Au moment de rentrer à la maison, en juillet, Jeff Petry avait mal un peu partout… mais surtout, il avait mal à son club.

Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

« Je pense que l’été aurait été bien différent si on avait pu obtenir trois autres victoires, répond-il. Mais on a vu ce qu’on a fait, on a constaté combien notre équipe était bonne. Il y a de l’optimisme… »

Au bout du fil, Petry est de bonne humeur. Il y a de quoi. Ses blessures du printemps ont fini par guérir – l’image de cette main droite coincée dans la baie vitrée et les yeux rouges qui ont suivi ont beaucoup circulé –, et voici le défenseur en pleine forme, prêt à attaquer le défi d’une nouvelle saison dans la joie. Une joie typique de septembre, quand tout le monde a la même fiche et que les rêves les plus fous sont permis.

Mais le vétéran est peut-être un peu plus fébrile qu’à l’habitude, si ça se trouve. Parce que cette fois, au moment d’amorcer une saison pour la septième fois à titre de membre du Canadien de Montréal, il sent que c’est possible.

Les divisions reviennent à la normale, le calendrier aussi, et il n’y a personne qui va nous faire de cadeaux. On le sait. Mais je pense que nous avons fait un grand pas en avant la saison dernière, et cette expérience nous a permis de progresser.

Jeff Petry

À 33 ans, Petry est conscient du temps qui passe. Il se souvient encore très bien du 2 mars 2015, date à laquelle il est arrivé ici, sans trop faire de bruit.

À ce moment, le Canadien cherchait un défenseur comme il en cherche presque toujours, et nous avions été nombreux à nous demander qui était ce type, obtenu des Oilers d’Edmonton en retour de modestes choix de deuxième et de quatrième tour.

Mais il y a des transactions qui changent des vies et des carrières, et pour le principal intéressé, celle-là en a été une.

« Je dirais qu’il m’a fallu un peu plus de temps qu’aux autres pour devenir le joueur que je voulais devenir… Mais je pense que je le suis devenu une fois arrivé chez le Canadien. C’est vraiment une transaction qui a tout changé pour moi, et quand est venu le temps de dire oui à une prolongation de contrat l’an dernier [pour quatre ans, à une moyenne de 6,25 millions par saison], je ne me voyais pas partir. »

Montréal et la pression…

En fouillant un peu dans le passé de Petry, on finit par comprendre qu’il était peut-être destiné à ça. Destiné à venir patiner dans ce marché qui est le nôtre, là où certains ont chuté, là où d’autres ont rayonné. Ce marché, il n’est pas pour tout le monde, mais il est pour lui.

Il convient ici de rappeler que son père, Dan Petry, a lui-même été un athlète, ayant lancé au baseball majeur pendant 13 saisons, surtout chez les Tigers de Detroit. C’est d’ailleurs dans cette ville folle de rondelle que le jeune Jeff a appris les rudiments du hockey.

En plus d’apprendre aussi quelques leçons de vie sportive.

« Ce que j’ai appris de mon père, c’est qu’on ne peut pas laisser une mauvaise situation empirer… Quand il jouait dans les majeures, si jamais il effectuait un mauvais lancer, eh bien, la balle se retrouvait derrière lui et derrière la clôture. Mais il devait oublier tout ça rapidement et se concentrer sur le frappeur suivant. Le hockey est un sport différent, mais je tente d’appliquer le même principe. »

À ce chapitre, Petry affirme avoir souvent croisé des joueurs qui ont parfois eu du mal à composer avec la réalité d’un quotidien qui n’est pas toujours si facile. Jonathan Drouin, le dernier en lice, a eu besoin d’une pause au mois d’avril.

« À Montréal, les attentes sont élevées et les partisans sont passionnés. Ce n’est pas la seule ville où c’est comme ça ; c’est comme ça aussi dans les autres villes canadiennes, dans certaines villes américaines également. »

Montréal peut être un endroit difficile à cause de la pression, et il appartient aux joueurs de s’entraider.

Jeff Petry

« On a tous déjà vu quelqu’un passer par là. Dans le cas de Jonathan, c’est une décision difficile qu’il a dû prendre, mais pour sa santé, il n’a pas eu le choix ; il a fallu que sa santé soit sa priorité absolue à ce moment-là. Quand le hockey affecte ta vie à l’extérieur de la patinoire, ça devient pénible. Mais je vois qu’il se porte beaucoup mieux maintenant. »

Recréer la magie

Pour Petry, Drouin et tous les autres en bleu, blanc et rouge, c’est le bout un peu plus compliqué qui s’en vient, à partir d’octobre, au moment où la saison du club va s’amorcer le 13 au soir à Toronto : tenter de recréer la magie de 2021.

Déjà que ça s’annonce ardu, il faudra que ça se fasse sans Shea Weber, le capitaine, qui ne sera pas remplacé cette saison. Une décision de la direction, « parce qu’on ne remplace pas un gars comme lui », selon Petry, qui ignore si le défenseur pourra remettre les patins un jour.

C’est sans compter les attentes. Car il y en aura. D’abord, les fans vont s’attendre d’un club qui est allé en finale à ce qu’il y retourne…

« Remporter la Coupe Stanley, c’est le but chaque année de toute façon, rétorque Petry. Ce bout-là ne change pas. Et je crois que l’expérience qui a été acquise la saison dernière nous donne la chance de pouvoir atteindre ce but… »