(Boston) Le 27 février dernier, un journaliste a demandé au gardien des Blues de St. Louis Jordan Binnington s’il était parfois nerveux de jouer des matchs serrés.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Sa réponse a bâti le personnage. «Est-ce que j’ai l’air nerveux? Tu as ta réponse.» Le tout dit, évidemment, avec la plus grande lassitude possible.

Sa citation, pourtant anodine, s’est retrouvée sur le devant d’un t-shirt. C’était d’une certaine manière la meilleure façon de caractériser celui qui a contribué à changer le destin de l’équipe. Ses nerfs d’acier sont devenus légende.    

Devant la marée humaine de journalistes à la journée médias, il n’a pas déçu. «Ça fait beaucoup de caméras. C’est assez cool.»

Ressent-il enfin la pression, à titre de gardien recrue qui dispute la finale de la Coupe Stanley?

«C’est le même sport, n’est-ce pas? On doit seulement continuer à faire ce qu’on fait et se préparer de la même manière pour donner à son équipe la chance de gagner.»

Même Brad Marchand, peste par excellence, n’a pas cherché à entrer dans la tête du gardien adverse.

«Je ne sais rien sur lui et je ne suis pas intéressé à le déstabiliser. Ceci dit, tu n’affrontes pas que le gardien, tu affrontes la défense aussi. Ils ont de bons défenseurs dédiés devant lui. Ils sont là pour l’aider. Tu affrontes tout ce groupe et on doit trouver des craques. On va commencer à jouer et on verra.»

Changer la saison

Le parcours de Binnington a quelque chose d’ironique.

Il y a deux ans, les Blues n’avaient pas de club-école attitré de la Ligue américaine. En fait, ils en partageaient un avec l’Avalanche du Colorado. Chaque équipe pouvait envoyer un gardien, et les Blues ont opté pour Ville Husso. Le DG des Blues Doug Armstrong a donc envoyé un message à tout le monde: qui cherche un gardien?

Le DG des Bruins Don Sweeney a répondu à l’appel. Il lui a trouvé une place à Providence dans la Ligue américaine. C’est là que Binnington a connu une saison exceptionnelle, puis il est retourné dans le système des Blues la saison suivante.

Jusqu’à son rappel par les Blues. Le reste fait partie de l’histoire. Il a maintenu en saison une fiche de 24-5-1, avec une moyenne de 1,89 et une efficacité de ,927. Avec à la clé une nomination au trophée Calder, remis à la recrue par excellence, malgré ses 25 ans.

Il a complètement renversé le cours des choses pour les Blues, qui étaient pourtant bons derniers de la LNH au 2 janvier. Quelques semaines plus tard, les Blues gagnaient 11 matchs de suite. Binnington était en poste pour 9 de ces victoires. Il n’a accordé plus de deux buts qu’une seule fois durant cette séquence.

«Il s’est rendu là grâce à sa capacité à traverser les épreuves, a dit Armstrong. Ce serait malhonnête de dire que tout ceci faisait partie d’un grand plan, de le rappeler en janvier et d’être en finale aujourd’hui. Il n’a jamais abandonné, et c’est ce que je retiens.

«Si je devais partager son histoire avec de jeunes joueurs, je dirais, la route a été extrêmement pénible pour qu’il se rende là où il est aujourd’hui. Il s’est promené d’organisation en organisation, on a placé d’autres joueurs devant lui. Il a dit, parfait, on va voir. Au final, il s’est retrouvé ici et il a profité de la situation. C’est ce qui m’a impressionné le plus, cette confiance en lui-même.»

Binnington est, en effet, l’un des beaux récits de cette finale. Son duel contre Tuukka Rask sera d’autant plus intéressant que les deux gardiens ont beaucoup à prouver. Le premier cherchera à offrir à sa saison improbable la plus belle conclusion possible. Rask, lui, a besoin de cette victoire importante pour taire une fois pour toutes les critiques qui se demandaient, au début des séries, si Jaroslav Halak ne méritait pas le filet.

«Les dernières années, j’avais mon dos contre le mur, a dit Binnington. Je devais m’en sortir. J’avais la foi, j’étais affamé de montrer que je pouvais exploiter tout mon talent. J’ai été chanceux d’arriver dans une équipe comme celle-ci. C’est une saison assez particulière.»

Imaginez si elle se termine avec une Coupe Stanley. Puis un trophée Calder.

Notes pour le match de ce soir

- Brad Marchand a raté l’entraînement d’hier pour une blessure (présumée) à la main. Il sera à son poste ce soir.

- Zdeno Chara sera de retour dans la formation des Bruins (il a raté le dernier match contre les Hurricanes). Il prendra la place de John Moore.

- Chez les Blues, le défenseur Vince Dunn ne sera pas en uniforme ce soir. Il a été blessé lorsqu’il a reçu une rondelle au visage lors du troisième match contre les Sharks de San Jose.