On prédisait une saison de misère aux Badgers du Wisconsin.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Ils avaient terminé au dernier rang de la puissante division Big Ten l’an dernier avec une piètre fiche de 7-15-2, et ils perdaient leur centre numéro un, Alex Turcotte, et leurs deux meilleurs défenseurs, Wyatt Kalynuk et K’Andre Miller.

Les Gophers de l’Université du Minnesota et les Wolverines de l’Université du Michigan étaient largement favoris.

Après deux défaites en début de saison aux mains des Wolverines, jeunes, mais bourrés de talent, l’entraîneur Tony Granato était déjà submergé de critiques.

Avançons dans le temps de quatre mois. Les Badgers avaient besoin d’une victoire, samedi, pour remporter leur premier titre de saison régulière du Big Ten en 21 ans.

Les Badgers tiraient de l’arrière 1-0 en fin de deuxième période, lorsque Cole Caufield a marqué l’un de ses buts typiques, un tir foudroyant dans la partie supérieure qui a fait exploser la bouteille d’eau du gardien au-dessus du filet.

Puis, avec une douzaine de minutes à faire en troisième période, Caufield a capté dans l’enclave une passe lumineuse de Dylan Holloway pour déjouer le gardien d’un tir sec entre les jambières.

Les Badgers concluaient la saison avec une fiche de 17-6-1. Leur dernier championnat de saison régulière, en 2000, avait vu un jeune Dany Heatley transporter ce club en compagnie de Steven Reinprecht. Caufield n’était pas encore né. Les Badgers ont aussi remporté le titre en 1977 et 1990.

Rien n’aurait pu destiner ce titre aux Badgers, avec des jeunes de 19 ans (Caufield a eu 20 ans en janvier) pour seules locomotives, Holloway et Caufield.

> Lisez le compte-rendu du match de samedi en direct du Wisconsin.

Caufield a conclu sa saison régulière avec 46 points, dont 25 buts, en seulement 28 matchs. Il avait obtenu 36 points en autant de rencontres la saison précédente.

Le choix de première ronde du Canadien en 2019 (15e au total) remporte le championnat des compteurs de la NCAA, deux points devant son plus proche rival, Odeen Tufto, 24 ans, qui évolue dans la division la plus faible au pays.

Caufield mène aussi la NCAA au chapitre des buts, avec six de plus que son plus proche rival, Connor Ford, 23 ans. Il domine aussi au chapitre des tirs avec 137, mais maintient tout de même un taux d’efficacité de 18 %. Il a donc marqué à presque tous les cinq tirs.

Les retours de Holloway, un choix de première ronde des Oilers d’Edmonton en 2020, et de Caufield après le Championnat du monde junior, ont galvanisé les Badgers. Ils ont maintenu une fiche de 14-2-1 à compter de janvier.

Caufield a amassé 31 points, dont 18 buts, à ses 15 derniers matchs. Il a obtenu au moins deux points dans 13 de ses 15 derniers matchs et a été privé de but dans seulement trois de ses 15 dernières rencontres.

Le jeune homme a aussi tiré son trio vers le haut. Son joueur de centre Ty Pelton-Byce, 23 ans, jamais repêché, a amassé 28 points en 23 matchs. Il avait obtenu 24 points en 32 rencontres l’an dernier. Son ailier gauche Linus Weissbach, 22 ans, un choix de septième ronde des Sabres de Buffalo en 2017, n’avait jamais obtenu plus de 26 points (en 34 matchs) dans une saison. Il a amassé 38 points en 28 parties cette année et a terminé au troisième rang des marqueurs de la NCAA.

Les séries éliminatoires du Big Ten s’amorcent le 15 mars. Si les Badgers remportent le tournoi de leur division, ils participeront au Frozen Four mettant aux prises les quatre meilleures équipes au pays début avril. Caufield sera ensuite libre de signer un premier contrat professionnel avec le Canadien.

* * * * *

Caufield est sans doute l’espoir de 20 ans le plus productif de l’histoire du Canadien dans la NCAA. Il est important ici de faire la distinction entre une production à un jeune âge et une production à 22 ou 23 ans comme les Jimmy Vesey, Drew LeBlanc ou Andy Miele de ce monde.

PHOTO JASON FRANSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Cole Caufield célébrant la victoire des États-Unis au Championnat mondial de hockey junior en janvier dernier.

Au même âge, Chris Higgins avait amassé 41 points, dont 20 buts, en 28 matchs à Yale. Mais il s’agissait de l’une des divisions les plus faibles de la NCAA. Higgins, choix de première ronde en 2002, a marqué plus de 20 buts à ses trois premières saisons à Montréal, dont 27 à sa troisième. Il aurait eu une plus grande carrière s’il avait été plus sérieux. Il a tout de même joué plus de 700 matchs dans la LNH.

John LeClair a eu 20 ans à la fin de sa seconde saison à l’Université du Vermont. Il avait obtenu 21 points, dont 9 buts, en 20 matchs. LeClair était à l’aube de ses 23 ans lorsqu’il a amassé 45 points en 33 matchs à sa dernière saison dans la NCAA. Il a connu quelques saisons de plus de 50 buts avec les Flyers.

L’espoir déchu Danny Kristo était à la veille de ses 23 ans lorsqu’il a obtenu 52 points en 40 matchs à sa quatrième saison à North Dakota, en 2013.

Max Pacioretty a disputé une seule saison dans la NCAA, à 19 ans. Il a obtenu 39 points, dont 15 buts, en 37 matchs à Michigan. Ryan Poehling a joué trois ans à St. Cloud State. Il a obtenu 31 points en 36 matchs dans chacune de ses deux dernières saisons.

Malgré la production hallucinante de Caufield, les sceptiques restent nombreux en raison de sa petite taille de 5 pieds 7 pouces. Certains le disent aussi unidimensionnel. D’autres, souvent les mêmes, rappellent sa production « ordinaire » au Championnat mondial junior.

Caufield est petit de taille en effet. Il faudra attendre de le voir dans les rangs professionnels avant de se prononcer. Mais on émettait aussi des doutes avant son passage dans la NCAA, même s’il venait de fracasser par 17 buts le record d’Auston Matthews avec 72 buts (en 64 matchs) au sein du programme de développement américain et égaler un record d’Alexander Ovechkin au Championnat mondial des moins de 18 ans avec 14 buts (en sept matchs).

On disait ses succès attribuables à la présence du centre Jack Hughes. Il jouait pourtant avec Alex Turcotte à égalité numérique. Hughes n’est plus dans son équipe depuis deux ans maintenant et Caufield a continué de produire : 82 points, dont 44 buts, en 64 matchs dans la NCAA.

On évoque souvent sa petite taille. Les joueurs de 5 pieds 7 pouces ne sont évidemment pas légion dans la LNH. Mais il y en a de plus en plus. Alex DeBrincat est parmi les meilleurs compteurs de la Ligue et il possède le même gabarit. Il a marqué 41 buts il y a deux ans. L’ancien capitaine du Canadien Brian Gionta et David Desharnais, mesurent 5 pieds 7 pouces. Le meilleur buteur des dernières années à Montréal, Brendan Gallagher, mesure à peine un ou deux pouces de plus.

PHOTO NAM Y. HUH, ASSOCIATED PRESS

Alex DeBrincat

Brad Marchand, Johnny Gaudreau, Tyler Johnson, Cam Atkinson, Mats Zuccarello, Jonathan Marchessault, Yanni Gourde et les défenseurs Jared Spurgeon, Torey Krug mesurent tous 5 pieds 9 pouces ou moins. Samuel Girard et Quinn Hughes mesurent 5 pieds 10 pouces. Il aurait été très difficile pour eux de faire leur place dans la LNH à cette taille il y a une quinzaine d’années.

Caufield était un joueur unidimensionnel l’an dernier. Il a amélioré plusieurs facettes de son jeu cet hiver : sa vitesse, son jeu défensif, sa créativité et, surtout, sa vitesse d’exécution. Il a d’ailleurs marqué 15 de ses 25 buts à égalité numérique et son ratio de passes est passé de 0,47 par match à 0,75 par match. Mais c’est son jeu dans l’ensemble et son leadership qui ont surtout agréablement surpris.

Il n’a pas connu le Championnat mondial junior escompté avec cinq points en sept matchs ? Soit. Mais un tel tournoi, disputé sur une si courte période, ne définit pas une carrière. Ryan Poehling y a été nommé le joueur par excellence avec huit points, dont cinq buts, en sept matchs. La même année, Nick Suzuki obtenait trois aides en cinq matchs pour le Canada. Aujourd’hui, Suzuki est premier centre à Montréal et Poehling, troisième centre à Laval.

Max Pacioretty avait été blanchi en six matchs pour les Américains en 2008. Jordan Schroeder, plus jeune de deux ans, avait amassé huit points. Schroeder a 42 points en carrière dans la LNH.

Brock Boeser a dominé comme Caufield dans la NCAA, mais il a obtenu seulement trois points en sept matchs au Championnat mondial junior en 2016. Il est le premier ailier des Canucks depuis quelques années.

Cole Caufield n’arrivera pas en sauveur. Et on ne sait pas encore quel impact il aura dans la LNH. Mais il est permis d’entretenir de l’espoir. D’autant plus qu’il a fait mentir ses dénigreurs à chaque étape de sa carrière.

« Je n’aurai peut-être jamais la chance de diriger un joueur aussi doué, avec une telle touche », a déclaré l’entraîneur des Badgers, Tony Granato, après la victoire de dimanche.

Tony Granato a joué presque 15 ans dans la LNH avec les Kings et les Sharks. Il a été entraîneur-chef de l’Avalanche du Colorado, adjoint chez l’Avalanche, les Penguins et les Red Wings. Il dirige les Badgers depuis quatre ans.

On pourrait peut-être bien l’écouter ?

À lire

1- Après avoir fait ses classes au sein de l’Académie, puis à titre d’entraineur-adjoint, Wilfred Nancy vient d’être nommé entraîneur-chef du CF Montréal.

2- Guillaume Lefrançois dresse un portrait du nouvel entraineur des gardiens à Montréal, Sean Burke. Il a même rejoint Ilya Bryzgalov à Philadelphie. Et Guillaume a sans doute gagné son pari avec un collègue d’avoir pu placer la défunte émission Épopée Rock dans un texte sur les gardiens du Canadien…

3- Parmi nos pionniers en relief depuis une semaine, aujourd’hui, Joanie Rochette.