On ne s’est pas exactement ennuyés sur la couverture du Canadien dernièrement. Les rebondissements se sont enchaînés comme dans un bon épisode d’Épopée rock.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

La mutation de Sean Burke de dépisteur à directeur des gardiens s’inscrit au nombre des bizarreries des dernières semaines. Voici un homme bien au chaud en Arizona depuis plusieurs années, et qui s’en vient à Montréal pour terminer la saison sur la patinoire avec Carey Price et Jake Allen. Ça, c’est à court terme, à partir du 19 mars en fait, une fois sa quarantaine terminée. À moyen terme, c’est moins clair.

« Son contrat terminait en juin, j’ai modifié ça et on aura des discussions en temps et lieu pour le reste », a simplement dit le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, en conférence de presse la semaine dernière. Bref, rien n’assure qu’en septembre prochain, ce sera encore Burke qui sautera sur la patinoire avec les gardiens du Tricolore.

À long terme, Burke se destinait à une carrière en veston-chemise plutôt qu’en patins. Déjà, chez les Coyotes, il cumulait les postes d’entraîneur des gardiens et d’adjoint au DG jusqu’à son départ de l’organisation, en 2016.

Depuis son arrivée chez le CH, il était dépisteur, tout en occupant le rôle de directeur général d’Équipe Canada dans différents tournois, des Jeux olympiques de 2018 à la Coupe Spengler. En raison de la pandémie, qui a annulé les grands rendez-vous internationaux, il n’a actuellement pas de lien d’emploi avec Hockey Canada.

Mais visiblement, ce désir de travailler dans la gestion ne date pas d’hier. Ilya Bryzgalov, qui a eu Burke comme entraîneur des gardiens à Phoenix de 2009 à 2011, était déjà au courant à l’époque.

« Je me souviens qu’à notre dernière conversation à Phoenix, il m’avait dit qu’il voulait grimper les échelons, qu’il ne voulait pas être coach des gardiens toute sa vie. Il voulait se développer, progresser, il voulait devenir DG adjoint, peut-être DG, même président d’une équipe ! Il est très intelligent », a raconté Bryzgalov, en entrevue avec La Presse, depuis son domicile en banlieue de Philadelphie.

Du succès

Burke arrive dans de drôles de circonstances. Bergevin a admis l’avoir consulté avant de congédier son prédécesseur. Congédiement qui, rappelons-le, s’est fait pendant un match.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Sean Burke

La transition avait été tout aussi bizarre chez les Coyotes. Burke y travaillait déjà comme directeur du développement des joueurs, en 2009, tandis que Grant Fuhr était l’entraîneur des gardiens. C’était lors du fameux camp d’entraînement de 2009, pendant lequel Wayne Gretzky avait démissionné de son poste d’entraîneur-chef.

« Je ne savais pas ce qui se passait, on ne nous avait rien dit, et Sean était sur la glace avec nous. Il avait commencé à nous faire faire des exercices différents de ceux qu’on avait l’habitude de faire. Dans ma tête, Grant Fuhr était sûrement malade. Après quelques jours, je vais voir Don Maloney [le DG à l’époque] pour lui demander ce qui se passe avec Fuhr, il dit : ‟Oh, Burkie est votre nouveau coach des gardiens !” Il disait qu’il avait oublié de nous en parler, avec tout ce qui se passait », se souvient Bryzgalov.

Dans ce contexte particulier, Burke et Bryzgalov ont néanmoins vécu une association fructueuse, le Russe connaissant ses deux meilleures saisons dans la LNH. En 2009-2010, il a terminé 2e au scrutin du trophée Vézina ; l’année suivante, 6e. Ces deux campagnes lui ont permis de signer un contrat de 9 ans et près de 42 millions de dollars avec les Flyers de Philadelphie.

Burke répétera ensuite le coup avec Mike Smith, devenu un bien meilleur gardien sous sa gouverne, puis avec Devan Dubnyk, qui est retombé sur ses pieds en Arizona, au moment où sa carrière n’allait plus nulle part.

« De tous les entraîneurs de gardiens que j’ai eus, je dirais que c’est de François Allaire [son entraîneur des gardiens à Anaheim] et de Sean que j’ai appris le plus. Ils m’ont aidé à devenir riche ! », lance Bryzgalov, en riant.

« Ils sont un peu différents. Par exemple, François me conseillait de me positionner devant mon demi-cercle. Puis, Sean m’a fait reculer de 5 ou 6 pouces. Ça m’a aidé à devancer les passes, car j’avais moins de distance à couvrir. Pour le cinq contre trois, le quatre contre trois, quand la rondelle circulait dans notre zone, c’était très commode. Quand tu es trop loin, ça fait beaucoup de distance à couvrir sur les tirs sur réception et j’arrivais en retard. »

Cela dit, ces changements se sont faits de façon consensuelle.

« Il n’est pas arrivé avec ses gros sabots. Il est ouvert d’esprit, il te demande si tu es à l’aise à faire ceci ou cela. Si je ne me sentais pas assez flexible pour faire un mouvement, avec mes hanches par exemple, il disait : ‟OK, on va faire ceci à la place”. Tout était fait dans le respect, avec calme, sans émotion négative. Il prenait aussi souvent la défense de ses gardiens. Quand le coach pensait qu’on avait accordé un mauvais but, il lui expliquait qu’il y avait eu d’autres erreurs. Sean se battait pour nous. »

Dans l’organisation du Canadien, Cayden Primeau connaît déjà Burke, qui est venu travailler avec les gardiens du Rocket à quelques reprises ces dernières années.

« Il a l’œil pour les enjeux plus globaux que les dirigeants doivent surveiller. Donc il peut assurément faire carrière dans la direction. Mais je pense qu’on est très choyés de l’avoir comme directeur des gardiens, car il est très facile d’approche, il connaît son affaire et va tout donner pour que l’on connaisse du succès », estime Primeau.

Et Price ?

La question à 1000 $ demeure maintenant de savoir si Burke pourra avoir un impact positif sur Carey Price. Le gardien vedette du Tricolore a connu une très bonne sortie le soir du congédiement de Waite. Visiblement, les quatre jours de travail avec l’ancien entraîneur des gardiens avaient été fructueux… Price a livré une autre performance rassurante samedi, dans le triomphe de 7-1.

Le mariage sera intéressant à suivre. Burke est un disciple de Benoît Allaire, qu’il a eu comme entraîneur des gardiens chez les Coyotes en fin de carrière. Allaire (le frère de François) s’est ensuite joint aux Rangers de New York, avec qui il travaille depuis 15 ans. Son principal projet a été Henrik Lundqvist, et il est difficile de trouver plus différent de Price que le Suédois, un gardien acrobatique, réputé pour jouer profondément dans son demi-cercle.

Quoi qu’il en soit, ne comptez pas sur Bryzgalov pour dire ce sur quoi Burke doit travailler avec Price. Dans sa candeur habituelle, Bryzgalov a admis ne pas suivre du tout la LNH cette saison. Son lien avec le hockey se résume essentiellement à donner un coup de pouce à l’équipe de son fils de 15 ans, les Colonials du New Jersey.

« Je ne trouve pas ça très intéressant, cette saison, avec le format des matchs seulement à l’intérieur de la division. J’allume la télévision, c’est Boston contre Philadelphie, et le jour suivant, c’est encore Boston contre Philadelphie !

« Je suis complètement à l’extérieur du milieu, admet-il. J’aimerais bien travailler dans la LNH un jour, mais je pense que j’ai mauvaise réputation ! »

En bref

Gymnastique compliquée

Rien n’est simple en cette saison atypique, et la question de l’entraîneur des gardiens n’y échappe pas. Sean Burke est actuellement en quarantaine et devrait la finir le 19 mars, ce qui signifie que Marco Marciano (qui assure l’intérim dans l’intervalle) pourrait alors théoriquement retourner avec le Rocket de Laval. L’opération semble simple en plus, puisque le CH joue à Winnipeg le 17 mars, et le Rocket, à Calgary le 18. Sauf que le protocole de la COVID-19 auquel se soumet le Rocket est essentiellement le même que celui du Tricolore, et en prenant un vol commercial pour se rendre à Calgary, Marciano sortirait de la « bulle » des deux équipes et devrait se placer en quarantaine avant de rejoindre l’équipe.

Un coup de main à Bouchard et Jacob

Ce qui nous mène à l’embauche de Maxime Vaillancourt par le Rocket, comme entraîneur des gardiens et coordonnateur vidéo, deux postes qu’il occupera par intérim, en attendant le retour de Marciano. Pour les raisons expliquées précédemment, Vaillancourt restera avec le Rocket le temps du voyage du 18 au 30 mars. « Et même si Marco pouvait nous rejoindre dans l’Ouest, ce n’est pas comme si on manque de job », a rappelé Bouchard, qui a perdu un adjoint il y a deux semaines quand Alex Burrows a été promu. Vaillancourt est une vieille connaissance de Bouchard, puisqu’il travaille pour l’Armada de Blainville-Boisbriand depuis 2011. Or, l’Armada jouait dimanche, et disputera son prochain match seulement le 19 mars. « Avec la bulle de la LHJMQ qui finit, c’était une belle occasion. Il est très proche de Marco. Il fait partie de la famille. Il fallait simplement s’arranger avec l’Armada. Si ç’avait été une saison normale, ç’aurait été différent », a reconnu Bouchard.

Ouellet et Dauphin rappelés

Le Canadien a rappelé dimanche le défenseur Xavier Ouellet et l’attaquant Laurent Dauphin au sein de l’équipe de réserve. Cela signifie donc qu’ils accompagneront le Tricolore pour son voyage de six matchs dans l’Ouest canadien. Cela signifie aussi qu’ils feront partie des options de l’équipe si les blessures devaient s’accumuler. Avec Ouellet et Dauphin, le CH partira donc avec trois attaquants et deux défenseurs excédentaires (Michael Frolik, Victor Mete et Artturi Lehkonen sont les autres). Ouellet, capitaine du Rocket, a inscrit deux points en huit matchs cette saison, tandis que Dauphin en compte trois en sept sorties.