Il serait tentant, avec la présence remarquée des Kaiden Guhle, Mattias Norlinder et Alexander Romanov au camp d’entraînement, d’imaginer la défense du Canadien dans cinq ans.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Amusant sans doute, mais périlleux. Malgré tout le talent de ces jeunes hommes, et les espoirs placés en eux, les bouleversements au sein d’un club de hockey sont trop nombreux pour se prêter à cet exercice sans se casser la gueule.

À preuve, reculons de cinq ans. Qu’aurions-nous dit en septembre 2016 ?

Andrei Markov, Shea Weber, fraîchement acquis pour P.K. Subban, et Jeff Petry constituaient le top 3. On songeait déjà à la relève pour Markov, à l’aube de ses 38 ans, mais Mikhail Sergachev, repêché au neuvième rang quelques mois plus tôt, faisait tout un tabac au camp d’entraînement.

Sergachev allait même entamer la saison à Montréal, à seulement 18 ans, et on voyait en lui le partenaire idéal pour Weber à moyen et long terme. Victor Mete venait d’être repêché en quatrième ronde et il n’était pas encore sur les radars.

Malgré son inconstance, Nathan Beaulieu, 23 ans, un autre choix de première ronde (en 2011) progressait. Ce défenseur offensif était à l’aube de connaitre une saison de 28 points en 74 matchs.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Nathan Beaulieu

Repêché lui aussi en première ronde, un an plus tôt, Noah Juulsen, 19 ans, un droitier, contrairement à Sergachev et Beaulieu, allait assurer la relève à long terme à Weber.

Juulsen ne constituait pas un grand talent offensif, mais il était plutôt solide dans toutes les phases de jeu, robuste à souhait, discipliné, intelligent et très bon leader. Il allait d’ailleurs obtenir quelques mois plus tard une invitation au Championnat mondial junior avec l’équipe canadienne, au cœur de sa dernière année dans les rangs juniors.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Noah Juulsen

Pour compléter le portrait, il y avait Alexei Emelin, 30 ans, et Mark Barberio, 26 ans, dont le rendement avait étonné à son arrivée à Montréal après quelques années dans l’organisation du Lightning.

Cinq ans plus tard seulement, il en reste un seul : Jeff Petry, qui était pourtant déjà un vétéran à l’époque.

Ce n’était pas la période la plus faste côté relève en défense, il faut le souligner, mais on croyait quand même avoir certains bons éléments pour assurer une bonne transition.

Sergachev, on le rappelle, a été échangé au Lightning pour Jonathan Drouin en juin 2017 et il est déjà devenu à Tampa le défenseur qu’on espérait à Montréal. Il n’a jamais obtenu moins de 30 points en une saison et il aurait amassé 40 points ou plus pour une deuxième fois en carrière n’eut été de la saison écourtée l’an dernier.

Nathan Beaulieu n’a pas toujours pris sa carrière au sérieux et il a été échangé aux Sabres de Buffalo pour un choix de troisième ronde à l’aube du repêchage de l’élargissement des cadres (Vegas) en juin 2017. Avec ce choix, le Canadien a repêché le défenseur Scott Walford, dont les services n’ont jamais été retenus par l’organisation. Ce jeune homme s’est joint à une formation montréalaise depuis, mais celle des Redbirds de l’Université McGill.

Noah Juulsen était parvenu à mériter un poste chez le Canadien en 2018, mais un malencontreux accident, ou plutôt deux, des rondelles reçues en pleine figure dans le même match, ont gâché sa jeune carrière. Il a été aux prises avec des symptômes de commotion cérébrale pendant quelques années.

Les Panthers de la Floride ont pris le risque de le réclamer au ballottage l’an dernier, mais Juulsen a très peu joué. Il tente de mériter le dernier poste disponible chez les Panthers à l’heure actuelle au camp d’entraînement de sa nouvelle équipe.

La roue tourne à Montréal. Deux joueurs autonomes, Ben Chiarot et Joel Edmundson, ont intégré le top 4 et apporté beaucoup de stabilité à l’équipe. David Savard est devenu cet été le troisième vétéran en autant de saisons à joindre l’équipe.

Alexander Romanov, 21 ans, entamera sa deuxième saison dans la LNH. Il jouait pour le Krylia Sovetov Moskva U17, à deux ans de son année de repêchage, en 2016. Il a eu le temps depuis d’être choisi le défenseur par excellence au Championnat mondial junior en 2019.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Alexander Romanov

Il lui reste encore des choses à peaufiner, mais il montre un talent sûr et Dominique Ducharme semble vouloir l’intégrer à son top 4 cette année. Mais on ne sait toujours pas s’il deviendra le Vladimir Konstantinov espéré par ses plus grands fans, ou un défenseur de soutien annoncé par ses détracteurs.

Mattias Norlinder, repêché en troisième ronde de la cuvée 2019 en vertu d’un choix offert par Vegas pour Max Pacioretty, possède des instincts offensifs rares, mais des lacunes en défense. Il n’a pas trop mal fait jusqu’ici, mais une blessure vient de le mettre au rancart pour quelques jours. Dans son cas à lui aussi, les prédictions sont aux antipodes : Nicklas Lidstrom pour les uns, destiné simplement à une carrière en Suède pour les autres.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Mattias Norlinder

Choix de troisième ronde en 2018, Jordan Harris n’est pas au camp d’entraînement de l’équipe. Il a choisi de disputer une quatrième saison à Northeastern, dans la NCAA. Il demeure l’un des meilleurs espoirs de l’organisation en défense. Harris est mobile, intelligent, offensif, défensif, leader, en bref, il possède tous les outils. Même s’il répète son intention de se joindre au CH ce printemps, il y a toujours une possibilité de le voir profiter de son autonomie complète à la fin de l’été 2022.

Le pari le plus sûr demeure le choix de première ronde en 2020, Kaiden Guhle, le type de défenseur à plaire à tout entraîneur de la LNH, et à Marc Bergevin en particulier. On pourrait le voir à la gauche d’une première paire, avec un défenseur un peu plus offensif à sa droite, dans cinq ans.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Kaiden Guhle

Le premier choix de l’équipe en 2021, Logan Mailloux, ce colosse de 6 pieds 3 pouces et 215 livres ? Mailloux n’a pas fait les manchettes pour les bonnes raisons. On s’en reparle plus tard, d’accord ?

Un autre colosse, Jayden Struble, un choix de deuxième ronde en 2019, sans doute à sa dernière saison à Northeastern, sera-t-il dans l’équation dans quelques années ?

Parlerons-nous de Dmitri Kostenko comme d’un jeune défenseur de premier plan dans cinq ans ? Pour l’instant, il demeure un modeste choix de troisième ronde en 2021, comme l’était Romanov en juillet 2018…

Cinq ans… Jeff Petry, Ben Chiarot et Joel Edmundson ne seront déjà plus sous contrat. Petry, s’il reste, aura 38 ans. Il faut parier sur Guhle, Romanov, espérer que Harris signe à Montréal et non à Boston, et laisser quelques places ouvertes pour des choix au repêchage de 2022, 2023, 2024 et 2025…

À lire

1- Déjà une huitième saison pour Jeff Petry avec le Canadien, cette fois à titre de défenseur numéro un. Portrait signé Richard Labbé.

2- Alexandre Pratt nous dresse une liste de dix Québécois aux portes de la LNH.

3- Avec le départ de Shea Weber, Ben Chiarot devient un leader inconcournable en défense. Un texte de Simon-Olivier Lorange.