire des résultats épatants.

À deux, nous réduisons nos angles morts et nos risques d’erreur. À deux, nous pouvons diviser nos tâches, et consacrer plus de temps à chaque projet. À deux, nous pouvons discuter de sujets sensibles avec une personne qui n’est ni un boss ni un employé, et qui comprend exactement ce que nous ressentons. C’est rare – et précieux.

Bon, écrit comme ça, la direction bicéphale semble idyllique. Plus proche de L’amour est dans le pré que d’Occupation double. Évidemment, au quotidien, tout n’est pas toujours rose bonbon. Y a-t-il des mauvaises journées ? Oui. Des défis ? Oui. Des accrochages ? Bien sûr. Mais si, à La Presse, il y a encore des binômes à la direction de l’information, c’est que quelque part, il y a plus de bons côtés que de mauvais.

Voici un petit guide des règles d’or de la direction bicéphale, rédigé avec la collaboration de collègues qui sont passés par là.

1– Il faut bien définir les tâches

Le nouveau tandem du Canadien ne manquera pas de projets. Il devra évaluer tous les joueurs. Tous les espoirs. Tous les entraîneurs. Tous les recruteurs. Il devra définir l’identité du club. Embaucher de nouvelles ressources. Réviser le plan de recrutement. Repenser la stratégie de développement. Il devra négocier des transactions et des prolongations de contrat, en plus de consulter les études les plus récentes à propos de la psychologie et de la médecine sportives. C’est beaucoup de travail – même pour deux personnes.

Pour assurer une meilleure efficacité, il est préférable de répartir les projets.

À chacun son carré de sable.

Vous pouvez échanger vos moules, vos pelles, vos petits tracteurs. Vous pouvez suggérer à votre collègue d’ajouter un château ici, une maison par là. Mais jamais, jamais, vous ne devez mettre les pieds dans le carré de votre voisin.

Geoff Molson et le nouveau vice-président exécutif aux opérations hockey, Jeff Gorton, ont déjà commencé à discuter de la répartition des tâches. Molson a indiqué lundi que le futur directeur général, qui sera nommé prochainement, sera le responsable des transactions. « Quand il sera le temps de prendre une décision au niveau de la Ligue nationale, c’est le directeur général qui devra vivre avec la décision », a-t-il expliqué.

2- Un seul patron par employé

Super important. Les employés doivent savoir à qui se rapporter. Exemple : les recruteurs au patron A, les entraîneurs au patron B. Sinon, le risque d’envoyer des messages contradictoires est trop élevé, et ça ouvre la porte à ce qu’un employé insatisfait – un joueur, par exemple – joue « papa contre maman » pour obtenir ce qu’il veut.

3– Vive la complémentarité

Une phrase de Geoff Molson que j’ai beaucoup aimée, lundi : le futur directeur général devra avoir des compétences complémentaires à celles de Jeff Gorton, qui est un évaluateur de talent.

« [On cherche] quelqu’un qui a une vision différente. Quelqu’un qui a une expertise différente. Quelqu’un qui a appris d’une autre organisation, d’une façon différente. On va faire toutes nos études pour bien trouver la personne qui va compléter [Jeff]. »

Oui, oui et oui ! Des points de vue différents, c’est ce qui fait la richesse d’une équipe de direction. C’est ce qui permet d’évoluer. De révéler les biais. De bousculer les certitudes. Le pire scénario serait de se retrouver avec deux personnes ayant exactement les mêmes compétences, et l’une d’entre elles qui tente d’écraser l’autre pour se démarquer auprès de son patron. La complémentarité et la division des tâches sont essentielles.

4– Non aux non-dits

Les non-dits, dans un couple, ce n’est jamais bon. Voir Robin et Alexandra dans OD. Dans un binôme, c’est la même chose. Si vous êtes en désaccord, c’est correct. Mais ne gardez pas ça pour vous. Dites-le. Tout de suite. En privé. Ça évite les ambiguïtés, et les blâmes a posteriori.

Par contre, n’exprimez jamais votre désaccord devant les autres membres de l’organisation. Quand deux patrons se chicanent, ça force les autres à se positionner pour l’un ou pour l’autre. Ça divise une équipe, et c’est malaisant.

5– Ça prend un arbitre pour trancher

Geoff Molson a répété qu’il ne voulait pas s’impliquer dans les décisions de hockey. Une continuité de la politique en vigueur sous Marc Bergevin. Je comprends l’intention – mais désolé, ce sera impossible. Du moins, si Jeff Gorton et le futur directeur général se rapportent tous les deux à lui, comme indiqué par le club lundi.

Forcément, dans une direction bicéphale, il y a des désaccords. Pas sur la vision globale, mais à propos d’un paquet de petites décisions quotidiennes. Pensez à l’attribution des ressources ou à la répartition des tâches. Des situations qui n’existaient pas avec un seul maître à bord. Geoff Molson sera davantage sollicité, surtout avec deux candidats qui viennent de l’externe et ne connaissent pas encore toutes les habitudes de la maison.

Alors, cette occupation double chez le Canadien, oui ou non ?

Oui. Même que j’ai déjà hâte au prochain épisode.

Celui où sera dévoilé le futur directeur général du Tricolore.

Les enfants, préparez le pop-corn !