Ainsi donc, Otto Leskinen est devenu la semaine dernière le 15e défenseur gaucher employé par le Canadien depuis le départ d’Andrei Markov en 2017, nous rappelait le collègue Simon-Olivier Lorange ce week-end.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Trois saisons après sa perte, Markov, le défenseur numéro un du CH n’a toujours pas été remplacé à gauche. Il faudra attendre l’arrivée d’un autre Russe, Alexander Romanov, ou peut-être celle du Suédois Mattias Norlinder, pour espérer lui trouver un successeur digne de ce nom. Et encore, rien ne garantit leur éclosion !

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Andrei Markov

Cette faillite s’explique en plusieurs étapes. Il n’y a pas eu un moment clef, mais plusieurs.

La première ? Les repêchages de 2010 et 2011. Le Canadien a voulu faire le plein de défenseurs gauchers lors de ces deux cuvées. Ils ont choisi le géant Jarred Tinordi au 22e rang en 2010 et Nathan Beaulieu au 17e rang l’année suivante.

Les deux avaient un profil différent et complémentaire. Tinordi était un défenseur de 6 pieds 6 pouces robuste à caractère défensif, Beaulieu était résolument porté vers l’attaque. Il venait d’obtenir 15 points en 17 matchs de séries à Saint John quelques semaines avant le repêchage.

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Jarred Tinordi

Le père de Beaulieu, Jacques, son entraîneur dans les rangs juniors, s’attendait à voir les Bruins de Boston repêcher son fils au 9e rang (Boston a opté pour Dougie Hamilton), mais il se disait heureux de voir son fils aboutir à Montréal où la défense vieillissait.

Il y a eu de très bons joueurs repêchés après Tinordi en 2010, mais pas de défenseurs gauchers de premier plan. Idem pour Beaulieu en 2011, quoiqu'avec le temps, Josh Manson et Scott Mayfield sont devenus des valeurs sûres.

Tinordi a vite montré ses limites sur le plan de la lecture du jeu et de la vitesse d’exécution. Beaulieu, avec un peu de sérieux, aurait connu une très belle carrière.

Beaulieu et Tinordi sont restés six ans dans l’organisation du Canadien. Ils ont donné l’illusion à la direction qu’il y avait une relève à Markov, Alexei Emelin et Josh Gorges.

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Alexei Emelin et Josh Gorges

Qui sait si, en 2012, le Canadien n’aurait pas jeté son dévolu sur Morgan Rielly ou Hampus Lindholm au troisième rang à la place d’Alex Galchenyuk si on n’avait pas encore eu l’espoir de voir Beaulieu devenir le défenseur rêvé. Celui-ci avait été repêché un an plus tôt seulement. Qui sait si en 2013, on n’aurait pas, pour les mêmes raisons, choisi Shea Theodore, repêché un rang après Michael McCarron ?

Les organisations disent toujours repêcher le meilleur joueur disponible, peu importe la position, mais les équipes ciblent quand même des positions à renflouer avant les séances de repêchage.

On a compris en 2016 que Tinordi et Beaulieu n’avaient pas l’étoffe pour solidifier la défense du Canadien à gauche. À sa quatrième saison chez les pros, Beaulieu a amassé seulement 19 points en 64 matchs et son manque de sérieux était connu de tous. On venait de se débarrasser de Tinordi pour un joueur des mineures et le colosse en fin de carrière John Scott.

Ainsi, on recommençait un cycle en repêchant Mikhail Sergachev au neuvième rang en 2016. On ajoutait des gauchers en banque en choisissant Victor Mete en quatrième ronde et Casey Straum en cinquième.

La deuxième étape se joue ici. Le Canadien a connu une saison de 103 points après avoir permis à Sergachev d’entamer l’année à Montréal. Les séries se sont terminées en queue de poisson avec une élimination en six matchs aux mains des Rangers.

Les vedettes offensives de l’équipe ont été bien discrètes ce printemps-là. Max Pacioretty et Alex Galchenyuk n’ont pas marqué. Artturi Lehkonen a terminé au deuxième rang des compteurs derrière Alexander Radulov contre New York avec quatre points en six matchs.

Radulov et Markov ont quitté en juillet 2017. Les gaffes les plus douloureuses ont suivi. Marc Bergevin a probablement voulu combler la perte de Radulov en acquérant Jonathan Drouin. Celui-ci a coûté Sergachev.

Non seulement Markov et Sergachev laissaient un trou béant, mais cet été-là, Bergevin s’est aussi départi du flanc gauche au complet avec les départs de Beaulieu et Emelin.

L’arrivée de Drouin ne constitue pas le problème. Mais le départ de Sergachev fait encore mal aujourd’hui. On l’utilise encore avec parcimonie à Tampa, mais il occuperait une place dans le top 4, n’eût été la présence de Victor Hedman et Ryan McDonagh devant lui. Ça ne l’a pas empêché d’amasser 40 points à sa première saison, 32 à sa deuxième. À ce rythme, il en obtiendra pas loin de 50 cette année.

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Mikhail Sergachev

On a comblé le trou laissé par Markov et Sergachev en embauchant Karl Alzner. Qui s’est imaginé que ce défenseur à caractère défensif, avec 12 points au compteur la saison précédente à Washington, allait avoir un impact au sein du top 4 ?

Les portes tournantes évoquées par Simon-Olivier Lorange dimanche ont commencé. Mark Streit, Jakub Jerabek, Joe Morrow, David Schlemko, Mike Reilly, Brandon Davidson et Rinat Valiev ont tous obtenu une audition à gauche. Victor Mete les a tous coiffés.

L’obsession pour un centre de premier plan a un peu compliqué le plan de reconstruction du pan gauche de la défense. Ryan Poehling a constitué le premier choix en 2017, Jesperi Kotkaniemi le premier, troisième au total, en 2018.

J’avais le sentiment, à l’aube du repêchage de 2018, que le défenseur gaucher Quinn Hughes constituait la meilleure option au troisième rang. Il aurait fait un partenaire parfait pour Shea Weber. Hughes, 20 ans, a amassé 24 points en 29 matchs depuis le début de la saison à Vancouver. À ce rythme, il en obtiendra 68. Il a joué 24 minutes ou plus dans deux de ses trois derniers matchs.

Cela dit, Kotkaniemi deviendra un très bon joueur, il est plus jeune que Hughes et le CH ne pouvait pas prévoir l’éclosion de Nick Suzuki, qui provoque une surabondance de bons jeunes centres au sein de l’organisation.

Trevor Timmins, le patron de repêchage, a tout de même fait le plein de défenseurs gauchers en 2018 avec Alexander Romanov en deuxième ronde et Jordan Harris en troisième ronde, de même que Jayden Struble, Mattias Norlinder, Gianni Fairbrother et Jacob Leguerrier en 2019.

Romanov, Harris et Norlinder seront fort probablement du Championnat mondial junior. Après un départ timide, Struble a amassé cinq points à ses six derniers matchs à Northeastern, dans la NCAA. Fairbrother, 19 ans, a connu un bon tournoi des recrues et il a 20 points en 25 matchs à Everett dans la Ligue junior de l’Ouest.

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Alexander Romanov

Mais il n’est pas encore assuré qu’on puisse en voir un seul à Montréal l’an prochain. Soit Romanov décide de rester un an ou deux de plus en Russie, soit les autres ne sont pas encore mûrs.

En attendant, il faut espérer un échange, qui n’est jamais venu ces dernières années, ou un genre de petit miracle, l’émergence d’un Leskinen par exemple, mais de tels scénarios ne se produisent pas si souvent.

La banque d’espoirs du côté gauche de la défense n’a jamais été aussi prometteuse, mais l’attente a été longue et rend la patience des fans beaucoup plus courte.

À LIRE

Carey Price semble enfin s’être replacé, écrit Richard Labbé. Après un passage à vide en novembre, Price a accordé six buts à ses trois derniers matchs. Il a remonté son taux d’arrêts à .902 et devrait abaisser sa moyenne sous les trois buts par match bientôt s’il continue à jouer ainsi. Retrouvera-t-il sa superbe jusqu’à la fin comme la saison dernière ?