À Montréal, on craint l’élimination parce que la vedette est devant le filet et que l’attaque ne marque pas.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

À Edmonton, les Oilers sont en vacances, balayés en quatre matchs par les Jets de Winnipeg parce que les vedettes sont à l’attaque et le gardien est incapable d’arrêter un ballon de plage.

Il n’y a pas de modèle de référence au hockey. Une organisation va gagner en construisant bien son équipe de l’avant à l’arrière, et avec un peu de chance bien sûr.

Les Oilers n’ont pas perdu parce qu’ils payent Connor McDavid trop cher, mais parce qu’ils ont fait de mauvais choix en défense et devant le filet. Et parce que les Jets ont connu une ascension au moment opportun.

Les problèmes offensifs du Canadien en séries ne sont pas liés au salaire de Carey Price, mais plutôt à ses choix conservateurs (il était temps de faire jouer Cole Caufield) mais aussi, surtout, en raison d’une défense digne des années 80.

Aucun défenseur dans la formation du CH lundi soir ne mesurait moins de 6 pieds 2 pouces. Mais ils ont passé le match à pourchasser les attaquants des Leafs en fond de zone, et avec comme mission principale, lorsqu’ils récupéraient la rondelle, de la dégager de leur territoire peu importe la façon.

Le premier but des Leafs est d’ailleurs survenu à la suite d’un dégagement refusé. Shea Weber avait pourtant le temps de manier la rondelle de manière convenable, mais il était sur la glace depuis un bon moment, à bout de souffle, et il a préféré dégager par la baie vitrée en voyant un attaquant des Leafs s’amener vers lui.

En laissant le jeune Alexander Romanov dans les estrades, on se prive d’un rare défenseur efficace en relance. Romanov n’est pas parfait, évidemment, il a seulement 21 ans, mais son flair offensif est supérieur à la plupart des défenseurs actuels du CH.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Alexander Romanov

À part Jeff Petry, aucun des cinq autres défenseurs du Canadien, incluant Shea Weber, est efficace en relance ou capable de transporter la rondelle pour installer l’attaque en zone adverse.

Le Canadien parviendra peut-être à surprendre les Leafs mardi soir et à remporter le quatrième match. Mais il ne faudra pas s’attendre à une explosion offensive.

L’équipe se retrouve avec une défense semblable parce que la direction l’a bien voulu. Andrei Markov et P.K. Subban ont été chassés de Montréal.

Mikhail Sergachev n’a pas été chassé, mais sacrifié pour obtenir Jonathan Drouin. Avec le recul, sa perte fait très mal à l’équipe.

Dans une moindre mesure, Mike Reilly a perdu sa bataille avec Brett Kulak pour un poste. Reilly était l’un des rares défenseurs avec un flair offensif. Mais il lui arrivait de gaffer à l’occasion.

Après un court passage à Ottawa, Reilly se retrouve au sein du top 4 des Bruins de Boston. Il a obtenu deux aides dans le dernier match de la série contre les Capitals de Washington. Les Bruins et leur entraîneur Bruce Cassidy, un ancien défenseur offensif, ont choisi d’accepter les carences de Reilly.

PHOTO WINSLOW TOWNSON, USA TODAY SPORTS

Mike Reilly

Victor Mete n’était pas un défenseur de premier plan, ni capable de générer beaucoup d’attaque en raison de son tir faible et son manque de vision, mais sa vitesse constituait un atout pour la possession de rondelle. Il a perdu ses moyens quand on a commencé à le faire jouer à droite. Les Sénateurs l’ont replacé de son côté naturel à son arrivée à Ottawa.

Les équipes de tête connaissent du succès parce qu’elles ne possèdent pas un surnombre de défenseurs résolument défensifs au sein de leur top 4. Prenez seulement l’Avalanche du Colorado avec Makar, Toews, Girard, ou le Lightning avec Hedman, McDonagh et Sergachev.

Marc Bergevin semble avoir bâti une défense à son image. Il était probablement sincère en 2017 en affirmant que sa défense était supérieure à celle de l’année précédente, malgré les départs de Markov, Emelin et Beaulieu, qui suivaient celui de Subban.

Joel Edmundson est un extraordinaire défenseur à caractère défensif, comprenons-nous bien. Et Ben Chiarot constitue un bon quatrième défenseur. Mais avec Shea Weber en perte de vitesse, et Brett Kulak et Jon Merrill qui ressemblent trop à Chiarot et Edmundson, sans être aussi bons, le déséquilibre est criant.

À plus long terme, le Canadien possède parmi ses espoirs plusieurs défenseurs plus habiles avec un caoutchouc sur le palet : Jordan Harris, Kaiden Guhle, Mattias Norlinder, Jayden Struble. Sans compter évidemment Alexander Romanov.

Encore faudra-t-il les garder et leur donner une place de choix dans la formation au détriment de joueurs plus costauds et moins habiles.

En attendant, vite, Romanov. Et vivons avec ses erreurs. Comme les Leafs le font avec Rasmus Sandin.

À lire

1- Le Canadien a gaspillé une grande performance de Carey Price lundi, écrit Alexandre Pratt. En effet…

2- Même s’il n’avait jamais joué en séries auparavant, le gardien Jack Campbell a été solide pour les Leafs. Un texte de Simon-Olivier Lorange.

3- Yves et Léa, prise 4 !