L’engagement citoyen prend de l’ampleur partout dans le monde. Un geste à la fois, hommes et femmes veulent contribuer à faire un monde meilleur pour les prochaines générations. Portraits de gens engagés.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Un père au front

Jean-François Brassard
Mères au front

Pour la toute première fois de sa vie, à la mi-septembre, Jean-François Brassard a manifesté. Il a marché. Tenu une pancarte. Et fait entendre sa voix. Haut et fort. Pourquoi ? Contre un projet d’usine et de gazoduc (Énergie Saguenay), mais surtout pour la planète. Notre planète. Et à l’écouter parler, son militantisme ne fait que commencer.

« Je ne veux plus fermer les yeux. Je dois me faire entendre », déclare ce mécanicien industriel de Chicoutimi, un homme au regard doux derrière ses petites lunettes, qui n’a pas franchement le physique d’un révolutionnaire. Et pourtant.

PHOTO JEANNOT LEVESQUE, LE QUOTIDIEN

Jean-François Brassard et sa conjointe, Geneviève Poirier

« Je vais faire un ulcère d’estomac si je ne crie pas ma rage », poursuit-il, ulcéré (justement) par le manque de « poigne » des gouvernements, notre mollesse collective face à une « urgence climatique » connue et démontrée, scientifiquement parlant. « Ça m’est insupportable, répète-t-il, doucement et fermement. Ce projet est absurde. […] Il n’a pas de sens pour notre planète. »

Quel projet ? Un projet, promu par la société GNL Québec, de construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel à La Baie, associée à la construction d’un pipeline de 780 kilomètres, reliant le nord de l’Ontario au port de Grande-Anse. « C’est un gros projet, dénonce Jean-François Brassard, avec un gazoduc qui traverserait le Québec, une usine à Saguenay, ça implique le passage de nombreux méthaniers dans le fjord, mais on a un écosystème à protéger. Ce projet est absurde ! »

Controversé, le projet d’usine a fait l’objet d’audiences publiques devant le BAPE à l’automne. Le rapport final vient d’ailleurs tout juste d’être déposé. Il reviendra maintenant au gouvernement de trancher. Le gazoduc fera l’objet d’un examen distinct.

Comme le hasard fait parfois bien les choses, sa conjointe, Geneviève Poirier, a justement été contactée par des membres de Mères au front, un nouveau regroupement pancanadien de mères en colère, lancé par l’autrice et réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette et la sociologue et militante Laure Waridel. Qu’à cela ne tienne, Jean-François Brassard a donc marché avec ces « mères », contre le projet en question. Parce que lui aussi, il est en colère. Et lui aussi, il veut monter au front.

Avec Mères au front, je peux transformer ma rage en force constructive.

Jean-François Brassard

Le nom du collectif ne lui fait pas un pli. Il faut dire que sa mission le rejoint (« la survie de l’espèce »), et quoi de mieux que l’image d’une mère lionne pour l’incarner ? « J’ai l’image d’une mère de toutes les espèces. Il n’y a pas d’équivalent en termes de rage et d’action qu’une mère voulant protéger la vie de sa descendance », croit-il.

« Est-ce que j’ai signé quelque chose pour être membre ? Il faut s’inscrire ? Tu es inscrit, toi ? », demande-t-il candidement à sa conjointe. Inscrite, elle l’est, pas à peu près, faisant depuis peu partie du « noyau » du groupe de sa région. « Si je peux m’inscrire, je vais y adhérer tout de suite, lance-t-il. Pour moi, ce symbole de la mère est très fort. »

Un homme dévoué

La marche avec Mères au front a d’ailleurs galvanisé ce père de famille, né « grano » avant l’heure, qui reprenait son grand-père quand il lançait un papier par terre, et qui a même organisé une grande collecte de déchets quand il était au primaire. Depuis cinq ans, la famille a même un jardin potager (« on n’est pas 100 % autosuffisants, mais pour des banlieusards, on s’en tire vachement bien ! »), a renoncé aux voyages en avion et a acheté un véhicule électrique.

J’ai senti une barrière tomber. C’est la première fois qu’activement et publiquement, je revendiquais quelque chose.

Jean-François Brassard

Idem pour sa conjointe, très engagée et active à la maison « dans le monde restreint de la famille », qui a pris son courage à deux mains, a osé sortir de sa « zone de confort », comme elle dit, pour être aussi et enfin entendue. « C’est la première fois de ma vie que je fais une action concrète comme ça, dit-elle. Mais on ne peut plus rester indifférents, au contraire. J’ai souvent des discussions vives, à en avoir la chair de poule. […] Quand on parle santé, environnement, on dirait que je n’ai plus envie de me taire. […] Et je sens un bouillonnement, une fébrilité qui m’habite depuis cette marche. Ça ne m’a pas habité souvent dans ma vie. »

Jean-François Brassard le sait. Il détonne dans son milieu de travail. Ils ne sont pas légion, les mécaniciens qui rêvent de devenir producteurs maraîchers en zone urbaine, d’enseigner leur pratique, bref, de changer le monde. « Je suis bizarre. Marginal depuis toujours. Mais j’assume très bien mes positions. Que je dérange, c’est le moindre de mes soucis. Dérangeons ! »

Choisir de désobéir

Isabelle Masse
Extinction Rebellion Québec (XR)

Une fois que tu sais (Once you know) est le titre d’un documentaire sur l’urgence climatique qui doit prendre l’affiche l’an prochain en France. Quand Isabelle Masse a vu sa bande-annonce, elle a compris. Elle savait. Et une fois que tu sais, il est impossible d’ignorer.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Isabelle Masse a participé à la manifestation pour le climat qui s’est tenue le 26 septembre dernier, au centre-ville de Montréal.

« À un moment donné, quand tu ouvres la porte, tu ne peux plus la refermer, dit Isabelle Masse. J’ai eu un cancer il y a 15 ans, est-ce que le fait d’avoir eu la mort dans mes pensées a fait que c’est plus réel [les changements climatiques] ? Je ne sais pas. »

Isabelle Masse n’est pas écoanxieuse. L’anxiété peut être paralysante et elle n’est pas du tout paralysée. Depuis longtemps sensible à la cause environnementale, elle a cependant pris la mesure de l’urgence d’agir il y a quelques années. « On parle des changements climatiques depuis les années 1970, mais depuis quelques années, c’est de plus en plus clair qu’il y a une urgence, affirme la Sherbrookoise d’adoption, mère d’une adolescente. Il y a eu la déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique, le Pacte pour la transition, et à ce moment-là, l’urgence m’a prise à la gorge. »

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Isabelle Masse est vraiment décidée à contribuer à faire changer les choses.

Elle a milité à tous les paliers : pour le NPD, Québec solidaire, Sherbrooke Citoyen. Puis, son sentiment d’impuissance l’a amenée à frapper aux portes d’Extinction Rebellion Québec (XR). « Je ne suis pas assez [éloquente] pour me lancer en politique. J’ai 49 ans. Il est un peu tard pour faire mon droit et me rendre à la Cour suprême. Mais je suis une fille courageuse et peut-être un peu insouciante ! », lance-t-elle en riant.

Extinction Rebellion est un mouvement écologiste né dans les rues de Londres en 2018 et qui, selon son site internet, « utilise la désobéissance civile non violente pour forcer les institutions à agir face à l’urgence climatique et ainsi minimiser les risques d’effondrement social ». Ce sont ses militants qui avaient escaladé le pont Jacques-Cartier l’automne dernier. Et eux aussi qui ont trafiqué un panneau publicitaire, dans le Mile End, pour en changer le message, il y a quelques semaines. Et eux encore qui, le 13 juillet 2019, ont bloqué la rue Sherbrooke pendant près de cinq heures, devant le bureau du premier ministre, François Legault.

Isabelle Masse y était. C’était sa première action de désobéissance civile.

Il n’y a rien d’autre à faire pour moi. Tous les grands mouvements, que ce soit le mouvement pour la libération des Noirs, les femmes, la décolonisation en Inde, tout est passé par la désobéissance civile. Étant donné les actions [et l’inaction] du gouvernement, je ne vois pas d’autre avenue.

Isabelle Masse

Une action non violente

Le 13 juillet donc, elle s’est assise dans la rue avec d’autres militants, bloquant ainsi la circulation. « C’était flower power, raconte-t-elle. Tout le monde était déguisé en fleur. On a prêté des craies aux gens pour qu’ils écrivent des messages sur l’asphalte. Il y avait des poèmes, des chansons. C’était très doux. »

> (Re)lisez notre texte sur l’évènement

Cette journée du 13 juillet l’a néanmoins profondément marquée. Plus d’un an après, elle en parle encore avec émotion, parce que cette journée-là, 24 autres militants d’XR et elle ont été arrêtés par les policiers. Même si on l’y avait préparée lors de la formation sur la désobéissance civile qu’elle avait suivie quelques mois auparavant, elle ne l’était pas vraiment. « Je ne m’attendais pas à réagir comme ça, mais j’ai vraiment pleuré. Parce qu’on s’est fait arrêter et que… we care [nous nous soucions de ce qui se passe]. C’était violent de se faire arracher de la rue. »

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Des militants se sont réunis pour bloquer la circulation, rue Sherbrooke, pendant près de cinq heures, devant le bureau du premier ministre, François Legault, le 13 juillet 2019.

Mais la violence n’était pas dans l’intervention policière, précise-t-elle. Elle était ailleurs. « Ce qui était violent pour moi, c’était d’être obligée de faire de la désobéissance civile, contre mon pays, contre mon gouvernement. Je trouve ça très troublant et douloureux. Quand tu es rendu à faire de la désobéissance civile, c’est que le contrat social ne tient plus. Le contrat social, c’est : tu vas me protéger, je vais obéir, je vais fonctionner dans la société selon les règles. La désobéissance civile s’installe quand on ne se sent plus protégé. C’est là qu’on est rendus. C’est ça que je trouve violent. Je ne me sens plus en sécurité. »

Isabelle Masse a été accusée d’entrave. Si elle est reconnue coupable, elle sait que cela pourrait lui causer préjudice sur le plan professionnel. Préposée aux étudiants handicapés, elle travaille actuellement auprès d’adultes, mais elle a auparavant évolué au primaire et au secondaire.

« La cause de l’urgence climatique est plus forte que mon emploi, affirme-t-elle. Si je ne peux plus travailler dans une école, je vais aller travailler dans un restaurant. Ça passe avant mon confort. Je m’habille dans les friperies. Je ne prends plus l’avion, même si j’ai de la famille à l’étranger. » Et cela, parce qu’elle sait.

> Consultez le site sur le film Une fois que tu sais

Agir pour l’avenir de nos enfants

Dre Kelly Martin
Mères au front

La maison brûle, les enfants sont à l’intérieur et nous sommes coupables de rester les bras croisés, dénonce la médecin-épidémiologiste Kelly Martin. Alors qu’une première loi sur la responsabilité climatique est à l’étude au Canada, elle veut amener les citoyens à forcer les partis politiques à lui donner plus de mordant.

« Nous sommes responsables pour tous les enfants, insiste la médecin montréalaise, qui est aussi mère d’adolescents. Comme adulte, mère, père ou grand-parent, par notre inaction, nous sommes responsables des problèmes qui vont survenir. Ça ne devrait pas être à nos enfants de descendre dans la rue pour réclamer du changement, ça devrait être à nous de nous assurer que le changement se passe. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La Dre Kelly Martin

La Dre Kelly Martin s’intéresse depuis longtemps à la cause environnementale. Dans les années 1990, elle a participé à une revue des preuves des effets des pesticides sur la santé des enfants, publiée par le Collège des médecins de famille du Canada. Elle a aussi siégé à titre de conseillère médicale à l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA), chargée de la réglementation des pesticides au Canada.

Aujourd’hui, ce sont les changements climatiques qui inquiètent la population, et l’heure n’est plus aux prédictions. « Nous voyons les morts, nous observons les effets. Une étude publiée récemment dans Environmental Research1 fait état de 10 millions de morts par année dans le monde [en 2012] en lien avec les particules des combustibles fossiles. Qu’est-ce que ça signifie pour nous ? »

Cela signifie qu’en Amérique du Nord, il y a près de 900 enfants de 0 à 4 ans qui meurent du fait que nous conduisons nos voitures, prenons l’avion et que les industries brûlent des combustibles fossiles.

La Dre Kelly Martin

Dans le cadre de son travail d’urgentologue dans un hôpital pédiatrique, la Dre Martin dit constater les effets de la pollution atmosphérique sur les petits. Les enfants qui souffrent d’asthme sont nombreux. Il est fréquent, dit-elle, que l’asthme soit diagnostiqué dès l’âge de 6 mois. « Certains sont hospitalisés, certains sont intubés. Nous voyons des bébés lutter pour leur vie. Ils ne peuvent pas lutter pour leur futur. C’est à nous, parents, grands-parents et citoyens de le faire. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La Dre Kelly Martin

Elle reprend la désormais célèbre citation de la jeune militante écologiste Greta Thunberg : « Notre maison est en feu [Our house is on fire] ». « Pendant que ça brûle, nous sommes assis sur la plage, prenons l’avion, vivons nos vies alors que nos enfants sont à l’intérieur de la maison qui brûle. Alors, peu importe qui vous êtes, vous avez la responsabilité de protéger les enfants sur cette Terre. Les vôtres et les autres. »

Un projet de loi contesté

Le projet de Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité (C-12), qui a été déposé en novembre dernier par le gouvernement libéral à Ottawa, est une occasion d’agir, selon elle. Ce projet de loi vise à forcer le gouvernement fédéral à fixer des cibles nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) pour 2030, 2035, 2040 et 2045 afin d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

Or, Kelly Martin qualifie cette loi de « coquille vide » et milite avec Mères au front et Pour nos enfants/For our Kids Montréal, deux groupes au sein desquels elle est impliquée, pour que cette loi soit plus contraignante.

« La première cible est pour 2030, déplore la Dre Martin. Au Canada, nous n’avons jamais atteint les cibles fixées en 30 ans. Une cible en 2030, cela nous donne 10 ans de plus pour remettre à plus tard. Si vous voulez perdre du poids ou arrêter de boire, vous ne direz pas : dans 10 ans, je le ferai. Donnez-nous une cible pour 2025. »

Elle réclame aussi que l’organisme consultatif qui sera créé soit composé principalement de scientifiques et que la loi soit juridiquement contraignante, comme l’est celle qu’a adoptée le Royaume-Uni en 2008.

« C’est l’occasion de faire une énorme différence », affirme-t-elle. Comment ? En écrivant à son député ou en lui téléphonant, comme elle l’a fait.

« Chaque parent a une obligation. Un ami m’a dit : “Tu es encline à faire ce genre de choses”. Je ne suis pas encline à travailler cinq heures par jour sur ce sujet après un quart de nuit. Je me sens responsable, et tu devrais être responsable aussi, car c’est l’avenir de nos enfants. »

1 L’étude « Global mortality from outdoor fine particle pollution generated by fossil fuel combustion : Results from GEOS-Chem » a été publiée dans Environmental Research

> Consultez l’étude (en anglais)

Jeune militante engagée

Marianne Cossette Labrosse
Plusieurs organisations environnementales*

« Au secondaire, on n’a jamais beaucoup parlé d’environnement, se souvient Marianne Cossette Labrosse, 20 ans. Ce n’était pas un enjeu très présent. »

À 15 ans, l’adolescente de Crabtree, dans Lanaudière, a tout de même décidé de devenir végétarienne. « Je pense que je n’avais jamais mangé de tofu avant, dit-elle en riant. Ç’a a été vraiment un gros changement. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Marianne Cossette Labrosse, 20 ans, n’est pas issue d’une famille de militants. « La plus proche du militantisme, c’est ma grand-mère, dit-elle. C’est un concept de leur génération, être plus proche de la terre, faire les choses soi-même, avoir une conscience par rapport au gaspillage. C’est une de mes influences. »

Ce petit virage vert a pris de l’ampleur deux ans plus tard, quand Marianne est entrée au cégep régional de Lanaudière, à Joliette. « Avec des amis, on a lancé un comité environnement, indique-t-elle. On a fait beaucoup de sensibilisation, on a organisé des manifestations et il y a eu beaucoup d’améliorations au cégep, comme du compost. L’engagement a pris une grosse place dans ma vie. » C’est toujours le cas.

L’été dernier, tandis que d’autres jeunes festoyaient en Gaspésie, Marianne a campé pendant six jours au cœur de Joliette avec d’autres militants. Leur objectif ? Rappeler l’urgence de la crise climatique, sous le nom — d’une clarté indéniable — « Wake up câlice ».

Pour regarder ses enfants dans les yeux

Ce qui la motive ?

Je veux avoir des enfants. Si je ne m’implique pas activement dans la cause environnementale, je ne serai pas capable de les regarder dans les yeux. Je trouverais ça absolument négligent de ma part de ne rien faire et de leur léguer un environnement qui n’a pas de sens.

Marianne Cossette Labrosse

« Aussi, le mouvement environnemental me ressemble, il est très inclusif, très dans le care, ouvert d’esprit. On écoute les opinions de différents groupes. C’est basé sur la justice sociale, un autre dossier qui me touche. »

Aujourd’hui étudiante en enseignement des arts visuels à l’UQAM, Marianne milite toujours au Comité environnement étudiant de Joliette, au sein de la Coalition étudiante pour un virage environnement et social (CEVES) et de Mobilisation Matawinie, qui vise la protection des forêts.

PHOTO FOURNIE PAR JENNIFER RAPHAËLLE

« Les mouvements populaires dans Lanaudière regroupent toutes les générations et les nations, c’est une mobilisation où tout le monde peut trouver sa place et participer à la révolution verte », souligne Jennifer Raphaëlle, co-porte-parole de Mobilisation Matawinie, photographiée lors du campement « Wake up câlice » de Joliette.

« Ce qui est trippant, constate Jennifer Raphaëlle, co-porte-parole de Mobilisation Matawinie, c’est qu’on rejoint une autre génération. Une génération qui s’inquiète pour son avenir, qui est prête à agir et à se mobiliser. » Dans le groupe, « Marianne a du talent pour tout ce qui touche le visuel, ce qui est essentiel pour faire notre travail d’éducation populaire », ajoute Jennifer Raphaëlle.

Des solutions justes et faciles

Depuis un an et demi, Marianne étudie à Montréal, ce qui lui a permis de se débarrasser de sa voiture. Quand elle retourne dans Lanaudière, elle prend le bus jusqu’à Joliette, où elle doit profiter de « lifts » pour se déplacer. Dans cette région où Marianne espère retourner s’établir après ses études, vivre au quotidien sans auto est un défi.

« Tout le monde est conscient que c’est vraiment un gros problème, le transport en région, mais on dirait qu’il n’y a pas de solutions nulle part, dénonce-t-elle. Avec la COVID-19, c’est encore plus difficile de faire du covoiturage. Dire aux gens de faire chacun leur petite action, on n’en est plus là. Il faut une transition qui est juste et facile pour tout le monde. »

Effet positif

Depuis que Marianne milite pour l’environnement, le mode de vie de ses parents a changé — ils ont notamment réduit leur consommation de viande. « Je trouve ça positif, c’est quelque chose qui a du sens, dont je suis fière », souligne-t-elle.

PHOTO FOURNIE PAR MAYA LABROSSE

Il faut une relance verte pour l’après-COVID-19, estime Maya Labrosse, 19 ans. « Sinon, ce serait vraiment une occasion manquée », souligne-t-elle.

Quatre de ses cousines et cousins se sont aussi engagés dans différentes organisations. C’est le cas de Maya Labrosse, 19 ans, qui a pris le relais au Comité environnement étudiant Joliette. « L’environnement me tient tellement à cœur que je pense que je ne serais pas capable de ne rien faire, dit Maya, qui est originaire de Repentigny. M’engager me permet aussi de transformer mon écoanxiété en actions plus concrètes. »

Issue des années 2000, leur génération va-t-elle changer les choses ? « On n’aura pas le choix, répond lucidement Marianne. Tout le monde n’aura pas le choix de revoir ses actions. »

* Comité environnement étudiant de Joliette, au sein de la Coalition étudiante pour un virage environnement et social (CEVES) et de Mobilisation Matawinie