Deux constantes marquent le règne de Marc Bergevin depuis son arrivée en 2012. Primo, il ne cède presque jamais d’espoirs de premier plan ou des choix de première ronde pour du renfort à plus court terme. Deuzio, il ne perd presque jamais d’échanges.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Le presque, c’est Sergachev, premier choix du CH, neuvième au total, en 2016. On ne s’étendra pas sur les dernières saisons de Drouin à Montréal. L’attaquant québécois n’est pas en mesure de défendre sa valeur. Espérons qu’il retrouve la sérénité et le désir d’exprimer à nouveau son talent.

Concentrons-nous plutôt sur Sergachev. Le jeune homme de 23 ans a joué presque 20 minutes lundi soir lors du premier match de la finale contre le Canadien. Il a préparé le troisième but de son équipe en interceptant une rondelle en zone neutre, avant de contre-attaquer et de remettre le disque à Nikita Kucherov en zone adverse.

Sergachev a distribué cinq mises en échec. Il a rudoyé Brendan Gallagher, un peu trop insistant devant le filet de Vasilevskiy. Gallagher s’est relevé le visage couvert de sang. L’image était saisissante. Sergachev a aussi bloqué deux tirs.

PHOTO DOUGLAS DEFELICE, USA TODAY SPORTS

Mikhail Sergachev a rudoyé Brendan Gallagher en troisième période, lundi soir.

Déjà, en février 2020, avant même la première Coupe Stanley de Sergachev dans l’uniforme du Lightning, avant sa deuxième présence en finale en autant d’années, contre le Canadien par surcroît, Marc Bergevin exprimait certains regrets.

« Si tu regardes aujourd’hui, peut-être un peu, oui, ça a fait mal à notre défense. À l’époque, on venait de perdre [Alexander] Radulov, et rapatrier un Québécois était important. On s’était posé une question importante: si les deux joueurs avaient été disponibles dans le même repêchage, lequel aurait-on choisi? La réponse était (Jonathan) Drouin. Dans toutes les décisions, il y a des risques. Mais ça en valait la peine à nos yeux. »

Le Canadien savait ce qu’il donnait au Lightning en juin 2017. Un peu moins d’un an plus tôt, en octobre 2016, Sergachev avait réussi, à 18 ans seulement, à mériter un poste à Montréal à la suite de performances étonnantes en matchs préparatoires.

Les choix de première ronde des années précédentes du CH, les Louis Leblanc, Jarred Tinordi, Nathan Beaulieu et Michael McCarron avaient tellement déçu que l’exploit de ce jeune défenseur russe avait enflammé Montréal. On voyait en lui l’éventuel partenaire de Shea Weber et le successeur d’Andrei Markov.

Mais au moment de l’échange avec le Lightning, en juin 2017, le Canadien venait de se faire éliminer sèchement par les Rangers de New York. Montréal avait marqué seulement 11 buts en six matchs.

Les négociations étaient difficiles avec le meilleur compteur en séries, Alexander Radulov. Le Russe menaçait déjà de quitter.

Au centre, David Desharnais avait été échangé quelques mois plus tôt après un hiver difficile. Tomas Plekanec avançait en âge et il avait une fois de plus été très timide en séries. Plus le temps avançait, plus Alex Galchenyuk montrait des carences au centre et on voyait désormais en lui un ailier.

Il y avait Phillip Danault et derrière lui un certain Torrey Mitchell. Michael McCarron n’avançait pas dans les mineures et Louis Leblanc ne jouait déjà plus au hockey.

À Tampa, Jonathan Drouin, 22 ans seulement, troisième choix au total en 2013, avait vécu des frictions avec la direction du Lightning, mais il venait de connaître une saison de 53 points en 73 matchs, soit 60 points sur une saison complète de 82 rencontres. Il était difficile alors d’imaginer qu’il serait incapable de produire à un tel rythme au cours des quatre années suivantes.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Jonathan Drouin

On croyait chez le Canadien qu’il avait les qualités requises pour jouer au centre et devenir la prochaine vedette francophone tant espérée. L’expérience a duré un an.

Heureusement, Marc Bergevin a su reconstruire sa défense habilement. Les deux piliers à gauche en séries, Ben Chiarot et Joel Edmundson, ont été embauchés sur le marché des joueurs autonomes et coûtent en moyenne 3,5 millions chacun.

La relève est intéressante également avec Alexander Romanov, Jordan Harris, Kaiden Guhle, Mattias Norlinder et compagnie.

Le Canadien vit un extraordinaire moment d’allégresse ces temps-ci, avec cette finale inattendue. Mais Bergevin et son club voient néanmoins se dresser sur leur route vers la conquête de la Coupe Stanley un ancien haut choix de l’organisation.

Sans compter cet autre premier choix de Trevor Timmins, Ryan McDonagh, 12e au total en 2007, qui est lui aussi l’un des trois piliers en défense de cette extraordinaire équipe avec Sergachev et Victor Hedman.

PHOTO KIM KLEMENT, USA TODAY SPORTS

Ryan McDonagh

Dans ce cas-ci, la gaffe a été commise par Bob Gainey, en juin 2009, dans une transaction pour obtenir Scott Gomez, un centre de presque 30 ans et en net déclin au moment de l’échange. Timmins était livide en apprenant la nouvelle. Il n’a jamais été consulté par Gainey.

McDonagh n’a jamais eu la chance de porter l’uniforme du CH. Il a joué une saison supplémentaire à Wisconsin, le club de Cole Caufield, avant de rejoindre les Rangers et devenir leur capitaine quelques années plus tard. Sergachev, lui, a joué quatre matchs pour le Canadien.

On apprend toujours de nos erreurs. On ne devrait plus toucher à un espoir de premier plan de Trevor Timmins en défense. Du moins pas sous le règne de Marc Bergevin.

En attendant, si le CH peut redresser la barre et vaincre le Lightning malgré ces cadeaux, ce sera un autre exploit en soi.

À lire

  1. Un lien entre la défaite du Canadien lundi soir et la stratégie de la France lors de la Première Guerre Mondiale ? Il faut lire Alexandre Pratt !
  2. Le Canadien devra s'ajuster à ses adversaires lors du deuxième match mercredi. Il semblait bien timide lundi. L'analyse de Guillaume Lefrançois.
  3. Malgré leur victoire nette lundi, les membres de l'organisation du Lightning estiment qu'ils ont encore des choses à améliorer. Simon-Olivier Lorange raconte.