Don Cherry était peut-être une légende au Canada anglais, mais dans le vestiaire du Canadien, son influence semblait somme toute limitée.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Il y a bien Max Domi qui idolâtrait le commentateur, congédié lundi par Sportsnet pour avoir affirmé que les membres des minorités ethniques de la région de Toronto ne soutenaient pas suffisamment les vétérans de l’armée canadienne.

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«J’ai toujours aimé Don Cherry et je l’aimerai toujours. Il est la raison pour laquelle plusieurs d’entre nous jouons au hockey. Je regardais Coach’s Corner quand j’étais petit. C’est dommage, ce qui s’est passé, c’est triste. C’est un gros morceau du hockey. C’est tout ce qu’on peut dire de nos jours.»

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Max Domi

Domi s’associe souvent à des causes faisant la promotion de la diversité au hockey, mais n’a pas voulu se prononcer sur les propos de Cherry. Une des raisons que l’on devinera, au fil de l’entretien: il est proche de la famille.

«Je le connais personnellement, c’est un bon gars, son petit-fils était un de mes meilleurs amis quand j’étais petit. J’allais souvent chez lui, chez sa fille, nous sommes devenus proches de leur famille. C’est dommage. Il a 85 ans, il a connu toute une carrière.»

Cela dit, ses coéquipiers Nick Cousins et Victor Mete ont semblé avoir compris la décision de Sportsnet de remercier l’ancien entraîneur.

«Il a toujours eu des opinions très fortes, mais parfois, il dépassait les limites et là, il l’a dépassée. C’est ce qui arrive de nos jours, a mentionné Cousins. C’est dur de voir ça, ce sera différent de regarder Hockey Night in Canada.

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Nick Cousins

«Est-ce que je suis surpris? Peut-être un peu. Mais chaque fois qu’il disait quelque chose de mal, on dirait que c’était vite oublié et qu’il revenait la fin de semaine suivante, a poursuivi Cousins. Quand tu dépasses la limite trop souvent, tu dois en payer les conséquences.»

«C’est décevant, mais c’était la bonne décision. Tu ne veux pas prendre à partie qui que ce soit, a tranché Mete, qui a grandi dans la région de Toronto. Le hockey doit être rassembleur. Ses propos n’étaient pas corrects. C’était la bonne décision.»

Claude Julien a quant à lui répondu ceci lorsqu’interrogé sur la saga Cherry.

«Je suis un gars qui soutient vraiment nos vétérans et les gens qui ont été à la guerre pour nous, a dit l’entraîneur-chef. Cela dit, je soutiens aussi le fait que le hockey est pour tout le monde. On essaie d’inclure des gens dans notre milieu et c’est la meilleure façon de procéder dans le monde d’aujourd’hui.»

Quelle influence?

Outre ses positions parfois controversées, Cherry était évidemment reconnu pour ses habits flamboyants.

«Je ne le regardais pas vraiment, j’étais surtout curieux de voir ses vestons, a reconnu Cousins. Je n’ai jamais été très passionné par les vestons, mais j’étais fasciné par les siens. Je pense qu’il les portait tous une seule fois. J’aimerais voir son armoire!»

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Don Cherry et l'animateur Ron MacLean lors d'une cérémonie à Toronto en 2015.

«Je ne l’écoutais pas vraiment. Je jouais souvent les samedis, donc on ne regardait pas Hockey Night in Canada. Quand je le regardais, c’était simplement pour les vestons», a ajouté Mete.

Comme Mete le souligne, bien des acteurs du monde du hockey n’écoutaient pas nécessairement de façon assidue ses interventions, pour la simple et bonne raison qu’il se joue beaucoup de hockey les samedis en soirée, à tous les niveaux. Julien, par exemple, en avait bien peu à dire sur l’influence de Cherry, puisqu’il roule sa bosse comme joueur et comme entraîneur depuis que Cherry est en ondes.

Cousins a tout de même reconnu que Cherry défendait des arguments pertinents sur certains sujets.

«J’étais d’accord avec lui quand il parlait de l’importance pour les enfants de pratiquer plusieurs sports. Il encourageait les parents à inscrire leurs enfants à plusieurs sports. Quand j’étais petit, j’ai joué au soccer, au hockey-balle, au golf. À ce sujet, j’étais d’accord avec lui, mais sur bien d’autres sujets, je n’étais pas d’accord et il a souvent dépassé les limites.»