« Maman, c’est quand l’apocalypse ? », a demandé la fille aînée de Noémie Larouche, quand elle avait 8 ans. « Je me suis dit : “Mon Dieu, ça veut dire que déjà, à cet âge-là, cette vision findumondiste commence à essaimer dans leur esprit” », se rappelle la journaliste scientifique. Noémie Larouche publie le 14 avril Écoanxiété – L’envers d’un déni aux éditions Multimondes, pour définir quels sont les vrais problèmes et trouver des pistes de solution. Entrevue en cinq points.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Écoanxiété

Elsa Kazi, Montréalaise de 18 ans, a l’impression de mourir quand elle voit des images d’inondations et de cyclones, décrit Noémie Larouche dans Écoanxiété. Un poids comprime la poitrine de la jeune femme, qui a du mal à respirer. D’ascendance bangladaise, Elsa Kazi ne visite pas le pays de son grand-père, car faire le voyage en avion ajouterait quatre tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

L’écoanxiété est un trouble reconnu par l’Association américaine de psychologie depuis 2017. « Ce qui m’intriguait, c’était que je n’arrivais pas à saisir ce que c’était réellement, dit en entrevue Noémie Larouche, rédactrice en chef du magazine pour adolescents Curium. Comment est-ce qu’on fait pour composer avec une menace réelle, sur laquelle on n’a aucune prise comme individu ? »

Problème de déni

Au fil des entrevues, Noémie Larouche a parlé avec des psychiatres et des psychologues qui lui ont fait comprendre que les écoanxieux sont surtout… lucides. « Le réel problème psychologique est beaucoup plus de l’autre côté du spectre, dans le déni, explique-t-elle. Parce que le déni nous empêche d’agir. » L’anxiété, réaction normale du corps, permet au contraire d’appréhender les dangers.

« Est-ce que l’écoanxiété doit se guérir avec des anxiolytiques, compte tenu du fait que sa cause est réelle ? s’interroge Noémie Larouche. Sans doute qu’une partie de la solution passe par l’action. Par le changement social, pas juste individuel. »

Peur du nucléaire

Est-ce que l’écoanxiété des jeunes, mal de notre époque, ne fait pas simplement écho à la peur du nucléaire vécue par leurs parents ? Pas complètement. « Une bombe nucléaire qui explose avec du feu, ça interpelle nos craintes primitives, fait observer Noémie Larouche. Alors que la crise climatique est une menace systémique, plus difficile à assimiler pour notre cerveau. Ce n’est pas un lion avec des crocs qui fait que je dois me sauver. »

Autre différence notable : il faudrait un politicien dangereux pour lancer une nouvelle bombe atomique. Alors qu’avec les changements climatiques, « dans la situation où l’on se trouve, l’inaction suffit pour que la catastrophe survienne », indique la journaliste scientifique. Voilà qui effraie, voire paralyse, surtout quand on sent qu’on ne peut pas changer les choses seul.

Écopsychologie

Noémie Larouche a découvert l’écopsychologie, qui « cherche à guérir l’aliénation la plus fondamentale entre l’individu et son environnement naturel », selon le sociologue et historien Theodore Roszak, cité dans Écoanxiété. « La nature ne fait généralement pas partie de notre compréhension de la psychologie humaine, fait valoir la journaliste. Sauf qu’on est dans la nature. Notre environnement fait partie des composantes qui peuvent influencer notre santé mentale. »

Pour aller mieux, il est urgent de se reconnecter à la nature. D’après le psychologue Thomas Doherty, il faut aussi appliquer le concept de développement durable à soi-même, avant de s’attaquer aux grands enjeux. « Il demande : “Est-ce que vous prenez soin de vous ? illustre Noémie Larouche. Est-ce que vous entretenez de bonnes relations ?” On le sait tous, quand notre rythme de vie n’est pas durable. Dans l’univers dans lequel on vit, tout est connecté. »

Apprendre des autochtones

Apprendre des autochtones, qui ont une vision holistique, est aussi une solution. « Pour les communautés autochtones, l’humain fait partie intégrante de la nature, résume Noémie Larouche. Ce n’est pas un observateur extérieur. À partir du moment où on ne se place pas sur un piédestal, notre rapport à la nature change. Nos priorités changent. Si on fait tous ça, l’écoanxiété des jeunes va diminuer. »

Noémie Larouche a demandé à la psychiatre Lise Van Susteren, spécialisée dans les effets des changements climatiques, ce qui est le plus important à retenir. « Elle m’a dit : “Faites-les sentir coupables, les gens qui sont responsables, les décideurs.” Il y a effectivement un message très peu noble qu’on envoie aux jeunes : “On ne se préoccupe pas suffisamment de vous pour prendre les moyens de vous assurer un avenir viable.” Je pense que les politiciens et les décideurs restent des humains, des parents, des grands-parents. J’ose espérer qu’ils ont une sensibilité à ces réalités. »

IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

Écoanxiété – L’envers d’un déni, de Noémie Larouche, éditions MultiMondes

Écoanxiété – L’envers d’un déni
Noémie Larouche
Éditions MultiMondes
160 pages
Offert le 14 avril