Gianni Fairbrother et Jacob LeGuerrier ne sont pas des noms particulièrement connus du public montréalais.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Les deux défenseurs repêchés par le Canadien en 2019 ont participé au camp des recrues l’année dernière. Fairbrother, surtout, y a fait belle figure. Ils ont aussi en commun qu’ils attendent impatiemment de commencer leur ultime saison dans les rangs juniors et qu’il s’agira de leur dernière chance de se faire valoir aux yeux du Tricolore pour décrocher un contrat – les équipes de la LNH conservent leurs droits sur les joueurs canadiens pendant deux ans après les avoir sélectionnés.

Le Britanno-Colombien et l’Ontarien sont aussi liés par la position inconfortable dans laquelle ils se trouvent dans la hiérarchie du Canadien. En vue de la saison 2021-2022, qui marquerait théoriquement leur transition professionnelle, l’équipe compte en effet 14 défenseurs qui sont déjà sous contrat ou qui seront joueurs autonomes avec restriction, donc susceptibles de recevoir des offres qualificatives. Ajoutez à ce lot le nom de Matthias Norlinder, qui évolue en première division suédoise et que l’organisation a en haute estime, ainsi que ceux de Jordan Harris et de Jayden Struble, qui font bonne figure à l’Université Northeastern. Ils pourraient tous faire le saut vers la LNH ou la Ligue américaine d’ici deux ans.

Autrement dit, Fairbrother et LeGuerrier se retrouvent pratiquement derrière 17 défenseurs, dont 12 sont gauchers comme eux. Tout un contrat… que d’en décrocher un !

Les principaux concernés sont évidemment bien conscients de la situation dans laquelle ils se retrouvent, à plus forte raison au moment où ils ne sont pas en mesure de se faire valoir sur la glace. La Ligue junior de l’ouest (WHL) et celle de l’Ontario (OHL) ne renoueront avec l’action qu’en janvier et en février, respectivement. Si tout va bien.

« J’aime le défi que ça représente », a dit Jacob LeGuerrier, des Greyhounds de Sault Ste-Marie, au cours d’une entrevue avec La Presse il y a quelques semaines.

« Je ne cherche jamais de passe-droit. Je sais que je n’ai qu’une saison devant moi, et qu’il y a beaucoup de monde à gauche… Mais vous savez, je peux jouer à droite aussi ! », ajoute-t-il en riant.

L’attente est autrement pénible pour Fairbrother, des Silvertips d’Everett. Cela fera bientôt un an qu’il n’a pas joué du tout contre des joueurs de son calibre. Une blessure à l’épaule a mis fin à sa saison en janvier dernier. Il comptait revenir à temps pour les séries éliminatoires de la WHL, mais celles-ci ont été annulées en raison de la pandémie de COVID-19.

Afin de demeurer actif cet automne, il s’est joint à une équipe de la BCHL, circuit de la côte Ouest équivalent au junior AAA québécois. Il y a disputé huit parties, mais, manque de pot, la ligue a suspendu ses activités.

Évidemment que c’est frustrant. Je ne ressentais plus de douleur et j’étais prêt à revenir, mais tout s’est arrêté. Je dois maintenant m’efforcer de demeurer positif, c’est tout ce que je peux faire.

Gianni Fairbrother, espoir du Canadien de Montréal

À ses yeux, la perspective de jouer pour un contrat constitue « une motivation supplémentaire ».

Efforts

Comme les autres espoirs du Tricolore, Fairbrother et LeGuerrier sont en contact régulier avec le département du développement des joueurs de l’équipe, dirigé par Rob Ramage. C’est surtout avec son bras droit Francis Bouillon qu’ils interagissent.

L’ex-défenseur du CH s’est justement adressé aux membres des médias, mercredi, et il a été interrogé sur la situation des deux jeunes hommes.

En plus de se réjouir que Fairbrother ait enfin pu voir de l’action, il a souligné qu’il « aime la façon dont il joue », vantant « un gars qui s’implique physiquement » et qui sera « le meilleur défenseur de son club cette année ».

Quant à LeGuerrier, Bouillon a salué le fait qu’il se porte bien « psychologiquement et physiquement » malgré l’interminable pause forcée, et qu’il est parmi qui sont les mieux installés à la maison pour s’entraîner et garder la forme.

Fairbrother, choix de 3e tour (77e au total) en 2019, avait attiré l’attention du Canadien par ses qualités individuelles ainsi que par son jeu robuste. En 2019-2020, il était en voie de connaître la meilleure récolte de sa carrière junior : il cumulait déjà 25 points en 37 matchs au moment de se blesser, l’équivalent de 46 points sur un calendrier complet de 68 rencontres.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Gianni Fairbrother, lors du camp des recrues du Canadien en août 2019

Au cours des derniers mois, il a peaufiné son contrôle de rondelle, dit-il, et souhaite continuer de développer le volet offensif de son jeu. Il veut également devenir de plus en plus imposant dans sa zone, et ce, en dépit de sa petite taille pour un défenseur – à seulement 6 pieds, il fait tout de même osciller la balance à près de 200 livres. « Je crois que dans la LNH d’aujourd’hui, si tu joues assez « gros », le gabarit n’est plus facteur », souligne-t-il.

En 2020-2021, ses objectifs sont simples, mais ambitieux : « Être un joueur d’impact, gagner un championnat et être un leader. » Rien que ça !

À 6 pi 3 po et près 200 livres lui aussi, LeGuerrier correspond davantage au format qui semble plaire à la direction du Canadien, qui l’a sélectionné au 5e tour (126e au total). Il se décrit comme un « défenseur défensif des temps modernes ».

Mais encore ? « Autrefois, certains joueurs pouvaient s’en sortir en fermant le jeu et en n’allant pratiquement jamais dans la zone adverse. Ce n’est plus comme ça de nos jours », constate-t-il.

Selon lui, ses principales qualités résident dans sa responsabilité défensive, mais il peut tout de même soutenir l’attaque. En font foi ses 31 points en 61 matchs la saison dernière, plus du double de sa production précédente de 16 points en 68 joutes. Dans un monde idéal, il aimerait bien marcher dans les traces de Marc-Édouard Vlasic ou de Jaccob Slavin.

Il se félicite d’avoir gagné en constance et en confiance sur le plan offensif, de « ne pas avoir peur de faire des jeux ».

« J’aimerais bien forcer la main » du Canadien, conclut-il.

Autant chez Fairbrother que chez LeGuerrier, il y aura résolument beaucoup à faire. Mais l’attitude et la confiance sont au rendez-vous. Ce qui, en attendant le hockey, n’est quand même pas rien.