Voulez-vous faire un voyage dans le temps ? Attachez-vous, c’est parti.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

On recule au 19 décembre 2019. Les Raiders jouent encore à Oakland, Tom Brady a seulement six bagues du Super Bowl et Laurent Duvernay-Tardif n’a pas encore élargi ses horizons, n’étant alors qu’un vulgaire joueur de football diplômé en médecine qui a créé une fondation et qui fabrique des bols.

Ce jour-là, le Canadien est à Calgary pour y affronter les Flames. Le sujet de conversation dans les vestiaires : Shea Weber est-il un candidat au trophée Norris ?

« Absolument », lance l’entraîneur-chef du Canadien à l’époque, Claude Julien, en mêlée de presse.

« Il devrait assurément être dans la conversation », tranche le défenseur des Flames Mark Giordano, qui parle alors avec l’autorité du plus récent gagnant du trophée.

Pour ajouter au côté surréel de la chose, allez voir les images de Weber à 1 min 10 s du reportage, où on le voit tout sourire à l’entraînement. Vient même un moment où il se dandine !

Weber n’est peut-être pas porté à étaler ses exploits personnels, mais ses statistiques ont de quoi lui donner le sourire. Six jours plus tard, il fêtera Noël avec une fiche de 11 buts, 19 passes, soit 30 points en 37 matchs.

La cassure

Sur les plans tant personnel, pour Weber, que collectif, pour le Canadien, la pause de Noël brise cet élan. Le Tricolore avait gagné 7 de ses 10 matchs avant la pause, faisait ainsi oublier une vilaine séquence de 8 défaites de suite en novembre. Une autre séquence de 8 défaites attend le CH après Noël.

Quant à Weber, son différentiel de - 5 dans les trois matchs après le congé de Noël est annonciateur d’une tendance à la baisse. Nous voici 68 matchs plus tard, et les chiffres confirment ce que l’on voit sur la patinoire : le capitaine du Canadien s’éloigne de l’élite.

En février 2020, Weber s’absente pour une entorse à une cheville. L’équipe prévoit une absence de quatre à six semaines, mais il revient au bout de deux petites semaines. Le vétéran a tout juste le temps de disputer 10 matchs avant la pandémie, 10 matchs pendant lesquels il est limité à deux points. À sa défense, le Canadien est alors ce qu’était naguère La Tulipe à 3 h du matin : un club qui se vide. Ilya Kovalchuk, Nick Cousins, Nate Thompson et Marco Scandella quittent un à un l’équipe.

Sa performance lors des séries estivales en rassurera beaucoup, qui verront ce qu’un vétéran reposé et guéri peut réaliser.

Cette saison, Weber a bien paru en début de saison, mais comme pour le reste de l’équipe, ça s’est gâté à compter de février.

Depuis deux matchs, le défenseur de 35 ans affronte le deuxième trio de l’adversaire (Mikheyev-Tavares-Hyman lundi, Mangiapane-Monahan-Dube mercredi). Naguère un incontournable en prolongation – au grand dam de partisans –, il est resté cloué au banc lors des cinq derniers duels du Tricolore qui ont nécessité une quatrième période.

Le cas Staal

Au même moment, c’est à se demander si un autre joyau du repêchage de 2003 ne subit pas le même déclin. L’échantillon est encore petit, mais Eric Staal n’est manifestement plus le joueur dominant qu’il était il n’y a pas si longtemps au Minnesota.

Oublions sa campagne de 42 buts en 2017-2018. La saison dernière, il totalisait 19 buts et 47 points quand la pandémie a interrompu la saison. Sur 82 matchs, il aurait inscrit 23 buts et 58 points.

Cette saison, Staal compte 11 petits points en 38 matchs, dont un seul en 6 sorties depuis que les Sabres l’ont échangé à Montréal. Le centre de 36 ans montre aussi un différentiel de - 7 dans ces six matchs, de - 27 depuis le début de la saison.

Corey Perry – autre produit du repêchage de 2003 – échappe jusqu’ici à ce mur de la mi-trentaine. Mais les performances de Weber et de Staal rappellent néanmoins qu’un ralentissement est si vite arrivé.

Quoi qu’il advienne de Staal et de Perry, les conséquences seront limitées ; l’équipe n’est pas bâtie en fonction d’eux. Ils occupent des rôles de soutien, et les succès de Perry constituent un joli boni pour Marc Bergevin, qui a eu le flair de lui offrir un contrat à bas prix.

Dans le cas de Weber, la donne est bien différente. S’il ne retrouve pas ses moyens, son contrat de 7,857 millions de dollars par saison, jusqu’en 2026, pèsera lourd dans la masse salariale. (Note : en cas de retraite hâtive, ce sont toutefois les Predators qui seront pénalisés.)

C’est surtout dans la construction de l’équipe que le ralentissement de Weber pourrait faire mal. Au-delà de son titre de capitaine, il y a le fait que les jeunes défenseurs de l’organisation ont besoin de temps.

• Alexander Romanov montre de belles choses, mais l’équipe ne veut pas brûler les étapes.
• Mattias Norlinder, Jordan Harris et Jayden Struble passeront la prochaine saison en Europe et dans la NCAA.
• Kaiden Guhle n’a encore que 19 ans et n’a disputé que 12 matchs, dans trois équipes différentes, depuis mars 2020 en raison des circonstances que l’on connaît. Pas exactement le chemin direct vers la LNH…

Le Canadien a besoin d’un Shea Weber efficace pour les prochaines semaines, dans la course aux séries, mais aussi pour les prochaines années. Reste à voir si le numéro 6 nous réserve un autre retour comme il l’a fait dans le passé.