La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Aujourd’hui : Paul*, 43 ans

Publié le 1er mai
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Non, tous les hommes célibataires n’ont pas des passés non réglés, des bibittes à gérer et un urgent besoin de consulter. Paul, début quarantaine, en est la preuve incarnée. Entretien avec un gars « steak, blé d’Inde, patates » autoproclamé.

Il nous a écrit il y a quelques semaines, en réaction au témoignage d’une certaine Catherine, au début de janvier. Les gars, « allez consulter ! », disait-elle en gros. Un coup de gueule bien senti qui en a piqué plusieurs.

Lisez le texte « Les gars : “Allez consulter !” »

« Il me semble que je ne suis pas comme ça », sourit doucement notre homme à la caméra, dans un entretien virtuel récent. Pour cause : avec sa tête rasée, sa petite barbe et ses lunettes carrées, Paul, père célibataire (de cinq enfants !), est plutôt du type « steak, blé d’Inde, patates, résume-t-il, assez simple, pas compliqué ». Son humour décalé déteindra sur tout notre entretien.

C’est ainsi que sa première relation (une première fois « correcte » avec une première blonde, vers 15 ou 16 ans) se termine brutalement au bout de trois ans. Il déclare, pince-sans-rire et à moitié résigné :

Et toutes mes relations ont fini de la même façon, j’ai été victime d’infidélité.

Paul

Plus sérieusement, il ajoute : « C’est quelqu’un que j’aimais, j’étais vraiment en amour, ç’a été un grand choc émotif, et ça m’a pris un an à m’en remettre. » Quand même.

Au début de la vingtaine, Paul se retrouve dans le monde des bars (« Dans des clubs, des discothèques, est-ce qu’on dit encore discothèques ? »). « Un job étudiant que j’ai gardé beaucoup trop longtemps... » Et là, disons qu’il se remet, justement. Pas à peu près. À coup de « conquêtes », comme il dit : « Pas mal de conquêtes... »

Et puis ? « Honnêtement ? C’était trippant ! » Paul rencontre ici toutes sortes de femmes, avec des personnalités et des appétits différents. Et il se découvre lui-même en même temps : « Ça, j’aime, ça, j’aime moins. Plus rough ? C’est moins moi. » D’où l’image du fameux « steak, blé d’Inde », comprend-on. « Je suis un gars simple ! »

Une aventure d’un soir qui dure sept ans

C’est à cette époque qu’il fait aussi une rencontre tout à fait fortuite, mais qui va changer sa vie. Ça ne s’invente pas : une femme « destinée à être une aventure d’un soir » (très bonne aventure d’ailleurs, « LA personne avec qui j’ai le plus connecté ») le relance quelques mois après ladite soirée. Tenez-vous bien : elle est enceinte. Et veut garder le bébé. Oui, ils s’étaient protégés, mais ce sont des choses qui arrivent. Toujours est-il que Paul n’hésite pas trop longtemps. « Moi, j’ai grandi avec un père absent, et je ne voulais pas ça. » Alors il ose : « Go ! »

Pendant des mois, les deux se fréquentent, et la magie opère. « J’ai fini par tomber amoureux ! » Ils auront trois enfants ensemble, pendant sept belles années. « On cultivait le rythme sexuel. Juste un regard et je savais ce qu’elle voulait. Comment elle le voulait. Je ne pense pas que je vais être capable de revivre ça un jour. »

Sauf que madame est très jalouse, et ça en devient « lourd ». « L’absurdité, c’est que c’est elle qui m’a trompé », laisse-t-il tomber. Et ça, Paul ne peut pas le digérer.

L’histoire finit là. Paul est blessé. Ça paraît : « Ça m’a vraiment fait de quoi... » Pour s’« évader », il repart donc sur le party. « Je suis toujours dans le milieu des bars, et je passe conquête après conquête... » Il n’en est pas fier. Mais il enchaîne les aventures d’un soir. Vit tous les trips possibles. À deux, à trois, à répétition. Il tente une justification :

J’avais des cheveux ! Plus de sex appeal, une certaine facilité à séduire. Mais j’étais un bon vieux crosseur. Et je ghostais avant que ce soit à la mode…

Paul

Trois ans et une bonne cinquantaine d’aventures sans lendemain plus tard, Paul rencontre ensuite la mère de ses deux petits derniers. Au travail toujours. « Tellement cliché : à un party de Noël ! Ç’a été un coup de foudre, mais je n’y croyais pas ! » Il faut dire qu’elle a 10 ans de moins que lui. « Et moi, j’arrive avec mes enfants, mon bagage, mes problèmes ! », poursuit-il, mi-séduit, mi-ébahi. Et ça clique. Ils resteront même ensemble 10 ans.

Au lit ? « Pas hot au début. Je pense qu’elle était gênée, et quand elle s’est dégênée, ça a beaucoup changé... » Pas pour le mieux : madame a voulu explorer, essayer l’échangisme. Paul ? Moins. « Moi, tout ce que j’avais voulu explorer, c’était fait. Je n’avais pas le goût d’échanger. »

Il essaie néanmoins (« Il faut que j’y mette du mien », se dit-il), en vain. « Je n’étais pas à l’aise... »

De fil en aiguille, vous l’aurez sans doute deviné, elle a fini par le tromper. Un nouveau coup dur. « Je venais d’avoir 40 ans, ç’a été très, très difficile. Je me suis remis beaucoup en question. Ayoye. Sur papier, je suis rendu le gars qui perd ses cheveux, avec cinq enfants ! Au moins, j’ai encore mon sens de l’humour ! », dit-il en riant de bon cœur.

Pour faire court, disons qu’est ensuite arrivée la « fuckin pandémie ». « OMG, mais qu’est-ce que je vais faire si je ne peux plus sortir ? se demande ici Paul. C’est là que j’ai essayé les applis. » Et oui, c’est un échec monumental. Autant Paul a visiblement le tour en personne, autant en ligne, c’est une tout autre histoire. « Je ne l’avais pas ! Gérer trois ou quatre conversations en même temps ? Je ne l’ai pas ! pouffe-t-il. Je me sentais comme si j’étais sur Amazon ! Tout ce qu’il manquait, c’étaient les reviews... »

Malgré deux ou trois « rebounds », Paul a lâché les réseaux. « J’ai complètement abandonné ! », dit-il en riant, conscient de ses faiblesses. Conscient de ses forces, aussi. D’ailleurs, il n’a pas perdu espoir. Il croit toujours à sa relation « simple » et « steak, blé d’Inde, patates » : « Parce que je peux (re)sortir, maintenant... »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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