La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Aujourd’hui : Peter*, mi-quarantaine

Publié le 6 mars
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Peter est un grand « romantique ». Il a connu des femmes « fantastiques », fait des rencontres « exceptionnelles ». Wonderful ! Mais après plusieurs déceptions, il se questionne : est-ce que le modèle du couple traditionnel est le bon ? Peut-être bien que non. Réflexions.

Il nous a écrit en réaction au témoignage d’une certaine Catherine*, en début d’année, dont le coup de gueule contre les hommes célibataires en a fait réagir plusieurs. « Allez consulter », disait-elle en gros.

Lisez le témoignage de Catherine

Mi-quarantaine, au profil ténébreux, Peter, anglophone au français quasi impeccable, l’a trouvée « très drôle ». « Je voyais ses préjugés, ses grandes généralisations, rit-il (jaune) à la caméra. Elle semble avoir une check-list pour faire le tri ! C’est très comique... Ça me fait penser à beaucoup de femmes croisées sur Tinder, pressées de trouver le bon match. Et qui te passent en entrevue ! »

« Voyons donc, sourit-il, I don’t need this. C’est ça le dating en ligne... »

Pour le romantisme, on repassera.

Et notre homme, lui, est un grand « romantique ». Prenez sa première fois : « Sur le tard, dit-il, à 18 ans. Avec une femme que j’aimais. »

J’avais cette idée romantique : je voulais attendre le mariage ! Et puis je n’ai pas résisté...

Peter

L’aventure dure un an. Suit une autre amourette, laquelle s’étire cette fois sur quatre ans. « C’étaient des relations de la vingtaine. On est jeunes, qu’est-ce qu’on connaît ? On commence à peine à découvrir qui on est... » Sexuellement ? « Agréable... »

Généreux de ses réflexions, Peter se montre plutôt avare (pudique ?) de détails plus concrets, et ce, durant tout l’entretien. Mais il prend visiblement plaisir à discuter.

Ainsi, au tournant de la trentaine, il fait la rencontre de sa femme, qui est la mère de ses enfants. Leur histoire dure ici 10 ans. « Un coup de foudre, résume-t-il. Fantastique. Puis, comment dire, mettons que le quotidien, ni l’un ni l’autre, on était équipés pour dealer avec les enjeux. »

Soucieux de ne rien dire de mal de son ex, il enchaîne : « Mais c’était une femme exceptionnelle, très belle, et je suis toujours en amour avec elle. Oui, oui, j’ai de la misère à croire qu’on puisse ne plus aimer quelqu’un. [...] C’est quand même fini, mais ça n’empêche pas l’estime que j’ai pour elle. »

Au lit ? « Fantastique. Sincèrement. On avait une excellente complicité. Ça s’est corsé quand on a fait ménage commun, les conflits de pouvoir ont embarqué... » Mais en gros : « She’s a wonderful woman ! »

Mais encore ? « Question de feeling, répond-il. On était complices, c’était chaud, amoureux, vrai. On était capables d’être vulnérables avec l’autre. Sans réserve. On découvrait. On a été capables d’explorer ensemble à notre rythme. »

Exemple (s’essaie-t-on) ? « Ce n’est pas quelque chose que je veux discuter ici, répond-il gentiment. Mais on était capables de parler de ce qui nous excitait. »

J’encourage ce genre de partage, dire ce qui nous excite. On n’a qu’une vie à vivre. Et ce qui est le fun dans la sexualité, c’est la connexion. […] C’est mental, émotif, sensoriel.

Peter

Il précise : « Mon but n’est pas nécessairement de passer à l’acte, mais de partager, s’ouvrir l’un à l’autre, découvrir quelque chose de nouveau de notre partenaire. Je n’ai jamais été pressé de live the fantasy... »

N’empêche que malgré toutes ces belles paroles, leur couple a fini par battre de l’aile. Solide. Notamment après les enfants. « On a eu des années de vaches maigres, concède-t-il. On faisait tellement peu l’amour, ça me rendait fou. Une fois tous les deux ou trois mois, affreux. J’avais l’impression de perdre ma jeunesse, j’étais très frustré. Mais je l’aimais... »

Alors évidemment, ils se sont éloignés. « C’est la tragédie de cette relation. » Il a levé des drapeaux rouges, mais madame ne les a pas saisis. Et Peter a fini par aller voir ailleurs. « J’aimais ma femme, mais je me sentais rejeté... »

On comprend que cette dernière a fini par l’apprendre, ils se sont retrouvés, ont connu un certain regain (« une belle renaissance »), mais le mal était fait. « Too little, too late. » Et ainsi s’est terminée la relation.

Et puis ? « Je me suis retrouvé en garde partagée, à gérer la Maison-Blanche », sourit-il (clin d’œil à la fameuse Catherine, qui reprochait aux hommes leur manque de disponibilité pendant leur semaine de garde).

En voyage, il rencontre une nouvelle femme. « Et j’ai fait l’erreur classique de me retrouver dans un couple tout de suite après. Ce n’était pas la meilleure idée, mais des rencontres exceptionnelles, ça n’arrive pas tous les jours... »

L’affaire ne dure pas et Peter décide de se mettre sur « pause ». « J’étais tanné, et magané. [...] Vraiment déprimé à cause de tous ces deuils. Et je n’ai pas peur de le dire. J’ai vu mon médecin et je lui ai dit : “J’ai besoin d’aide.” » (Nouveau clin d’œil : oui, les hommes qui consultent, ça existe, Catherine.)

J’ai trouvé des ressources, ça m’a aidé à faire mon chemin. Guérir mes bobos. […] Je voulais vraiment faire un reset avant de me relancer dans le monde du dating.

Peter

C’était juste avant la pandémie. Peter se sent enfin remis. « Rebâti », comme il dit. En voyage, il s’amuse. Fait de nouvelles belles rencontres. « Et j’ai retrouvé mes ailes », dit-il en souriant.

De retour en ville, il s’inscrit sur différents sites, et finit par fréquenter trois femmes. « Essentiellement, j’avais trois copines, dit-il en riant. Des femmes exceptionnelles qui sont toujours dans ma vie. »

Oui, elles étaient toutes au courant. « C’est arrivé tout seul. Ma devise : on ne se connaît pas, on va prendre le temps de se connaître. Dans ce monde-là [du dating], tu ne peux pas demander l’exclusivité. [...] Ç’a été dans les deux sens. Tout le monde était libre. »

S’il y a visiblement trouvé son compte un temps (« c’était honnête, pas compliqué »), rapidement, l’aventure est devenue lourde à gérer. La première « copine » s’est aussi « retirée » du projet, la seconde s’est essayée ailleurs (« dans quelque chose de plus traditionnel »). Et la troisième ? « Elle était mariée, répond Peter, et je lui ai demandé de faire un choix. [...] Je voulais essayer ! » Et oui, elle l’a choisi. Lui.

Fin de l’histoire ? En fait, et pour toutes sortes de raisons (personnelles et professionnelles), l’aventure a été « difficile ». « En principe, c’est fini. » Suffisamment compliquée pour que Peter se remette ici complètement en question. Pour de bon ?

« Je ne suis pas contre l’idée d’être en relation, mais je ne sais pas si c’est fait pour moi, constate-t-il, plusieurs échecs plus tard. Ça fait plusieurs fois que j’essaie le couple traditionnel, et ça ne marche pas. [...] Je suis un éternel romantique, mais ma réalité ne concorde pas. [...] Peut-être que je vais être un éternel célibataire ? » Qui sait ? En attendant, dit-il : « Là, j’ai envie de prendre soin de moi, de mes enfants, et de gérer ma Maison-Blanche... »

* Prénoms fictifs, pour protéger leur anonymat

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