La gestion du plafond salarial du Lightning de Tampa Bay fait beaucoup jaser depuis le début des séries éliminatoires.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

L’absence de Nikita Kucherov pour la totalité de la saison régulière, à la suite d’une intervention chirurgicale à la hanche en décembre, a permis à Tampa de soustraire son salaire de 9,5 millions de sa masse salariale (on peut dépasser le plafond en séries éliminatoires puisque les joueurs ne sont plus payés).

Le directeur général du Lightning, Julien BriseBois, a aussi acquis des Sénateurs d’Ottawa le 20 décembre deux joueurs sur leur liste des blessés à long terme, Marian Gaborik et le gardien Anders Nilsson, en retour de Braydon Coburn, Cédric Paquette et un choix de deuxième ronde.

Ce procédé a permis à Tampa de profiter d’un allègement salarial supplémentaire de 4,87 millions pour le contrat de Gaborik et 2,6 millions dans le cas de Nilsson.

Ainsi, donc, le Lightning compte une équipe avec une masse salariale supérieure à 100 millions en séries éliminatoires alors que le plafond est fixé à 81 millions.

Julien BriseBois a-t-il « triché » pour autant ? Kucherov était bel et bien blessé. Au moment de l’intervention chirurgicale, on prévoyait une absence de six mois, et un retour possible pour la deuxième ronde des séries éliminatoires.

La blessure a permis à BriseBois de mettre fin ses tentatives d’échanger Tyler Johnson et, ou, Alex Killorn, pour se conformer au plafond. Mais on n’a certainement pas « inventé » une blessure à sa grande vedette, l’un, sinon le meilleur attaquant de la LNH, pour régler un problème de plafond. On aurait échangé des joueurs moins importants avant.

D’ailleurs, malgré la puissance du Lightning, il y aurait quand même eu un sentiment de risque à se priver volontairement de Kucherov pour une saison entière. Rien ne garantit jamais une participation aux séries avant une saison.

PHOTO CHRIS O’MEARA, ASSOCIATED PRESS

Nikita Kucherov

Kucherov s’est rétabli plus vite que prévu. Pour les critiques de la manœuvre, le Lightning aurait dû être contraint de le faire jouer dès sa remise en santé. Voilà sans doute où un certain flou existe.

En 2015, les Blackhawks de Chicago ont annoncé une absence de 12 semaines pour Patrick Kane et ils l’ont placé sur la liste des blessés à long terme. Cette décision a permis au DG Stan Bowman d’acquérir Antoine Vermette, Kimmo Timonen et Andrew Desjardins à la date limite des transactions et Kane est réapparu dès le premier match des séries éliminatoires. On ne devait pourtant pas le revoir avant la deuxième ronde. La LNH n’a rien fait pour modifier son règlement cette année-là.

Par ailleurs, on en parle moins parce qu’ils ont été éliminés dès la première ronde, mais les Maple Leafs de Toronto dépassaient largement le plafond pour entamer les séries. Ils ont obtenu beaucoup de souplesse en acquérant un joueur blessé, Riley Nash, et ils ont offert un choix de quatrième ronde aux Sharks de San Jose afin que ceux-ci absorbent 25 % du salaire de leur nouvelle acquisition Nick Foligno. Les Blue Jackets avaient déjà accepté de retenir 50 % du salaire de Foligno en l’échangeant aux Leafs.

Marc Bergevin et son brillant avocat John Sedgwick ont eux aussi bien manœuvré pour obtenir la meilleure formation possible tout en respectant le plafond. On a régulièrement placé Paul Byron et d’autres joueurs au ballottage pour économiser de l’espace sous la masse en saison régulière et retardé l’arrivée de Cole Caufield de façon à obtenir Eric Staal, Erik Gustafsson et Jon Merrill sans faire exploser le plafond. Le retrait de Jonathan Drouin de la formation régulière a finalement permis au CH d’y insérer Caufield.

Le Canadien montre une masse salariale de 70 millions à l’heure actuelle, puisque les salaires des joueurs autonomes avec et sans compensation sont soustraits en séries, parmi lesquels Danault, Armia, Tatar, Lehkonen et plusieurs autres.

Si l’on comptabilise le salaire de tous joueurs actifs en séries, le Canadien a une masse salariale supérieure à 95 millions à l’heure actuelle, sans compter le salaire de Jonathan Drouin, placé sur la liste des blessés à long terme. On n’est pas si loin de Tampa.

Les 31 clubs de la LNH n’ont pas des spécialistes comptables pour rien. Ils manœuvrent pour obtenir le maximum de succès en s’assurant de respecter les règles en place. Quitte à acquérir volontairement des joueurs blessés, en retenant des joueurs sur la liste des blessés, en renvoyant régulièrement des joueurs sur l’escouade volante ou en réduisant leur formation de 23 joueurs au besoin.

Si le Lightning a « triché », comme certains le disent, la majorité des équipes de la Ligue nationale de hockey ont aussi « triché » …

* Tous les chiffres proviennent du site capfriendly.com.

Pour en finir avec les prédictions

Je déteste profondément devoir faire des prédictions en éliminatoires. Il y a trop de facteurs aléatoires en séries pour que les analyses tiennent. Je préfère m’en tenir aux perspectives à long terme des équipes. Mais les prédictions ont une saveur marketing particulière et je dois m’y soumettre comme tous mes collègues. Je crois que je préférerais une visite chez le dentiste. Il ne faut pas prendre ces prédictions au sérieux. D’ailleurs je ne me pète pas les bretelles pour autant lorsque je frappe dans le mille.

J’ai choisi cette année de contourner un peu le « système » en misant sur la superstition. J’ai opté pour les Maple Leafs en six lors de la première ronde et le Canadien a gagné. Il n’était plus question par la suite d’y aller d’une prédiction autre que « l’adversaire en six ». Et ça fonctionne. Un peu trop fan, me reprochent certains. Vous comprendrez qu’il est nettement plus intéressant pour un journaliste de Montréal de couvrir une finale impliquant le Canadien. Alors oui, même d’une perspective professionnelle, une victoire du CH est plus intéressante.

L’an prochain, svp boss, on peut demander à un singe de faire les prédictions ? Ça serait différent, ça amusera tout le monde, et le singe a autant de chances que le meilleur expert au monde de bien paraître.

À lire

  1. Le Canadien a surtout misé sur quatre défenseurs, Shea Weber, Ben Chiarot, Jeff Petry et Joel Edmundson en séries. Simon-Olivier Lorange analyse le phénomène.
  2. Patrick Maroon pourrait devenir le premier joueur depuis 1983 à remporter trois Coupes Stanley consécutives. Un texte de Guillaume Lefrançois.
  3. Julien BriseBois se sait attendu par huit millions d’adversaires…